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Scène D'exposition

La scène d'exposition de la pièce 'Pour un oui ou pour un non' de Nathalie Sarraute illustre comment la parole, loin de créer des liens, engendre des malentendus et des tensions entre deux amis. À travers trois mouvements, le texte montre l'évolution d'une conversation apparemment banale vers un affrontement, mettant en lumière les limites du langage pour exprimer les émotions intérieures. En fin de compte, la communication échoue, laissant place à un malaise profond et à une rupture inévitable.

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Scène D'exposition

La scène d'exposition de la pièce 'Pour un oui ou pour un non' de Nathalie Sarraute illustre comment la parole, loin de créer des liens, engendre des malentendus et des tensions entre deux amis. À travers trois mouvements, le texte montre l'évolution d'une conversation apparemment banale vers un affrontement, mettant en lumière les limites du langage pour exprimer les émotions intérieures. En fin de compte, la communication échoue, laissant place à un malaise profond et à une rupture inévitable.

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La scène d’exposition ?

INTRO

Accroche
Depuis l’Antiquité, le théâtre explore les relations humaines en mettant en scène passions, conflits et
silences. Si la parole semble un outil de communication, certains dramaturges modernes en révèlent
les limites. C’est le cas de Nathalie Sarraute, figure du Nouveau Roman, qui s’intéresse aux tropismes,
ces mouvements intérieurs et inconscients précédant le langage. En 1982, elle écrit Pour un oui ou
pour un non, une pièce d’abord radiophonique, puis jouée en 1986. Elle y met en scène deux amis
dont l’amitié vacille à cause d’un malentendu anodin.
La scène que nous allons étudier ouvre la pièce : H1 et H2 se retrouvent après une séparation. Très
vite, un malaise s’installe, et la parole devient le lieu d’un affrontement souterrain, où chaque mot
semble porteur d’un non-dit.

LECTURE DU TEXTE (On entame la lecture du texte: ) A VOIR LES LIGNES

Nous analyserons Comment cette scène montre-t-elle que la parole peut créer un malentendu plutôt
que de créer des liens, en s’intéressant au 3 mouvement du texte : dans un premier temps, L1 à 8, un
début de conversation en apparence banal, ensuite L9 à 17 la parole comme source de malaise entre
les deux amis. Et enfin, le reste du texte, un dialogue qui tourne à l’affrontement et à la rupture.

***************************************************************************

MOUVEMENT 1 (un début de conversation en apparence banal)

 La scène s’ouvre sur le dialogue qui commence in medias res, entre les personnages
présentés de manière minimale par une majuscule et un numéro. Cette indication fait
comprendre qu’il s’agit de l’initiale de leur sexe et leur ordre d’apparition.

 H1 initie la conversation. Dès les premières répliques, la parole semble perturbée. La pièce
commence par une injonction : « Écoute », suivie d’une phrase inachevée : « je voulais te
demander… ».

 Les silences, les hésitations et les points de suspension traduisent une instabilité dans le
langage et son incapacité à exprimer clairement les pensées.

 L’utilisation du pronom indéfini « ça » dans « C’est pour ça que je suis venu » accentue cette
impression de flou. Ce terme, dépourvu de référent précis, désigne quelque chose de vague,
qui ne sera jamais véritablement éclairci.

 La réplique se termine par une interrogation ouverte, « Qu’est-ce que tu as contre moi ? »,
une question qui engage sur le terrain du conflit, deux camps sont concernés et la
préposition « contre » renvoie à cette idée d’opposition

 La conjonction « mais » défensive indique un désaccord implicite, comme si H.2 rejetait une
attaque, « Rien » n’est une négation catégorique, mais insuffisante à désamorcer la tension.

 Le « Pourquoi ? », bref et isolé, marque l’incompréhension sincère ou feinte. Deux


hypothèses se pose, H.2 est soit déconnecté du ressenti de H.1, soit dans le déni.
 Ce mot, en apparence anodin, fonctionne comme un refus d’engager la discussion.
La suite de la conversation est marquée par des perceptions imprécises et une subjectivité
flottante : « il me semble », « quelque chose ».

 Un théâtre du ressenti plutôt que de l’action, où les tropismes se manifestent à travers des
paroles en apparence ordinaires, mais pleines de tension.

 Le passage se termine sur une double négation : « il n’y a jamais rien eu entre nous… rien
dont je me souvienne ». Ce rejet traduit une volonté de minimiser ou d’effacer le différend,
tout en révélant, de manière implicite, la violence du non-dit.

 Ainsi, ce premier dialogue pose les bases d’un théâtre où la parole, au lieu d’unir, divise, et
où le silence exprime souvent plus que les mots.

