Economie Marocaine COURS
Economie Marocaine COURS
et d’Economie Appliquée
ECONOMIE DU MAROC
Il est vrai que les aléas climatiques handicapent l’agriculture mais pas plus
que d’autres pays. Il est vrai que la croissance démographique a été forte, mais elle
ne nous est pas spécifique. Il est vrai que le Maroc importe du pétrole, mais il ne
manque pas de ressources naturelles. En fait, les spécificités démographiques et
naturelles du Maroc ne peuvent expliquer son sous-développement.
La théorie des étapes de la croissance ne peut pas être transposée dans le
temps et dans l'espace. Cependant on parle de rattrapage, d’un décalage, d’un
retard de développement. Qu’en est-il des pays émergents ?
Dans la théorie marxiste, le sous-développement est le résultat historique du
développement capitaliste. C'est le produit du développement des autres.
Le sous-développement du Maroc doit être analysé sous l'angle des rapports
historiques qui se sont établis entre les puissances occidentales et le reste du
monde. Ces rapports ont été caractérisés par le développement du capitalisme
britannique puis français et allemand à partir de la révolution industrielle, les
besoins d'importer des matières premières et plus tard d'exporter des produits
manufacturés en direction des colonies. Ceci a entraîné l'avortement de toute
tentative d'industrialisation dans le Sud et bloqué l'évolution des structures
spécifiques à chaque pays colonisé.
Par ailleurs, il est vrai que la DIT ainsi instaurée, a conduit à la déstructuration
des modes de production existants et à une avancée de plus en plus rapide au
Nord par rapport au Sud. La « spécialisation » des pays du Sud dans la production
agricole ou l'exploitation minière à faible valeur ajoutée, a entraîné un profond
déséquilibre des économies du Sud et au creusement d’ « écarts de
développement ». La dépendance vis à vis du Nord pour les produits manufacturés
et la technologie se prolonge également par une dépendance alimentaire.
Mais ne faut-il pas voir aussi du côté des politiques économiques et sociales
poursuivies par les pays du Sud pour mieux comprendre les différenciations de
plus en plus grandes qui caractérisent aujourd’hui le Tiers Monde ?
-2-
II. QUELQUES ENSEIGNEMENTS HISTORIQUES ?
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1844 Défaite d'Isly. La France occupe les territoires frontaliers avec l'Algérie.
Signature du traité de Maghnia définissant les frontières algéro-marocaines.
Début de la pénétration économique
1856 signatures d'un traité commercial avec la GB (taxe de 10% à
l'importation)
1859 l'Espagne déclare la guerre au Maroc.
1860 occupations de Tétouan (durant 2 ans) et signature d'un traité commercial
hispano-marocain. Grave crise financière provoquée par le remboursement d’un
prêt anglais ayant servi à indemniser l'Espagne.
1863 accord commercial avec la France
1880 conférence de Madrid (13 états) sur le problème des protégés qui
sortaient de la juridiction du Sultan et qui donc se soustrayaient à l'impôt.
1884 occupation du Sahara par l'Espagne
1900 convention hispano-française sur les provinces sahariennes,
intronisation de moulay Abdelaziz.
1904 traités hispano-franco-britanniques (dit entente cordiale) excluant
l'Allemagne. L'occupation de Figuig et Béchar marque le début de la conquête
coloniale, « la Pacification ».
1905 occupation de Telzaza et Safsaf par la France et visite de Guillaume Il
à Tanger. Pression allemande pour la tenue d'une conférence à Tanger.
1906 conférence d'Algésiras du 15/l/1906 au 7/4/1906:
Organisation de la police, création d'une Banque d'Etat à direction
internationale, autorisation d'acheter des immeubles autour des ports sans
l'autorisation du Makhzen.
Début d'une période d'anarchie du fait de la résistance de la population.
1907 occupation d’Oujda, bombardement de Casablanca et débarquement
de 2000 soldats. C'est le début de la conquête et de la résistance armée.
1908 intronisation de moulay Hafid par les Caïd du Sud. Début de
l'exploitation des mines du Rif et de la construction d'une voie ferrée.
1909 guerre du Kert (rivière de Rif) menée par le chérif Ameziane. (113
batailles de juillet à novembre) qui meurt en 1912.
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1912 signature du traité du protectorat par moulay Hafid assiégé à Fès. Il
s’agit de mettre en place "les réformes administratives, juridiques, scolaires,
économiques, financières et militaires que le gouvernement français jugera utile
d'introduire sur le territoire marocain". Du contrôle du territoire, la France et
l’Espagne sont passés à la gestion directe des affaires du Royaume.
La résistance reprend :
Militaire de 1921-1926 (guerre du Rif), jusqu'en 1933 (résistance
des Aït Atta au djebel Saghro).
1- L'infrastructure
Elle a été mise en place par des sociétés concessionnaires et par l'Etat du
protectorat. Elle a absorbé 80 à 90% des investissements publics entre
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1914/38 et plus du tiers de la masse totale des investissements durant le
protectorat.
En 1956, il y avait :
plus de 10.000 km de routes principalement dans les zones riches et peuplées.
Résultat : A l'indépendance, le Maroc hérite d'une dette très lourde alors que
le groupe financier Paris Bas empoche un bénéfice de 20 milliards de francs.
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2- Les mines :
La colonisation touchera un million d'hectares dont 600 000 cultivés, soit 1/8
des surfaces cultivées. Parmi les principales caractéristiques:
La grande exploitation domine : 900 fermes de plus de 300 ha (15% des
propriétés européennes) s'étendent sur 60% des terres de colonisation et
70% des terres se situent entre Casablanca et Larache.
C'est une agriculture très mécanisée qui suit les normes françaises (un
tracteur pour 85 ha), alors que pour l'agriculture locale moderne minoritaire
(275 000 ha), on comptait seulement un tracteur pour 3000 ha.
-7-
Par contre, l’agriculture marocaine traditionnelle connaît une stagnation
relative à cause d’un certain nombre de facteurs de blocage :
L’exiguïté des exploitations fait que 90% des agriculteurs vivent dans 50 %
de la surface cultivable ;
4- Le développement de l'industrie
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exportés. Les IMM sont peu importantes (surtout réparation mécanique et plomb
dont le 1/3 de la production est traité par Zellidja). Les matériaux de construction
pour les besoins intérieurs proviennent de 3 cimenteries qui fournissent 87% de la
consommation locale en 1952, et des unités de production de chaux, plâtre briques
et tuiles.
5- Les services :
Le commerce a connu une expansion sans précédent. Le nombre de
commerçants est passé de 5 500 en 1927 à 17 700 en 1938 et 67 000 en 1956.
Avec la prolifération des petits commerces on arrive à 300 000 unités. Cependant
2% des commerçants réalisaient 70% des bénéfices de la branche (dont le
commerce de gros et l'exportation qui sont entre les mains des européens.
Les placements dans l'immobilier représentent le tiers de l'investissement
total. La spéculation immobilière commence dans les années 50. L'activité de
construction bénéficie surtout à la population européenne et ce n'est qu'en 1955
qu'un programme de logement économique pour les marocains est adopté. Les
médinas sont à la marge et se détériorent.
