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Document 82

Le document analyse le poème 'Le Dormeur du Val' d'Arthur Rimbaud, mettant en lumière la tension entre la beauté de la nature et la cruauté de la guerre. À travers une structure de sonnet, Rimbaud utilise des procédés littéraires pour créer une ambiance ambivalente, où le sommeil du soldat devient un euphémisme pour la mort. La chute finale révèle la tragédie du soldat, soulignant l'impact dévastateur de la guerre sur la jeunesse.

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Le document analyse le poème 'Le Dormeur du Val' d'Arthur Rimbaud, mettant en lumière la tension entre la beauté de la nature et la cruauté de la guerre. À travers une structure de sonnet, Rimbaud utilise des procédés littéraires pour créer une ambiance ambivalente, où le sommeil du soldat devient un euphémisme pour la mort. La chute finale révèle la tragédie du soldat, soulignant l'impact dévastateur de la guerre sur la jeunesse.

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Introduction

Notre jeune Rimbaud n’a même pas 16 ans quand il fait sa première fugue en août 1870 !
Il traverse les campagnes à pied et il prend un train pour Paris, mais il se fait arrêter car il
n’a pas son billet ! Il écrit alors une lettre à son jeune professeur de rhétorique, Georges
Izambard, qui le tire de ce mauvais pas.

Au même moment, c’est la guerre entre la France et la Prusse, et le 2 septembre 1870 :


défaite de Sedan, Napoléon III est destitué, c’est la fin de l’Empire et bientôt le début de
la IIIe République.

Rimbaud a certainement vu les dégâts de la guerre en traversant les campagnes du côté


de Charleville : est-ce que “Le Dormeur du Val” raconte une expérience vécue ? On ne le
saura jamais, mais en tout cas Rimbaud était contre la guerre et l’Empire.

Et ça se voit dans ce sonnet, où la Nature magnifique et sereine entre en contraste avec


la condition du soldat “endormi”... La scène est calme, et pourtant tout au long du
poème, il y a quelque chose qui cloche, on a une sensation de malaise. En fait, tout le
sonnet est construit vers une pointe, un effet de surprise final…

Problématique

➢ comment ou par quels procédés Rimbaud parvient à présenter la cruauté de la


guerre

➢ Comment le sonnet permet-il de peindre à la fois la beauté de la nature et la


violence des hommes ?

Mouvements :
➢ Première strophe : un cadre naturel idyllique mais ambigu (Un décor trompeur
?)
➢ Deuxième strophe : l’apparition du soldat (une indignation contre la guerre)

➢ Jusqu’au dernier vers: le sommeil du soldat (la volta)

➢ Dernier vers: Une chute cruelle

• Première strophe : un cadre naturel idyllique mais ambigu

Dès le titre, nous pouvons relever l’ambiguïté du terme « dormeur », qui désigne
apparemment un personnage endormi, mais peut aussi se lire comme l’association des
deux verbes : « dort / meurt », annonçant déjà la révélation finale. Il s’agit alors d’une
prolepse : le jeu de mots n’est compréhensible qu’à la deuxième lecture, quand le
lecteur connaît déjà la vérité sur le soldat.

Rimbaud nous présente un paysage extraordinaire, c’est une hypotypose : donner à voir
une description frappante et animée Le premier quatrain décrit le cadre dans lequel le
soldat va apparaître : les champs lexicaux présents dans ces quatre premiers vers
évoquent le printemps, c’est-à-dire l’idée de renaissance, de retour à la vie : «
verdure », une « rivière » qui « chante », le « soleil » qui « luit », la « montagne fière », «
herbes », « mousse », « rayons ». Les personnifications accentuent l’impression que la
nature est idyllique et vivante : « chante une rivière » (vers 1), la « montagne fière »
(vers 3).

