Introduction
La pédagogie fut souvent une théorisation philosophique ou une projection des adultes dans
laquelle l’enfant n’existait que par incidence.
L’éducation nouvelle, renversant la perspective, fit de la pédagogie une théorisation où l’enfant
conditionnait toute démarche éducative. Il est important que l’élève, l’être à éduquer, soit
observé, et connu. Alors, la réforme à réaliser sera considérée comme une réforme de méthodes,
surtout, et un pas sera franchi.
Le terme pédagogie ne désigne plus aujourd’hui qu’une méthodologie des pratiques
d’éducation, et s’intègre aux sciences de l’éducation. La situation éducative, et principalement
la situation scolaire d’enseignement (relation maître /élève), se traduit concrètement par une
dynamique relationnelle, y compris inconsciente, encore mal saisie. C’est avec la dynamique
des groupes que la relation pédagogique s’est proposée comme problème complexe de groupe-
classe et comme problème profondément éducatif.
C’est ainsi que DECROLY a repensé les méthodes, a transformé la manière d’apprendre en
tenant compte de la psychologie des âges. Une place est aussi faite à la vie collective et son
influence soulignée, d’où de nouveaux rapports entre le maître et l’élève.
Jamais dans le passé, le problème de l’éducation ne s’est posé avec tant d’acuité que de nos
jours. Jamais, aussi, l’action éducative n’a embrassé autant de domaines, et jamais les tâches
éducatives ne furent aussi vastes. Ceci s’explique notamment par :
1- L’accélération de l’évolution (la science avance à pas de géant) ;
2- Des situations, des problèmes et par de là même des solutions qui sont éphémères. Ce
qui est vrai aujourd’hui sera considéré comme faux ou rectifié demain ;
3- Les transformations structurelles rapides.
Cet état de fait, situe et place l’éducation aujourd’hui au centre de multiples conflits qu’on
passera en revue dans le présent cours.
Cours 1
Généralités sur l’éducation et le système éducatif
1. Le système éducatif entre hier et aujourd’hui
1.1. Hier
Le système éducatif était basé sur le postulat de la stabilité ou de la très lente évolution, et était
destiné à une minorité sans grande prétention intellectuelle (uniquement maîtrise des branches
–outils : lecture, écriture et calcul). Seule une élite « prédestinée », animée de grands projets
dépassa la norme ou le modèle commun. Ce système avait pour but de former « pour la vie »,
des sujets adaptés mais se révéla fort anachronique (résultats médiocres et disparates).
Au sein des peuples dits « évolués », l’éducation était plutôt un « reflet » (avec remises en cause
plus au moins régulières), plus que « moteur » ou agent dynamique du progrès économique,
social, intellectuel, psychologique au sens large.
1.2. À présent
Les masses (et non plus les favorisés uniquement), prétendent et aspirent à une éducation de
haut niveau (on parle maintenant de DEMOCRATISATION DE L’ENSEIGNEMENT OU
DES ETUDES). Et ceci est vrai non seulement pour les pays dits développés, mais aussi pour
ceux en voie de développement.
Ainsi le volume des connaissances s’accroît à un rythme effréné (d’où une remise en cause
PERMANENTE des savoirs, des techniques, des méthodes, des attitudes, des dispositions, etc.)
Cette croissance accélérée cause immanquablement des paradoxes et des inégalités, c’est-à-dire
des sujets hier ajustés et adaptés à leur univers sont peu capables de s’adapter au changement
imposé par les exigences d’une société nouvelle (elle-même éphémère et déjà condamnée au
changement). Ces inadaptés iront grossir les rangs des rejetés et des marginalisés.
ET SI L’EDUCATION N’ARRIVE PAS A ADAPTER SES METHODES, LE NOMBRE DE
CE REBUS IRA CRESCENDO.
Alors, on est en droit de se demander qu’est-ce qu’on pourrait attendre et exiger d’une éducation
tournée vers l’avenir ?
Que sera l’éducation de demain ?
- Est-ce une suite de recyclages successifs comme le préconisent certains, c’est-à-dire une
éducation scolaire stratifiée, poursuivie dans divers essais d’éducation pour adultes de
tous les âges ?
- Ou bien, préférerions-nous que l’on entrevoie ce que sera le prochain siècle (entrée de
l’actuelle génération scolarisée sur le marché du travail) et de former en séquence ?