D- LE BILAN DE LA COLONISATION
De 1920 à 1956 les exportations du Maroc ont été multipliées par 50. (Forte extraversion)
Les mines la production est entièrement exportée à l’état brut (phosphates,
charbon, cobalt, manganèse etc), à l’exception d’une partie de la production de
plomb (1/3).
L'Agriculture coloniale produit essentiellement les tomates, le vin, les
agrumes, le coton et le riz. Sa part dans les exportations agricoles passe en valeur
de 30% en 1949 à 73% en 1957 alors que l'exportation de céréales stagne (orge,
blé et maïs faisaient en moyenne l5% des exportations agricoles).
L’artisanat, en 1948-49 il y avait 200 000 artisans qui faisaient vivre 10% de
la population. Les importations de produits européens ont réduit sa contribution
à1,6% du PIB en 1955 et le sous emploi atteint 60 % des emplois.
L’administration, malgré un grand effort de marocanisation (entre 1956-59),
50% des cadres supérieurs et moyens étaient toujours des étrangers. Et dans les
entreprises du secteur public et semi-public, si la majorité des employés est
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marocaine, elle occupe essentiellement des postes au bas de l'échelle alors que
les cadres et le personnel qualifié sont étrangers.
L’industrie et les services, la main d’œuvre est à 80% marocaine (mais non
qualifiée à 100 %) alors que 77% des qualifiés et cadres sont étrangers
Le rôle des grandes compagnies a été très important. La Banque de Paris et
des pays bas et le "comité du Maroc" regroupant le lobby colonial voulaient
transformer le Maroc pour l'intérêt unilatéral de capitalisme métropolitain.
Tous les investissements entre 1912 et 1955 visaient la dotation du pays d'une
infrastructure permettant son exploitation et son contrôle. Ils ont été effectué
par les autorités du protectorat, les sociétés concessionnaires (Compagnies des
Chemins de fer du Maroc, Energie Electrique du Maroc ...), et les organismes
publics (BRPM) ou mixtes (SCP).
Le financement provenait pour moitié de prêt de l'Etat français, et pour l'autre
de la fiscalité indirecte qui frappait l'ensemble de la population.
L'investissement privé des 12 645 sociétés chérifiennes (dont le siège est au
Maroc) fut également important et concerna jusqu'en 1932 l'agriculture puis
l'immobilier et le commerce. Les filiales des grands groupes français s’étaient
installées (Régie de tabacs 1912, Chaux et ciments 1914, Superphosphates
(khulman) et Brasseries du Maroc 1919 -1923, les Etablissements Carnaud (de
Wendel), COSUMAR (raffineries St louis) et les sociétés minières Aouli, Zellidja,
Djerada, et la S.C.P. L'activité de la construction et le développement de certaines
industries se fera pendant la phase d'expansion 1946/56.
Non seulement des secteurs très importants comme l'agriculture
traditionnelle et l'artisanat local vont péricliter, mais aucune industrie
moderne ne sera installée et les secteurs sociaux seront totalement négligés.
-10-
E- LA PERIODE DE CONSTRUCTION NATIONALE :
Elle va de la proclamation de l'indépendance à l'abandon du plan quinquennal
1960/64. Elle est caractérisée par des divergences entre les forces politiques à
propos de la politique économique, et sur la nature des relations du Maroc avec
l'ancienne métropole. En fait, c'est une période très politique.
Après « l'expansion » des années 1948/53, le Maroc va connaître une période
de désinvestissement et une stagnation relative.
La forte poussée démographique qui a marqué les premières années
d'indépendance ainsi que la fin de l'isolement des campagnes va exacerber les
problèmes. L'exode rural, le chômage et le sous-emploi s'aggravent et les villes
explosent. Le taux de croissance démographique dépasse 3%. La fuite de capitaux
est considérable. En 1956 seulement, les transferts vers l'extérieur atteignent 50
milliards de francs.( soit plus de 7% du PNB). Le désinvestissement est important.
En 1962, on a investi 60% de moins qu’en 1953 alors que la consommation
augmente plus vite. (d’où déficit).
Malgré cette crise, des mesures économiques majeures vont être prises
pour affirmer la souveraineté nationale:
- Au niveau des relations extérieurs : adoption d'un régime douanier autonome
en 1957 qui rompt avec les accords d'Algésiras. (régime de la porte ouverte) ;
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- Au niveau du secteur industriel et minier, nationalisation de l'OCP et du BRPM.
Création du BEPI (1958). Création de SAMIR, SOMACA, GENERAL-TIRE,
COFITEX, l'Arsenal de Fès, BERLIET TARIK (tracteurs). Plusieurs projets sont
lancés: complexe chimique de Safi, Sidérurgie à Nador, Chantiers navals à
Tanger etc.
Toutes ses réformes ont être mises sur pied dans la perspective d’un
programme de planification. Le Conseil supérieur de la planification est créé en
1957, et faisait partie d'un grand ministère de l'économie. C’est dans ce contexte
que sera préparé le plan quinquennal 1960/64.
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F- LE LIBERALISME ECONOMIQUE :
Avec le plan 1960-64, confirmation du rôle prédominant de l’Etat : un Etat
industrialiste et volontariste qui contrôle l’appareil de production, tout en permettant
au secteur privé national encore embryonnaire de se développer dans un
environnement protégé.
Changement de gouvernement en 1963, l’orientation libérale va se
renforcer. 1ère mission de la Banque Mondiale en 1964 suite à une crise financière,
inspirera les orientations du plan triennal 1965-67 et du plan quinquennal 1968-72.
Au Maroc le libéralisme tiendrait à 4 facteurs principaux :
Aux « traditions libérales » du Maroc selon certains, or l’Etat a toujours eu un
rôle déterminant notamment à travers le commerce ;
Au fait que l’élite ait été formée en France (elle ira vers l’administration)
-13-
depuis le début des années 80, le plan n’était devenu qu’un recueil de projets
publics, alors que la politique économique était dictée par les lois de finances. La
gestion du court terme avait pris le dessus sur la vision du moyen et long
terme.
Après la période du PAS (1983-93) marquée par une gestion du court terme,
on admet la nécessité d’élaboration d’une « stratégie économique et financière à M
et LT ». Des documents de travail furent confectionnés en 1995 mais aucune
décision politique n’est venue concrétiser ces projets.
Avec l’arrivée du gouvernement d’alternance, la planification est revenue à
l’ordre du jour, et un plan quinquennal 1999-2003 est élaboré. Les principales
insuffisances relevées sont :
Un rythme de croissance de la production et de l'emploi insuffisant
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CH2 AJUSTEMENT STRUCTUREL ET REFORMES ECONOMIQUES
Il s’agit de l’ensemble des décisions prises par les pouvoirs publics en vue
d’orienter l’activité. Ex : diminuer le déficit budgétaire pour contrôler l’inflation ou y
recourir pour relancer l’emploi, adopter un régime fiscal pour encourager les
exportations…
Son rôle est de fournir aux décideurs les instruments (en matière de politique
financière, monétaire, des prix, du commerce extérieur…) qui permettront
d’atteindre les objectifs fixés
1- CRISE ET AJUSTEMENT
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le fait que les emprunts couvraient plus de 30% des dépenses du budget
d’équipement en 1977 contre 15% seulement en 1973 ;
-16-
b- La libéralisation de la politique du commerce extérieur:
La politique des prix connaît depuis 1981 une mutation dans ses principes
de fonctionnement. Avant cette date, l'Etat intervenait sur la marché des biens et
services en réglementant le prix de certains biens et services. L'économie a pu
trouver un avantage dans la politique de contrôle des prix tant que celle-ci n'était
pas excessive et ne conduisait pas, avec le temps, à une sclérose et même à
une régression des structures économiques.