Néanmoins, cette nature idyllique est tout de même ambiguë : dès le vers 1, la
métaphore « trou de verdure » peut aussi évoquer une tombe à ciel ouvert. De plus,
la strophe est rythmée par deux rejets : « des haillons / d’argent » (vers 2-3), et « de la
montagne fière, / luit » (vers 3-4). Nous avons l’impression que dans ce décor qui
évoque le retour à la vie, il y a un intrus, quelque chose ou quelqu’un qui est
rejeté, qui ne s’intègre pas dans cette nature vivante et printanière

Le soleil qui domine la montagne, le val qui mène au trou de verdure : tout cela forme
un mouvement vertical. Ce mouvement descendant est peut-être la trajectoire d’un
ange déchu, qui tombe vers la terre, peut-être même jusqu’aux Enfers, qui forment bien
un trou. Vous savez que traditionnellement, la rivière est un lieu symbolique de passage
: dans la mythologie grecque et latine, les âmes des morts traversent le Styx.
Le mouvement vertical de la lumière est contrecarré par cette rivière horizontale. Du
coup, on dirait que le poème s’ouvre sur un mouvement en forme de croix. Vous allez
voir que notre dormeur du val a une dimension christique. Il évoque la mort, mais aussi
la résurrection.

• Deuxième strophe : l’apparition du soldat


Le thème du deuxième quatrain apparaît d’emblée : « un soldat jeune ». Mais l’adjectif
postposé est étrange, on dirait plutôt “un jeune soldat”. Rimbaud met en valeur cet
adjectif comme une dissonance qui fait naître une inquiétude : la guerre a cela contre-
nature, que c’est la vie de la jeunesse qu’elle met en jeu.

Cette indignation est encore accentuée par les détails qui évoquent la mort. Tête nue : il
est vulnérable, et d’ailleurs, les soldats retirent leur casque dans les cérémonies
funèbres. L’adjectif « pâle » va dans le même sens : il appartient au champ lexical de la
mort. Enfin, « Dans son lit vert » rappelle l’expression « lit de mort ».

Rimbaud prend son temps pour inquiéter puis pour rassurer son lecteur : le verbe « dort
» est retardé le plus possible par les compléments circonstanciels de manière en
cascade. L’enjambement (la phrase est poursuivie sur le vers suivant) crée un effet
d’attente. Le verbe dormir est rassurant, mais pas totalement : on reste quand même à
une lettre du mot “mort”.
Le poème se concentre sur la tête du soldat, avec la bouche, la nuque. Mais on est loin
d’un portrait, il est comme caché par le cresson et par la lumière. Tout se passe comme
si le personnage était auréolé par le lieu lui-même. À l’image de l’auréole, le cercle est
très présent, avec le trou, le soleil, la bouche ouverte et même la récurrence de la lettre
O à travers tout le poème.

C’est encore un quatrain très pictural avec la lumière liquide et la végétation très
colorée, vert, bleu... D’ailleurs, le jeu de sonorités « rivière / vert / lumière » montre à
quel point ces notions se confondent… Si on va plus loin, les deux enjambements
mettent en valeur deux mots très particuliers « dort » et « d’argent » ! Vous avez bien
entendu l’homophonie ! Ce sont des mots qui se prononcent pareil.

Avec ce jeu de sonorités, Rimbaud a transformé le sommeil en métal précieux. D’ailleurs


on parle de sommeil de plomb, pour un sommeil particulièrement lourd… À travers ces
métaphores, le poète, comme l’alchimiste, a transformé le plomb en or.
Le lit vert appartient au dormeur, avec le possessif, mais réciproquement, le dormeur
appartient au val : « le dormeur du val ». Le personnage se confond avec la Nature
enveloppante : la préposition « dans » est répétée 3 fois ici, 5 fois en tout. La nature se
trouve en-dessous de lui « la rivière .. son lit vert » et au-dessus de lui « sous la nue … il
pleut ».

• Jusqu’au dernier vers: le sommeil du soldat (la volta)

Traditionnellement depuis Pétrarque, le célèbre poète italien du XIVe siècle, on trouve


un moment de basculement au milieu du sonnet, c’est ce qu’on appelle la volta. Est-ce
que c’est le cas ici ? On va voir que les indices inquiétants sont redoublés, mais Rimbaud
prolonge surtout le suspense sans réel retournement de situation.
Le premier tercet semble insister sur le fait que le soldat est bien endormi : « il dort »
(vers 9), « il fait un somme » (vers 10). Mais plus nous progressons dans le poème,
plus les références à la paix et à la sérénité de la nature s’effacent, et plus les
ambiguïtés sur la position du soldat s’accentuent : il a « les pieds dans les glaïeuls »
(vers 9), des fleurs que l’on peut trouver sur les tombes. De plus, son sourire est tout
de suite atténué par la comparaison « Souriant comme / sourirait un enfant malade »
(vers 9-10). Nous pouvons d’ailleurs noter que Rimbaud utilise la rime plate « comme /
somme » (vers 9-10), comme pour nous avertir que ce « somme » n’est qu’une
apparence.