Mais, dans cette perspective, ne pose-t-on pas la condition que toutes les conditions restent
égales » dans un monde statique ?
En vérité, notre attente ne sera satisfaite que par une éducation PERMANENTE DE TOUTE
LA VIE, AXEE SUR L’HEUREUSE ADAPTATION AU CHANGEMENT PREVU.
C’est-à-dire éliminer les ruptures dans la chronologie éducative de toute la vie, de la naissance
à la mort : entre le milieu scolaire, préscolaire et parascolaire.
Aussi, l’action du maître ORDONNEE A L’EFFICACITE, et vous, qui êtes destinés à ce métier
« délicat », vous faites partie de cette chaîne de la chronologie éducative, et votre souci majeur
devra être de ne pas la rompre.
Les connaissances qui vous seront prodiguées à travers les modules de psychologie et de
psychopédagogie vous muniront du matériau BRUT de la connaissance de l’enfant, de
l’adolescent et de l’adulte et c’est à vous que revient la tâche et le devoir d’appliquer en pratique
ces connaissances à bon escient.
En un mot, au lieu de vous complaire dans le rôle d’éducateur /acteur, vous devez être des
éducateurs/observateurs. Ceci est d’autant plus nécessaire que pour les maîtres des
enseignements secondaires et supérieurs, LE SAVOIR ETAIT CENSE REMPLACER
AVANTAGEUSEMENT LE SAVOIR FAIRE ; la formation pédagogique de ces professeurs
a donc toujours été négligée. Ce qui en réalité est une grave erreur.
2. Place de l’école dans l’éducation
L’ensemble des psychologues accordent à l’éducation familiale une place privilégiée, pour ne
pas dire primordiale, mais en s’aperçoit que fréquemment les parents ne sont pas à la hauteur
de leur tâche (non préparés, inconscients, démissionnaires, analphabètes, etc.) Voilà pourquoi
l’école est perçue comme l’instance POUVANT ET DEVANT PARFAIRE ET CORRIGER
L’ACTION EDUCATIVE DE LA FAMILLE LA OU ELLE S’AVERE DEFAILLANTE.
L’école ne se limite donc pas à l’INSTRUCTION uniquement, mais elle est lieu
D’EDUCATION ET DE FORMATION DE LA PERSONNALITE et c’est dans ce sens
qu’œuvre la pédagogie moderne.
« La pédagogie, dit ADLER, prend soin de la personnalité de l’élève autant que de son
instruction ».
On distingue trois disciplines différentes dans le domaine de l’éducation :
1- L’art éducatif : il s’exerce par les parents et l’enseignant dans la famille et dans l’école.
2- La science de l’éducation : décrit et interprète les faits de l’éducation dans le passé et
le présent. Elle étudie la genèse et le fonctionnement des systèmes éducatifs.
3- La pédagogie : ne décrit pas et n’explique pas, mais détermine ce qui doit-être, « les
théories pédagogiques ne décrivent pas des réalités, mais formulent des préceptes de
conduites. La pédagogie se situe dons entre la science de l’éducation et l’art éducatif.
C’est une théorie pratique » ADLER.
3- L’école traditionnelle et l’école active
« Le principe de l’école active dérive tout naturellement de la loi fondamentale de l’activité des
organismes, qui est la loi du besoin ou de l’intérêt : l’activité est toujours suscitée par un besoin.
Un acte qui n’est pas relié directement ou indirectement à un besoin, est une chose contre nature.
C’est cette chose contre nature que l’école traditionnelle s’escrime à obtenir se ses malheureux
élèves : leur faire faire, du matin au soir, et de janvier à décembre, des choses qui ne répondent
pour eux, à aucun besoin.
Ces actes, ces efforts, qu’on réclame d’eux, n’étant pas régis par la loi du besoin, on est obligé,
pour les susciter, de recourir à une foule de moyens : punitions, mauvais points, récompenses,
examens, menaces, etc. qui ont l’efficacité que l’on sait.
L’école traditionnelle réclame cette monstruosité psychologique : des actes ne répondent à
aucun besoin ; donc des actes sans causes.
L’école active, au contraire, est fondée sur le principe du besoin. Pour faire agir votre élève,
mettez-le dans des circonstances telles qu’il éprouve le besoin d’accomplir l’action que vous
attendez de lui. Ce principe fonctionnel est l’expression d’un fait d’observation de tous les jours
et tous les instants ».