L'objectif de la libéralisation des prix qui a été menée est d'inciter les
opérateurs à une concurrence plus vive. Mais pour certains produits de base
les prix demeurent réglementés par l’Etat. Par ailleurs lune loi sur la
concurrence est en préparation.
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Afin de permettre au secteur financier de répondre aux besoins des
entreprises, des mesures ont été introduites en vue d'assouplir les conditions
de collecte de l'épargne et de la distribution des crédits et d'accroître la
concurrence au sein du système financier. C'est dans cette optique que les
autorités monétaires ont procédé à l'assouplissement de l'encadrement du
crédit et à la réforme des taux d'intérêt.
Deux mesures fondamentales ont été prises pour une meilleure allocation
des ressources: la rationalisation du budget et celle des entreprises publiques :
Les pouvoirs publics ont cherché à atteindre ces objectifs par la mise en
œuvre d'un programme articulé autour de trois axes :
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Clarifier les rapports entre l'Etat et les entreprises et établissements publics
par la mise en place d’un cadre institutionnel assouplissant le contrôle financier
redéfinissant la tutelle publique en vue d'une plue grande responsabilisation des
dirigeants des entreprises, et révisant les organes de gestion de ces entreprises
pour une redynamisation de leur structure et un renforcement de leur autonomie
de gestion ;
Se désengager des activités qui peuvent être assumées par le privé ce qui
a nécessité la mise en œuvre progressive de mesures d'accompagnement
(redynamisation de la bourse, loi de la concurrence, adaptation de la législation
fiscale et lancement d’un programme de privatisation de certaines entreprises
publiques.(voir infra)
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Bilan de la politique d'ajustement
Dans la 1ère phase (1983/88) la balance des paiements courants est passée
d’un déficit de 12,3% du PIB à un excédent de 2,3%. Le déficit du trésor public
est passé de 9,7% à 4,5% du PIB. Le taux d'inflation est tombé de 10,5% à
2,3%.
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Les limites peuvent être regroupées en trois grandes catégories : les
problèmes d'application, le processus d'ajustement lui-même, et son coût social.
-21-
plus que les riches, les femmes plus que les hommes, et le rural plus que
l’urbain. Aujourd’hui, près de 10 millions de marocains sont encore
analphabètes et autant n’ont pas d’eau potable. Près de 180 000 enfants de
moins de 5 ans meurent chaque année et 500 000 sont sous alimentés. La
marginalisation et la pauvreté ne cessent de gagner du terrain.
L’après PAS
Les réformes structurelles entamées dans la décennie 80 se sont
poursuivies durant la décennie 90. Les objectifs fondamentaux peuvent être
résumés comme suit:
-22-
mondialisation, avec l’adhésion du Maroc à l’O.M.C., et la perspective de la
création d’une zone de libre échange avec l’Union Européenne.
-23-
L’amélioration du cadre incitatif et promotionnel
La promotion de l'emploi
Cette stratégie avait été préparée par l’USFP dirigé par Abderrahmane
Youssoufi qui guidait le gouvernement. Cependant son application a connu
de grandes difficultés du fait notamment de la non homogénéité du
gouvernement composé de plusieurs partis et de la poursuite de l’orientation
libérale du Maroc après la fin du PAS. Un plan quinquennal 1999-2003 avait
bien été élaboré, mais son application n’a pas été possible du fait de la
poursuite du recours à la gestion de Court Terme.
En 2003, Driss Jettou, un chef d’entreprise, est nommé 1er ministre pour
diriger la même formation gouvernementale (Koutla + RNI + MP) jusqu’en 2007.
Le parti de l’Istiqlal suivra entre 2007 et 2012 avec Abbas El Fassi comme
-24-
premier ministre et la même formation gouvernementale (Koutla + RNI + MP).
Puis viendra le tour du PJD avec comme chef de gouvernement Abdelilah
Benkirane avec l’Istiqlal, le PPS et le MP (2013), avant que l’Istiqlal ne passe
dans l’opposition et que le RNI réintègre le gouvernement.
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CH3- ANALYSE DE L’EVOLUTION DES PRINCIPAUX AGREGATS
MACROECONOMIQUES
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La première période 1950-1961 a connu une stagnation de la
production due notamment à la chute des activités de construction à partir
de 1953, à la baisse des activités commerciales depuis 1954 et à la crise du
secteur agricole. De 1955 à 1961 la croissance de la PIB est négative
(mauvaise campagnes agricoles en 1957 et 1959) sauf en 1958 et 1960. Le
taux de croissance moyen est négatif ( - 0,04% par an).
-27-
Par ailleurs, malgré la mise sur pied de quelques programmes sociaux
et les tentatives d’une meilleure répartition des revenus (compensation des
produits de base) il subsiste un grand déficit social comparativement à des
pays similaires.
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3 –EVOLUTION DES STRUCTURES ECONOMIQUES
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CH 4- LE SECTEUR AGRICOLE
Le secteur agricole dans l'économie nationale représente autour de 17% du
PIB, occupe environ la moitié de la population active soit 6 millions de personnes et
contribue pour près de 40% aux recettes des exportations et pour 20% aux
importations.
Le nombre d’exploitants agricoles est de près d’1,5 million de personnes dont
81% d’analphabètes et une moyenne d’âge de 52 ans. Parmi eux :
4,3% n’ont pas de terres
55% ont des exploitations de moins de 5 ha représentant 24% de la SAU
70% ont des exploitations de moins de 3 ha représentant 12% de la SAU
4% ont des exploitations de plus de 20 ha représentant 1/3 de la SAU
0,2% ont des exploitations de plus de 100 ha représentant 8,7% de la SAU.
Par ailleurs, seulement 15% environ de la SAU est irriguée soit 1,5 Million
d’ha,soit par la grande hydraulique (barrages), soit par la PMH (petite et moyenne
hydraulique : pompage dans les rivières et les nappes).
La SAU est composée de plus de 9,5 millions de parcelles d’une moyenne de
0,92 ha chacune. L’exploitation étant formée de 6,4 parcelles en moyenne, la
superficie par exploitation est de 6,1 ha.
UTILISATION DU SOL
Superficie totale: 710 850 km2 = 71 Mha
Superficie cultivable: 9,3 M ha = 13% de la S.T.