Enfin, la nature est de nouveau personnifiée au vers 11 sous la forme d’une adresse
directe : « Nature, berce-le chaudement » ; mais cette prière est immédiatement ternie
par le groupe verbal : « Il a froid ». Ce froid, qui crée une antithèse avec l’adverbe «
chaudement », peut évoquer le froid de la mort, renforçant l’impression déjà laissée
au vers 8 par l’adjectif « pâle ».

Les indices oscillent sans cesse entre le positif et le négatif : le dormeur sourit, mais
c’est le sourire d’un enfant malade. La comparaison est inquiétante, mais elle est
atténuée par le conditionnel : il n’est pas vraiment malade. Pourtant Rimbaud insiste sur
ce sourire, avec un participe présent (pour une action considérée dans sa durée). C’est
un sourire figé : comme le rictus de la mort.
Dans le deuxième tercet, les perceptions sont toujours très vives, avec le soleil qui

diffuse à la fois de la chaleur et de la lumière. Rimbaud ajoute aussi les parfums qu’on
entend presque dans le vent avec les allitérations en F . Le lecteur est plongé dans cette
Nature pleine de sensations.

Le verbe « dormir » est répété une troisième fois ! Le poète prend vraiment un malin
plaisir à faire attendre son lecteur ! Mais on a cette fois avec un complément
circonstanciel qui pose un véritable problème d’interprétation « dans le soleil » : tout
semble dématérialisé : le décor, le dormeur… On entre presque dans un registre
fantastique. Est-ce que ce dormeur existe vraiment ? Est-ce un mirage, un ange, un
fantôme ? Le val est-il une métaphore du paradis ?

Mais en même temps, Rimbaud nous donne deux détails très concrets qui contredisent
cette interprétation déréalisante : la narine et la main, sont tous les deux au singulier,
comme si on ne pouvait plus voir désormais que des parties du corps.

Notre regard s’est progressivement rapproché du dormeur, c’est presque déjà un


procédé cinématographique, avec un zoom qui se termine sur un gros plan. Puis, le
détail de la main sur la poitrine est ironique, c’est normalement un geste de défense, de
protection, qui semble bien inutile dans ce contexte... C’est aussi l’attitude de celui qui
chante l’hymne national.

• Dernier vers: Une chute cruelle


J’ai voulu garder ce dernier vers à part, parce qu’il est particulièrement génial ! L’effet de
surprise explique et libère toute l’émotion préparée depuis le début du poème !
Rimbaud exploite au maximum la forme du sonnet qui se termine traditionnellement
par une pointe, un effet de chute finale. Le titre même du poème était trompeur : le
dormeur était en fait un cadavre, le sommeil était un euphémisme, une expression
atténuée.
Regardez les premières lettres de ces trois derniers vers, ils forment le mot LIT, c’est un
acrostiche (un mot transcrit verticalement dans un poème). C’est en plus un mot
polysémique (qui a plusieurs sens) : le lit du dormeur, c’est son tombeau, mais c’est
aussi le verbe lire. Avec cette pointe, le lecteur rejoint le dormeur, victime de la guerre :
l’empathie est instantanément rétablie. Mais la mort n’est pas annoncée de manière
explicite : « Deux trous rouges » : le mot “sang” n’est pas utilisé une seule fois dans le
poème, et pourtant, il était déjà présent implicitement à travers tous les éléments
liquides : la rivière, la lumière, la végétation, etc. C’est la dimension picturale du poème
qui fait émerger un sens plus profond et symbolique.

Le mot « trou » était presque le premier mot du poème : la boucle est bouclée… Du
coup, cette blessure du soldat est à l’image du val où il se trouve, comme si la Nature
entière se trouvait résumée dans cette plaie béante.

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