MOUVEMENT 2 (la parole comme source de malaise entre les deux amis)

 Dans ce deuxième mouvement, l’amitié autrefois solide entre les deux personnages vacille,
rongée par des rancœurs longtemps dissimulées. La réplique de H2 « des choses que je
n’oublie pas » s’oppose directement à l’oubli revendiqué par H1.

 L’emploi du terme vague « choses », à l’image de « quelque chose » ou « rien » dans le


passage précédent, entretient l’ambiguïté et reflète la difficulté à formuler clairement ce qui
blesse, mettant en lumière la fragilité du langage.

 Le ton devient plus incertain : lorsque H2 affirme « Tu as toujours été très chic », cette
expression peut sembler élogieuse, mais l’utilisation du passé composé suggère une prise de
distance, voire une pointe d’ironie.

 Le nom commun au pluriel « des choses » n’est pas explicite, mais désigne bien des souvenirs
précis. Il est repris par « circonstances », cela vient renforcer l’idée d’un lien autrefois fort,
mais aujourd’hui fragilisé.

 Les deux personnages reprennent des tournures semblables : « toi aussi, tu as toujours été
parfait » fait écho à « tu as toujours été très chic », tandis que « un ami sûr » répond à « un
vrai copain ».

 On retrouve la même structure de phrase : un parallélisme qui suggère que H1 et H2


pourraient être interchangeables, portés par des mouvements similaires.

 Le dialogue semble s’enliser. L’adverbe « Alors » trahit une incompréhension, une


impossibilité d’avancer. La didascalie « hausse les épaules » illustre cet enfermement : les
mots manquent.

 Le drame ne se dénoue pas, bien au contraire, une situation kafkaïenne s’installe et


l’échange devient de plus en plus absurde.

 H1 tente malgré tout de saisir ce qui ne va pas, évoquant « une certaine distance » ou encore
« l’autre bout du monde ». Le téléphone devient alors le symbole de cette séparation, de ce
lien rompu. L’expression « être au bout du monde » file la métaphore de la distance

 A nouveau, l’aposiopèse, représentée par les points de suspension, sert à marquer des
interruptions, comme des silences qui laissent transparaître un malaise palpable.

 Dans une dernière réplique, la protestation de H.2, accentuée par la didascalie, « H.2, dans
un élan. – Mais moi aussi, figure-toi… », confirme la réalité du malaise.

 Ainsi, l’amitié des deux personnages est remise en question et le crescendo tragique se
déclenche.

MOUVEMENT 3 (un dialogue qui tourne à l’affrontement et à la rupture)


 Dans ce dernier mouvement, l’échange s’intensifie et met en évidence l’échec de la
communication : la parole ne crée plus de lien, elle confirme la séparation.

 La question « Que veux-tu ? », en apparence anodine, révèle en réalité une incompréhension


profonde. Elle devient le symbole d’un dialogue vidé de sens, où chacun reste enfermé dans
ses attentes non formulées.

 H2 emploie un langage presque affectif, comme en témoigne « je t’aime tout autant, tu sais
». L’usage du présent de l’indicatif donne à cette phrase un caractère de vérité durable, mais
cette affirmation ne suffit pas à dissiper le malaise.

 L’expression des sentiments n’est plus perçue : elle se perd dans le non-dit.

 Le pronom imprécis « ça », dans « Ne crois pas ça… », accentue cette instabilité du langage. Il
désigne quelque chose de flou, d’indéfini, et traduit une incapacité à formuler précisément
ce qui dérange.

 L’aporie se poursuit dans « Qu’est-ce qui est plus fort ? ». Il y a donc quelque chose, c’est à
ce « quelque chose » que H1 veut donner un nom, un contenu. Il recourt à des pronoms
indéfinis, « le ».

 Mais l’échange s’avère impossible, car il n’obtient que des refus. La conversation glisse de
nouveau vers l’opposition et les paroles semblent répéter le motif initial « Mais rien…
Pourquoi ? »

 La répression de la communication marque le passage, on parle de quelque-chose qui n’a pas


de nom, qui n’est rien. L’impossibilité de dire clôt le dialogue sur une obscurité encore plus
profonde qu’à son début.

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CONCLUSION

À l’issue de cette analyse, il apparaît que, pour Nathalie Sarraute, le langage est profondément
inadéquat pour traduire les mouvements intérieurs, ces tropismes invisibles qui échappent à toute
formulation précise. Loin de créer un lien entre les personnages, la parole devient source de
malentendus, de malaise et de rupture Cette réflexion sur les limites du langage rejoint la démarche
du théâtre de l’absurde, en particulier celle de Samuel Beckett dans En attendant Godot, où les
personnages s’expriment à demi-mot, se perdent dans des silences et des répétitions, et parlent
souvent pour combler le vide, soulignant, l’impossibilité de comprendre ou de se faire comprendre.

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