Superficie cultivée 7,5 M ha = 80% de la Superficie cultivable
dont :
céréales: 5 à 6 millions ha = 64% de la S cultivée
légumineuses: 4%
oléagineux: 1,5%
cultures industrielles: 2%
cultures fourragères: 2,5%
cultures maraîchères 3%
cultures sous étage 3,5%
plantations fruitières 10%
jachère: 25% de la S cultivée
-30-
Forêts (Alfa comprise): 9,2 M ha = 13% de la ST
Terres de parcours: = 30 %
Terres mortes: = 44 %
2- RESSOURCES EN EAU ET DEPENDANCE CLIMATIQUE
1
Le débit d'un cours d'eau c'est le volume d'eau écoulé en un point donné par un cours d'eau en une seconde;
d'où son expression en m3/seconde. Le débit moyen annuel (DMA) est la moyenne arithmétique des débits quotidiens
annuels.
-31-
Cette évolution en «dents de scie» exprime cependant une tendance lourde à
la baisse. De 800 mm par an en moyenne durant les années 1960, les moyennes
annuelles de précipitations sont passées à 700 mm pendant les années 1970, et à
450 mm entre 1980 et 1990.
-32-
La demande en eau se trouve aujourd'hui déterminée essentiellement par
l'importance des volumes d'eau alloués à l'agriculture irriguée et la continuelle
croissance des besoins en eau potable et de l'industrie, d’où une forte pression
sur les ressources et une tendance à la raréfaction. Par ailleurs, la lutte contre la
pollution et les effets de la sécheresse, des inondations et de l’envasement des
barrages imposent de plus en plus une planification intégrée et une gestion plus
rationnelle des ressources en eau.
-33-
3- EVALUATION DE LA POLITIQUE DE LIBERALISATION ET
D'OUVERTURE :
-34-
3- 2 Des résultats très contrastés
Les principales conclusions à la fin de du programme PASA1 et PASA2 sont :
a- La production, notamment des céréales, est demeurée tributaire des
conditions climatiques et la satisfaction des besoins dépend encore des
importations.(cf statistiques sur l’évolution des productions et des importations)
Le déficit de la balance alimentaire s'est creusé depuis le début des années 90
(3,5 millions de dirhams en 1997), et le taux de couverture des biens alimentaires
essentiels n'a pas connu d'évolution significative. Il était de 47% pour les céréales
de 23% pour les huiles végétales, 45% pour le sucre, et 80% pour le lait et dérivés.
b- Du fait de la politique protectionniste de l'Union Européenne, principal client
du Maroc, les exportations marocaines d'agrumes et de primeurs ont stagné entre
1985 et 1997. Par contre, l'exportation des nouveaux produits (aubergines, haricots
verts, avocats, fraises, kiwis, fleurs coupées) a connu des performances réelles et
appréciables.
Les résultats ont été donc très contrastés :
Les performances à l’exportation sont bonnes pour les nouveaux produits,
mais elles sont contrecarrées par la nature protectionniste du marché européen.
L'agriculture vivrière demeure encore sous l'emprise des fluctuations agro-
climatiques et nécessite une diversification des productions.
La libération des prix seule n’a pas entraîné une amélioration générale des
performances, car l'assise foncière et financière, et la nature des cultures
pratiquées restent déterminantes,
Malgré les efforts en matière de sécurité alimentaire, des inégalités entre les
régions et les catégories d'agriculteurs demeurent (accès aux moyens de
production et de commercialisation et au marché pour les catégories les plus
défavorisées de la population rurale).
Enfin, des potentialités appréciables existent mais elles sont soit
insuffisamment exploitées, soit tout simplement non explorées, ni à des fins
d'accroissement de la sécurité alimentaire, ni dans l’objectif de développement des
exportations.
-35-
3-3 L’évolution des performances du secteur agricole (Extrait du texte
de Rachid DOUKKALI, RDH 50)
Entre 1961 et 2002, le secteur agricole a connu une croissance relativement
faible en comparaison avec le reste de l’économie. Cette faible performance est
d’autant plus inquiétante que ce secteur continue à occuper une place
prépondérante en termes de revenus et d’emploi.
L’analyse de l’évolution permet de distinguer globalement trois phases
d’évolution :
une longue phase de croissance modérée jusqu’en 1985,
une phase de forte croissance qui a concerné la majorité des spéculations
agricoles, entre 1986 et 1990
suivie d’une décélération de la croissance après 1991.
Plusieurs facteurs peuvent être à l’origine de cette décélération, notamment
des conditions climatiques très défavorables et les grandes fluctuations des
productions céréalières. Ces dernières, étendues à des zones marginales, sont
devenues beaucoup plus sensibles aux variations climatiques.
En dehors des céréales, légumineuses et cultures oléagineuses, l’essentiel
des autres spéculations agricoles ont continué à connaître une croissance de
production même après 1991, et à soutenir une croissance urbaine relativement
élevée. À la tête de ces spéculations, on trouve les productions horticoles et
animales, en particulier celles de l’aviculture.
L’évolution de la balance commerciale agricole montre que depuis 1973, date
où la balance commerciale agricole est devenue négative, l’écart entre les
importations et les exportations en termes de quantités ne cesse de se creuser. Le
taux de couverture n’est resté stable, autour de 50 %, que grâce à des termes de
l’échange en faveur des exportations agricoles marocaines.
La stagnation des exportations trouve ses explications dans les difficultés que
rencontre le Maroc sur les marchés extérieurs, notamment le protectionnisme
européen, et dans la croissance de la demande interne.
Du côté des importations, la dépendance croissante du Maroc du marché
extérieur pour son approvisionnement en produits de base de consommation
humaine n’est plus à démontrer. Ce que l’évolution récente montre c’est la
-36-
généralisation de cette dépendance à l’alimentation du cheptel et aux semences
autres celles des blés et de l’orge. Le Maroc qui a toujours été considéré un pays
d’élevage est devenu fortement dépendant des importations pour assurer une
partie de sa consommation en produits d’origine animale.
De point de vue balance commerciale agricole, le Maroc est passé de la
situation de pays excédentaires à pays déficitaire. Ce taux est passé d’une
moyenne de plus de 130 % pendant les années 1960 à près de 50 % en moyenne
pendant les années 1990 et pendant la période 2000-2002 à près de 42 %.
En terme de la production agricole nette, le Maroc a réalisé sur la période
1961-2002 l’un des taux de croissance les plus élevés de l’échantillon, avoisinant
les 3 %. Cependant, jugé par la productivité globale des facteurs de production
mobilisés par unité produite dans le secteur, le Maroc a connu une régression,
puisque le taux de croissance de cette productivité a été négatif (-1.9 %).
L’analyse de l’évolution du taux de croissance de la productivité globale des
facteurs montre que celui-ci a été positif pendant les deux dernières decennie
(1982-92 et 1992-02). La décomposition de la productivité globale des facteurs en
efficience technique et en changement technique montre que l’agriculture a réalisé
une amélioration technique significative.
