I.
CADRE GÉNÉRAL ET THÉORIQUE
1.1 Présentation des systèmes d’aide à la conduite (ADAS)
Les systèmes d’aide à la conduite, désignés sous l’acronyme ADAS (Advanced Driver
Assistance Systems), constituent une composante essentielle de l’architecture électronique
moderne des véhicules. Ils regroupent un ensemble de dispositifs technologiques conçus pour
assister le conducteur dans la prise de décision, la conduite, et la prévention des accidents.
Ces systèmes s’appuient sur un réseau de capteurs (radars, caméras, lidars, capteurs
ultrasoniques), de processeurs de données, et d’algorithmes embarqués qui permettent une
interaction constante entre l’environnement routier et le véhicule.
Les ADAS couvrent une large gamme de fonctionnalités allant de la détection d’obstacles au
maintien automatique de la trajectoire, en passant par la régulation adaptative de la vitesse ou
encore le freinage d’urgence assisté. Leur développement s’inscrit dans une dynamique
d’innovation orientée vers la réduction des accidents dus aux erreurs humaines – responsables
de plus de 90 % des accidents selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – et constitue
une étape majeure vers l’avènement des véhicules à conduite autonome.
1.2 Origine et évolution des systèmes de sécurité active
Les systèmes de sécurité active ont pour vocation d’anticiper et de prévenir les situations à
risque, par opposition aux systèmes de sécurité passive qui visent à protéger les occupants lors
d’un accident. L’émergence de la sécurité active automobile remonte aux années 1970,
marquée par l’introduction progressive de technologies destinées à améliorer l’adhérence et la
stabilité des véhicules.
Parmi les jalons technologiques notables, on peut citer :
1978 : Intégration du premier système ABS (Anti-lock Braking System) par Bosch et
Mercedes-Benz, permettant d’éviter le blocage des roues lors de freinages brusques.
Années 1980-1990 : Apparition des systèmes ASR (Anti-Slip Regulation) et TCS
(Traction Control System), destinés à limiter le patinage des roues motrices lors
d’accélérations excessives.
1995 : Lancement du programme de stabilité électronique (ESP), fusionnant les
fonctions de l’ABS et de l’ASR avec des capacités accrues d’analyse du
comportement dynamique du véhicule.
Aujourd’hui, ces dispositifs sont devenus standards sur les véhicules commercialisés dans de
nombreux pays, en vertu de réglementations strictes sur la sécurité routière (ex. : règlement
n°661/2009 de l’Union Européenne imposant l’ESP sur tous les véhicules neufs depuis 2014).
1.3 Définitions de l’ESP et des systèmes associés (ABS, ASR, TCS)
Afin de mieux cerner l’apport de l’ESP, il est pertinent de définir les systèmes connexes sur
lesquels il s’appuie ou qu’il intègre :
ABS (Anti-lock Braking System) : Système permettant de maintenir la motricité et la
direction du véhicule lors d’un freinage d’urgence en empêchant le blocage des roues.
Il fonctionne grâce à des capteurs de vitesse montés sur chaque roue et à une
régulation de la pression de freinage.
ASR (Anti-Slip Regulation) ou TCS (Traction Control System) : Dispositif
agissant sur le couple moteur et/ou sur le freinage pour empêcher les roues motrices de
patiner lors d’un démarrage ou d’une accélération sur sol glissant. Il est
particulièrement utile sur les surfaces à faible adhérence telles que la neige ou la boue.
ESP (Electronic Stability Program) : Système de sécurité active intelligent qui
surveille en temps réel la trajectoire du véhicule et intervient en cas de perte de
stabilité (sous-virage ou survirage). Il agit en modulant individuellement la pression de
freinage sur certaines roues et en ajustant le couple moteur, afin de ramener le
véhicule sur la trajectoire souhaitée par le conducteur.
L’ESP est ainsi considéré comme une surcouche coordonnant les fonctions de l’ABS, de
l’ASR et d’autres capteurs embarqués, pour garantir une stabilité optimale en conditions
critiques.
1.4 Objectifs et rôle du système ESP dans la dynamique du véhicule
Le système ESP a pour objectif principal de garantir la stabilité directionnelle du véhicule,
notamment lors de situations de conduite extrêmes (manœuvres d’évitement, virages à grande
vitesse, freinages d’urgence sur sol glissant). Il intervient dès qu’il détecte un écart entre la
trajectoire théorique du véhicule, calculée à partir de l’angle de braquage et de la vitesse, et sa
trajectoire réelle mesurée à l’aide de capteurs embarqués.
Concrètement, le système vise à :
Éviter les dérapages incontrôlés (sous-virage ou survirage),
Maintenir le contrôle directionnel du véhicule,
Réduire les risques de tête-à-queue ou de sortie de route,
Accroître la sécurité active globale en adaptant le comportement dynamique du
véhicule.
L’ESP joue un rôle essentiel dans la gestion des forces latérales et dans l’analyse du
comportement du châssis en courbe. En intervenant sélectivement sur le freinage des roues et
sur la puissance du moteur, il permet de rétablir l’équilibre du véhicule sans intervention
directe du conducteur.
1.5 Fonctionnement global et conditions d’activation
1.5.1 Architecture fonctionnelle
Le système ESP repose sur une chaîne de détection, d’analyse et d’action regroupant plusieurs
capteurs et actionneurs. Il comprend principalement :
Capteur d’angle de braquage : mesure l’intention du conducteur en déterminant la
direction souhaitée.
Capteurs de vitesse de roue : détectent les vitesses relatives des quatre roues,
nécessaires pour l’ABS et l’ASR.
Capteur de lacet (gyroscope) : mesure la rotation du véhicule autour de son axe
vertical.
Capteur d’accélération latérale : évalue l’intensité de la force centrifuge dans les
virages.
Ces données sont transmises à une unité de commande électronique (ECU) qui les traite en
temps réel à l’aide d’algorithmes de contrôle embarqués.
1.5.2 Logique de fonctionnement
Lorsque le système détecte une incohérence entre la trajectoire commandée (par le
conducteur) et la trajectoire effective du véhicule, il procède à des actions correctives
automatiques :
Freinage ciblé d’une ou plusieurs roues (ex. : freinage de la roue intérieure arrière en
cas de survirage).
Réduction temporaire du couple moteur pour limiter l’accélération.
1.5.3 Conditions d’activation
L’ESP n’intervient que dans des situations spécifiques où le comportement du véhicule
présente un risque :
Manœuvre d’évitement d’urgence,
Entrée dans un virage à une vitesse excessive,
Conduite sur chaussée glissante (pluie, verglas, sable),
Perte de motricité ou sous/survirage détecté.
L’activation du système est généralement indiquée par un témoin lumineux sur le tableau de
bord. Bien qu’il soit désactivable sur certains modèles (dans un but de conduite sportive ou en
tout-terrain), il reste activé par défaut dans la majorité des situations de conduite courantes.