En terme de productivité à l’hectare entre 1993 et 2002, le Maroc a réalisé
l’avant dernière position d’un échantillon de pays. En terme de productivité par actif
employé dans l’agriculture, il a enregistré la dernière position, soit seulement 68 %
de la valeur réalisée par l’Égypte, 62 % de celle réalisée par la Turquie et moins de
50 % de celle réalisée par la Tunisie et par le Mexique. Comparée aux pays de tête
de l’échantillon, la production agricole nette par actif dans le secteur agricole au
Maroc ne représente qu’une faible proportion puisqu’elle n’est que de 12,6 % de
celle enregistrée par la Grèce, 7,2 % par rapport à celle de l’Espagne et seulement
4,6 % de celle réalisée par l’Irlande.
Par comparaison au reste de l’échantillon l’agriculture au Maroc reste
globalement caractérisée par une utilisation intensive de main d’œuvre peu
qualifiée et du facteur terre, très peu mécanisée et utilisant très peu d’intrants
modernes, d’où une faible productivité à l’hectare et par actif employé. Les pays qui
ont pu réaliser des revenus élevés par actif employé se caractérisent tous par
-37-
d’importants investissements dans la formation et la recherche et ont tous opéré
une vraie substitution travail-capital et une intensification dans l’utilisation des
intrants modernes.
4-2 LE FINANCEMENT
L'accès au crédit demeure sélectif en raison de la prédominance d'une culture
commerciale. (ancien rôle de la Caisse Nationale du Crédit Agricole) qui impose
aux agriculteurs des garanties qu'ils ne peuvent fournir en raison du statut de leur
propriété foncière, ce qui impliquent que la grande majorité des agriculteurs sont
exclus du système.
Par ailleurs, même quand les petits exploitants accèdent au crédit, les
plafonds octroyés au niveau des caisses locales ne permettent pas le financement
-38-
de l'investissement. De même qu’ils trouvent de plus en plus de difficultés de
remboursements du fait des répercussions néfastes de la sécheresse.
En outre, le rôle du Fond de Développement Agricole dispose actuellement de
moyens de financement important.Plusieurs fonds sobnt également mobilisé
comme celui du Millenium Chalenge.
La faiblesse de l'investissement explique notamment la lenteur de la
mécanisation En 1995/96 il y avait près de 43 000 tracteurs opérationnels soit 1,2
tracteurs par exploitation. Mais 62% du parc se trouve dans les exploitations >5 ha.
Rapporté à la SAU le ratio est d’1 tracteur pour 202 ha (contre 1/477 ha en 1974),
sachant qu’il est de 1/136 ha pour les exploitations > 5 ha et 1/381 ha pour celles
<5 ha.
Par ailleurs, si 90% des exploitations >100 ha recourent à la mécanisation des
travaux du sol, ce taux n’est que de 23% pour les exploitations de moins d’1 ha. De
plus 49% des exploitations n’utilisent pas d’engrais (contre 54% en 1974), 84% pas
de semences sélectionnées, et 67% pas de produits phytosanitaires.
-39-
5- Analyse critique
Selon najib Akesbi (RDH50),« l’un des défis majeurs qui se pose aujourd’hui à
notre pays, c’est de réussir une transition d’une agriculture encore largement
extensive, peu productive et fortement protégée, vers une agriculture intensive,
compétitive et plus ouverte sur le marché mondial, et ce, à un coût politique, social
et écologique acceptable.
On ne peut évidemment trouver ses solutions adéquates rapidement et
aisément. Bien au contraire, le plus souvent, résistances et conservatismes divers
se conjuguent pour pérenniser un statu quo qui n’est ni cohérent ni viable, et
encore moins équitable.
Dans les conditions actuelles, l’intégration à l’économie mondiale et une
libéralisation mal préparée ruinerait l’agriculture marocaine. Mais, on ne peut non
plus ignorer que c’est précisément l’état où se trouve le monde rural qui constitue
l’obstacle majeur à tout développement compétitif de l’agriculture marocaine, et
rend si difficile une insertion «gagnante» dans le mouvement de mondialisation en
cours. Donc, la libéralisation des échanges doit impérativement s’inscrire dans une
dynamique d’ensemble qui commence par les réformes internes incontournables et
se prolonge ensuite dans les « ouvertures » réfléchies, programmées, et
négociées.
Ce processus ne peut être que global, progressif, et pragmatique et c’est l’État
qui doit le conduire, car il doit exercer ses fonctions essentielles stratégiques et de
régulation.
Un État jouant pleinement son double rôle d’État-stratège et d’État-régulateur,
et un État aussi pleinement démocratique car les conditions de succès de toute
démarche déclinée en termes de choix et d’options impliquent nécessairement les
intérêts des uns et des autres, en termes d’orientations et de politiques, en termes
d’actions et de mesures qui favorisent les uns, probablement au détriment des
autres, d’où la nécessité d’une stratégie qui doit être l’affaire de tous....
L’État-régulateur devra s’appliquer à conduire les réformes qui s’imposent en
mettant en oeuvre les modes de régulation qui auront été préalablement adoptés,
et adaptés aux conditions objectives de l’économie et de la société. Il lui faudra agir
avec volontarisme et détermination pour réaliser les restructurations ou les
-40-
reconversions nécessaires, mettre en oeuvre les politiques d’accompagnement
appropriées pour atténuer l’ampleur des chocs, favoriser les efforts d’adaptation et
préserver des conditions d’existence décentes pour la grande majorité de la
population. » (fin de l’extrait)
Deux défis semblent peser sur l’avenir du secteur agricole. D’une part, la
nécessité de combler les retards accumulés au niveau de la promotion du monde
rural, sans quoi aucun développement agricole ne sera possible. D’autre part, le
défi de la mondialisation des échanges.
5-1 LE CONTEXTE MONDIAL
-41-
Guerraoui avance 6 idées maîtresses:
1-L'agriculture marocaine tirera sa cohérence future de sa capacité à concilier
sécurité alimentaire et de performance à l'exportation. 3 raisons à cela :
Economiquement pour capitaliser et valoriser les acquis, appréciables en
matière de sécurité alimentaire et de performance à l'exportation,
Politiquement, parce le Maroc dispose d'un potentiel important non encore
exploité de façon optimale et qu'il faut minimiser la dépendance étrangère,
Enfin, socialement, parce que l'avenir réside encore dans l'agriculture et
dans le regain d'intérêt pour le travail agricole, au regard du poids du monde rural
dans l’économie et la société marocaine.
2- L'avenir de l'agriculture vivrière réside dans une diversification
indispensable de ses activités productives (combiner cultures vivrières et
cultures de rapport; complémentarité culture-élevage, promotion d'activités
économiques non agricoles) et l’adoption d'une politique publique
d'accompagnement des paysans.
3- Il faut concilier prédominance de la micro-exploitation et mise en
valeur agricole rationnelle car l'exode rural ne peut lever l'obstacle foncier. Il
faut donc fixer les populations à la campagne en leur offrant des structures
durables et viables.
4- La nécessité de rechercher de nouveaux marchés (Maghreb, Monde
Arabe, Afrique, Etats-Unis, Canada, Europe de l'Est) car la recherche d’une
complémentarité avec l'Union Européenne ne suffit plus.
5- L'implication de tous les acteurs public, privé et associatif du monde rural et
de toute la filière agro-alimentaire et agro-industrielle dans l'élaboration de la
politique agricole.
6- Si in veut une agriculture capable de nourrir les marocains et d’exporter, il
faut revendiquer l'exception alimentaire lors des négociations avec l’UE (en 1999)
et l’OMC (en 2001), et supprimer les rentes de situation nées de la politique de
subvention et de compensation, au bénéfice du consommateur.
B/ Pour le Centre Marocain de Conjoncture 5 éléments seront
déterminants :
-42-
1-C’est le développement de l'exploitation agricole familiale qui constitue le
moyen approprié pour concilier performance économique et cohésion sociale au
sein du monde rural par l’adoption d'une politique agricole qui permet d'élargir son
capital et de moderniser ses techniques de production au moyen d'un meilleur
encadrement professionnel et d'une optimisation du travail familial.
En effet, dans le secteur irrigué, les performances demeurent en deçà des
potentialités. L'absence d'un encadrement technique véritable, la faiblesse de
l'organisation professionnelle et les problèmes de financement expliquent une telle
situation. Par ailleurs, l'extension des superficies irriguées dans le bour favorable
est possible. Elle dépend de la capacité des exploitations familiales à se doter de la
petite hydraulique grâce à des systèmes de financement souples et adaptés.
2- Le redimensionnement des exploitations est indispensable à un moment
où la lutte contre la pauvreté absolue en milieu rural devient un axe prioritaire des
composantes des politiques économiques. Une grande partie de la population vit
sous le seuil de pauvreté et d’autres peuvent être considérés comme marginalisés.
La marginalité demeure d'essence rurale puisque 75% des chefs de ménages
urbains défavorisés sont nés en milieu rural.
3- une stratégie de maîtrise de l'aléa climatique dans le domaine agricole
constitue un impératif. Elle doit reposer sur :
une politique volontariste de valorisation et de rationalisation de la gestion de
l'eau,
un renforcement du potentiel national de recherche agronomique en zone
aride et semi-aride accompagné d'une véritable politique de vulgarisation,
une politique efficace de stockage de sécurité aussi bien pour l'alimentation
humaine qu’animale, (de "provisions pour risque climatique ") qui alimenteraient un
Fonds de soutien pour les années de sécheresse.
Cette action conduirait à la mise en place d'un système efficient et permanent
de solidarité en faveur des opérateurs économiques touchés par les aléas.
4- une politique agricole concertée et participative car actuellement elle intègre
peu les soucis des petits et moyens exploitants. (exemple avant la libéralisation de
la filière céréalière pour cause de faible représentativité dans les organisations
professionnelles).
-43-
Il faut donc développement de l'organisation professionnelle des petits et
moyens exploitants pour l'optimisation de la production et de la commercialisation
et favoriser la concertation entre les Pouvoirs Publics et les représentants du
secteur.
5- Une stratégie rurale de promotion des activités non agricoles doit être
élaborée car la population rurale atteindra près de 16 millions d'habitants en 2020.
provoquant une saturation des activités agricoles. L'adoption d'une stratégie de
promotion des Communes rurales et de création d’activités de proximité
(mécanique, soudure, vente de fourrages, phytosanitaire, médicaments, services
vétérinaires, vente de produits alimentaires, pièces de rechange, tôlerie, entretien
des installation d'eau potable et d’électricité, aménagement des pistes rurales)
devra s’insérer dans le cadre de schémas régionaux d'aménagement du territoire et
s’appuyer sur la création d’associations locales d'assistance (micro-crédits, …)
-44-
CH 5- LE SECTEUR INDUSTRIEL :
Le secteur industriel constitue la 2ème activité d’importance après l’agriculture
et avant le tourisme. Cependant, sa contribution à la croissance du PIB n'a pas
connu de variation notable au cours des vingt dernières années. La part de la
production manufacturière dans le PIB est restée de autour de 15%. Or un pays tel
que le Maroc devrait générer plus de 25% de sa production dans le secteur
manufacturier.
Pourtant, son rôle dans les échanges extérieurs et les investissements est
primordial. Il représente la plus grande part des exportations totales et emploi près
de 500.000 personnes (dont 1/3 de saisonniers).
Autrefois axé sur la production de biens de consommation (agro-alimentaire
et biens d’équipement ménager), le secteur manufacturier s'est orienté depuis le
milieu des années 70 vers la fabrication de biens intermédiaires, avec la forte
expansion de la chimie (principalement, produits dérivés des phosphates) et de la
production d’articles issus dans les IMME (industries Métallurgique, mécanique et
électrique) surtout la sidérurgie-métallurgie et l’électronique.
Jusqu’à la fin des années 90, le paysage industriel était dominé par quatre
grandes branches industrielles:
Les industries agro-alimentaires (1/3 de la production), allant du simple
conditionnement à la transformation. Activités complémentaires de la production
agricole, elles permettent de valoriser des produits végétaux ou animaux, de
répondre aux besoins alimentaires de la population et de contribuer à l'apport de
devises par le biais des exportations. Elles se composent d’une dizaine de sous
branches d'inégale importance dominés par la production sucrière et par la
transformation des céréales. Viennent ensuite, la conserverie, la fabrication de
corps gras d'origine végétale ou animale (huile, margarine etc) et le lait et ses
dérivés.
Les industries chimiques et parachimiques (1/3 de la production) et 2/3
des exportations sont essentiellement constituée par la transformation des
phosphates (acide phosphorique et engrais) et la pétrochimie (plastique et dérivés).
-45-
La parachimie fournit des produits d'usage courant destinés principalement au
marché national telle l'industrie pharmaceutique .
Les industries du textile, de l'habillement et du cuir (1/5ème de la
production) occupait le premier rang aussi bien en terme d’investissements et
d’emplois créés que des exportations (1/5ème des exportations de marchandises).
Les industries mécaniques, métallurgiques, électriques et électroniques
vont amorcer leur évolution depuis le début des années 90 du fait du processus
de délocalisation de certaines activités des économies industrialisées. Depuis, la
croissance industrielle est tirée principalement par les exportations alors qu’à
l’indépendance l’orientation était plutôt d’approvisionner le marché intérieur.
-46-
En effet, les objectifs du plan 1960-64 étaient axés sur une industrialisation
reposant sur la création d'industries de base. Le taux de croissance assigné par le
Plan au secteur industriel était de 10 %, contre 6,5 % pour l'ensemble de
l'économie.
Cependant, le plan 1965-67 va reléguer l'industrie au second rang. Et dès
1964 le BEPI ne jouera plus son rôle. Le secteur privé restera embryonnaire. A
l'exception du textile et des industries alimentaires, les investissements industriels
sont très insuffisants
Le plan 1968-72 va adopter une politique d'import-substitution avec une
préférence aux industries agro-alimentaires et aux industries manufacturières
légères orientées vers la satisfaction du marché intérieur. Néanmoins, la politique
industrielle gardera les mêmes fondements (protection, incitation, investissement
public), et privilégiera l'approche coûts-avantages, en particulier le critère du coût
en devises des investissements.
Durant la décennie 1960, le souci de développer les exportations a été
associé à l'objectif de valorisation des ressources naturelles locales (agricoles,
halieutiques et minières) ou encore d'appuyer le processus d'import-substitution.
-47-
une intervention directe de l’Etat dans le processus d’industrialisation;
l’encouragement de la valorisation des ressources agricoles et minières ;
la protection du marché intérieur et l’import-substitution;
la promotion des exportations à partir du milieu des années 70.
Le résultat de cette politique été le développement de quelques exportations
de biens manufacturés, handicapées par la surévaluation du dirham et la politique
des prix et des incitations, et une très légère diversification du tissu industriel.
II- LA STRATEGIE D’OUVERTURE SUR LE MARCHE MONDIAL
A partir de 1983, l'Etat a opté pour un modèle de croissance de l'industrie
dont les principes de base sont :
L’abandon progressif de la réglementation des prix destinée à protéger le
consommateur, éviter les ententes et prévenir les dérapages inflationnistes. C’est
ainsi que la libéralisation des prix a été entamée à partir de 1982 et étendue à
presque toutes les branches industrielles en 1986. L’Etat voulait ainsi créer un
climat de concurrence et pousser les entreprises nationales à se mettre à niveau .
L'assouplissement de l'encadrement administratif des entreprises et la
décentralisation des décisions, notamment par la quasi-automaticité de l'attribution
des avantages prévus par les codes des investissements, la facilitation des
procédures du commerce extérieur (en particulier, le régime de l'Admission
Temporaire) et l'assouplissement du régime des changes (garanti de re-transfert
des capitaux investis et des bénéfices réalisés par les entreprises étrangères ,
etc…).
Une politique de protection et d'incitation qui privilégie la demande extérieure
et les forces du marché. Cette orientation s’est traduit par un long processus de
réduction des contrôles et de la charge fiscale sur les importations, l'adoption de la
Loi sur le commerce extérieur et enfin l'adhésion du Maroc au GATT.
III- DU PLAN EMERGENCE AU PLAN d’ACCELERATION
INDUSTRIELLE
1- Le Plan Emergence
En 2005, l’Etat a confié au bureau McKinsey la réalisation d’une étude
stratégique sur le positionnement international de l’industrie marocaine. Un
-48-
2
ambitieux programme d’industrialisation intitulé « Emergence » a été lancé, avec
pour objectifs de créer 800 000 emplois et 53 milliards de DH de valeur ajoutée
directe à l’horizon 2010. Renouvelé en 2009 sous l’appellation de « Pacte National
pour l’Emergence Industrielle », ce programme mit l’accent sur un certain nombre
« métiers » disposant « d’avantages comparatifs » qui devaient permettre au Maroc
de se positionner face à la concurrence des autres pays du bassin méditerranéen.
Appelés à devenir les « moteurs de la croissance » économique, ces métiers
concernent les branches « traditionnelles » du Maroc, comme l’agroalimentaire, les
produits de la mer et le textile, ainsi que l’offshoring, une activité nouvelle créatrice
d’emplois, et surtout trois branches émergentes : l’aéronautique, l’automobile et
l’électronique. Parallèlement à cela, un contrat programme fut opérationnalisé en
2007 visant le développement d’un « artisanat industriel » à fort contenu culturel et
orienté vers le marché international.
Les pouvoirs publics, à travers cette stratégie industrielle, visait à impulser
une croissance additionnelle du PIB de + 1,6% sur la période 2007-2014 et de
réduire de 50% du déficit commercial. L’objectif emploi quant à lui tablait sur la
création de 440.000 emplois directs et indirects.
En 2010, le plan « Envol » est venu compléter cette stratégie, en visant trois
nouveaux secteurs : les biotechnologies, la microélectronique et les
nanotechnologies. L’aménagement de la technopole de Salé (Technopolis)
correspond à une nouvelle orientation qui mise sur les industries à plus haute
valeur ajoutée et une main d’œuvre hautement qualifiée, et qui cherche à
connecter l’entreprise aux établissements de Recherche et Développement.
3
C’est ainsi que dans les TIC, une stratégie de création de Clusters a été
engagée. Mais selon une étude d’ANIMA4, sur les 14 clusters recensés, seuls deux
sont devenus opérationnels. Il s’agit du « Technopark » de Casablanca qui
accueille 180 entreprises innovantes et « Maroc Numeric Cluster » qui rassemble
42 start-up. Les raisons de ce semi échec reviennent selon les auteurs de cette
2
Elaboré par le cabinet McKinsey, l’étude n’a jamais été diffusée.
3
Voir la fiche sur les Clusters
4
L’Usine Nouvelle. 08 octobre 2013.
-49-
étude au manque de capacités managériales liées à l’innovation et de moyens
pour travailler à l’international, ainsi qu’à la faible interaction entre les centres de
recherches universitaires et le secteur industriel.
La réalisation de ce très ambitieux programme passait notamment par la
5
création de zones spéciales de sous-traitance industrielle (MedZones) dans le but
d’attirer des investisseurs étrangers (cas de l’automobile ou de l’aéronautique) qui
visent essentiellement l’exportation vers l’Europe. Ces zones franches 6 se veulent
des espaces économiques intégrés dédiés à un certain nombre de métiers.
Ainsi, dans l’automobile, Renault-Nissan a investi plus d’1 milliard d’euros
dans une usine d’assemblage d’une capacité de 400.000 véhicules dans le parc
industriel de Melloussa. L’usine se situe à proximité du port Tanger-Med et
de Tanger Automotive City, une zone franche qui s'intègre dans le réseau des
Plateformes Industrielles Intégrées (P2i). La production a démarré en 2010 avec
pour objectif d’arriver à 80% d’intégration locale. Plusieurs fournisseurs se sont
installés dans la zone industrielle attenante au port. En 2013, avec un effectif de
5 500 salariés, la production a dépassé les 100 000 véhicules dont 93 000 à
l’export soit le double par rapport à 2012. Le démarrage d’une deuxième ligne de
production fin 2013 devrait porter la capacité du site à 200 000 véhicules, l’objectif
ultime étant de 340 000 véhicules et 6 000 emplois.
L’ouverture en 2012 d’ « Atlantic Free Zone » à Kénitra, deuxième centre de
production automobile du pays, a connu l’installation de plusieurs groupes
étrangers dont Yazaki, Sumitomo, Faurecia, Hirschmann Automotive, Saint Gobain,
Delphi et Lear. Afin d’accompagner le secteur, le gouvernement a décidé en 2013
la création de trois instituts de formation aux métiers de l’industrie automobile à
Kénitra, Casablanca et Tanger, d’une capacité de 3 000 personnes par an.
5
D’où la création de MedZ, une filiale de la Caisse de Dépôt et de Gestion.
6
L'installation en zone franche présente plusieurs avantages, l'exemption
illimitée des droits de douane, exemption de taxes pendant 5 ans puis 8,75% pour
les 20 ans suivants, exemption illimitée sur la TVA, pas de restriction sur le capital,
possibilité de rapatriement et de convertibilité des opérations en devises libres et la
simplification des procédures douanières.
-50-
Dans l’électronique, le programme prévoyait notamment le développement de
l’électronique de spécialité (embarquée) afin d’accompagner celui des équipements
automobiles et devenir une destination de sous-traitance pour les PME
européennes. Par ailleurs, deux clusters ont été créé dans le cadre de la mise en
œuvre de la «Stratégie Maroc Innovation» : le premier Morocco Micro-Electronics
Cluster à Rabat dédié à la recherche microélectronique et le second CE3M à
Mohammedia et qui intervient dans l’électronique, la mécatronique et la mécanique.
7
Dans l’aéronautique , le plan prévoyait la création de 17 000 emplois à
l’horizon 2015 avec le développement de l’Aéropôle de Nouaceur où plusieurs
équipementiers se sont installés (Safran, Eads, Bombardier, Thales, Dassault etc.)
avec quelques PME marocaines qui représentent environ 20% de l’effectif. Selon le
GIMAS8, le nombre d’entreprises aéronautiques est passé de 10 en 2003 à
106 en 2013 avec la création de 10 000 emplois hautement qualifiés,
essentiellement des jeunes de moins de 30 ans, dont 50% de femmes. Le chiffre
d'affaires réalisé à l’export atteint un milliard de dollars US
Par ailleurs, la première tranche de la nouvelle zone franche « Midparc » a
été inaugurée à Nouaceur en septembre 2013 sur une superficie de 60 ha. Elle
abrite entre autres dfeux centres de formation : l'Institut des Métiers de
l'Aéronautique(IMA) et l'Institut Spécialisé des Métiers de l'Aéronautique et de la
Logistique Aéroportuaire (ISMALA) d’une capacité d’accueil de 1000 personnes par
an.
7
En 1999 seules deux entreprises opéraient au Maroc : EADS Maroc Aviation et le centre
de maintenance de la RAM. Depuis, plusieurs entreprises se sont implantées, profitant des
avantages offerts par la délocalisation au Maroc. Actuellement, la branche compte plus de
cinquante entreprises, employant près de 6000 personnes. Plus de 70% d’entre elles sont
implantées à Casablanca, dans la zone de l’aéroport. Tanger vient en 2ème lieu, suivie de Rabat
puis Marrakech. Cette branche présente un tissu industriel diversifié allant des études jusqu’à la
maintenance des avions, en passant par le composite, le traitement des surfaces, l’assemblage,
l’usinage, la mécatronique etc.
8
Propos du président du Groupement des Industries marocaines
aéronautiques et spatiales. http://www.lemag.ma/GIMAS-L-industrie-aeronautique-
marocaine-vole-haut_a79829.html
-51-
9
Selon G. Almeras , les résultats de cette stratégie sont décevants et les
objectifs n’ont pas été atteints. Les filières automobile et aéronautique ne sont
tirées que par quelques entreprises étrangères. Les grands équipementiers n’ont
pas suivi. Le président de l’AMICA (Association Marocaine pour l'Industrie et le
Commerce de l'Automobile) affirme que « l'un des enjeux (…) se situe au niveau
du développement du tissu industriel local. A côté des équipementiers
internationaux qui sont implantés au Maroc, il y a un peu de déception sur le fait de
ne pas assister à l'éclosion de véritables entreprises maroco-marocaines :
équipementiers, sous-traitants, etc… »10 . Ceci bien que depuis 2010, l’industrie
automobile a créé en moyenne chaque année 9 000 emplois 11. Et il poursuit :
« L’électronique et l’agroalimentaire stagnent par rapport à leurs objectifs. Les
exportations textiles reculent. L’offshoring a enregistré une croissance de 18% par
an ces dernières années, mais sur les 20 milliards DH attendus, seulement 8
milliards ont été réalisés et 55 000 emplois ont été créés sur les 100 000 attendus
en 2015».
De plus, les incertitudes de l’évolution du marché mondial font peser un grand
risque quant à la pérennité des délocalisations. Et, outre le fait que c’est l’Etat qui,
encore une fois, est le principal initiateur de cette dynamique, le problème réside
surtout dans le fait que l’attraction de ces IDE ne s’est pas accompagné pas par la
création d’un système productif national autonome. Nous remarquons en effet que
le secteur privé marocain est hors jeu et que les entreprises à participation
étrangère représentent aujourd’hui plus de la moitié du tissu industriel marocain.
L’annonce du lancement d’un Plan d’accélération du développement industriel
2014-2020 marque une certaine rupture avec le Plan Emergence, en procédant à
une réévaluation de la politique industrielle du Maroc. L’objectif de promouvoir
9
« Maroc : le vrai prix de l’émergence ». Econostum. Mars 2013.
http://www.econostrum.info/Maroc-le-vrai-prix-de-l-emergence_a13966.html
10
Interview donnée à L’USINE NOUVELLE. 27 novembre 2013
11
http://www.econostrum.info/Le-Maroc-conforte-sa-filiere-
automobile_a15564.html
-52-
des « écosystèmes » et des filières industrielles autour de groupes locomotives et
12
surtout, l’adoption du principe de la compensation afin de constituer des chaines
de valeur complètes au Maroc, semble aller dans le sens d’un développement
industriel plus « autocentré ». Les effets de la stratégie d’ouverture sur le tissu
13
industriel national sont pointés du doigt par le patronat qui revendique une pause
dans les relations avec les pays avec lesquels le Maroc a signé des accords de
libre échange.
Les autres mesures concernent :
la création d'un fonds d'investissement. Celui-ci s'appelle Fonds de
développement industriel (FDI). Il sera doté d'une enveloppe de 20 milliards de
dirhams d'ici à 2020.
l’amélioration de la compétitivité des entreprises,
l’intégration du secteur informel et à l’accompagnement des très petites
entreprises (TPE).
la dynamisation des Chambres professionnelles pour un meilleur
accompagnement des PME/TPE.
l’amélioration du climat d’affaires et le renforcement de la vocation africaine
du Maroc,
le renforcement des partenariats, l’internationalisation des entreprises et la
promotion des exportations.
l’appui aux projets d’investissement dans les secteurs de l’aéronautique, des
industries Chimiques – Para-chimiques et Pharmaceutiques et dans l’amont du
secteur textile.
La mise à disposition du foncier industriel,
l’amélioration de la compétitivité de l’Offshoring.
S’agissant du volet territorial, aucune mesure spécifique n’a été annoncée,
mis à part la volonté d’une meilleure exploitation et une optimisation des parcs
12
Il s’agit de l’Offset industriel qui impose qu’une part de 20% des contrats
publics soit accordée aux PME locales.
13
Voir à ce propos l’étude commanditée par la CGEM et intitulée “les leviers
de la compétitivité des entreprises marocaines“. Valyans Consulting. Mars 2014
-53-
industriels qui « doivent répondre aux mutations que connaît l’industrie et à
l’évolution des besoins des entreprises. Leur taux d’occupation, très faible à ce
jour, n’atteindrait que 16% en 2016».
La concrétisation de l’ensemble de ces mesures devrait permettre la création,
à l’horizon 2020, de 500 000 emplois, pour moitié issus des IDE, et pour l’autre
provenant du tissu industriel national rénové, ainsi que l’accroissement de la part
de l’industrie dans le PIB de 9 points, passant de 14% à 23% en 2020.
-54-