Exercices sur les fonctions indicatrices et les fonctions étagées
(simples)
Les exercices suivants traitent des fonctions indicatrices (aussi appelées caractéristiques) et des
fonctions étagées (ou fonctions simples), dans le contexte de la théorie de la mesure et de
l’intégration de Lebesgue. Plusieurs prolongements sont proposés pour approfondir la com-
préhension des approches usuelles (approximation, intégration, structures d’espaces Lp , etc.).
Exercice 1 (Caractérisations de la mesurabilité des fonctions indicatrices). Soit (X, A) un
espace mesurable et soit A ⊂ X.
1. Rappeler la définition de la fonction indicatrice d’un ensemble A, notée 1A , et expliquer
pourquoi 1A est mesurable si et seulement si A est un ensemble mesurable, c.-à-d. A ∈ A.
2. Discuter (éventuellement) la mesurabilité de 1A dans le cas où A est un ensemble non
mesurable (qu’arrive-t-il alors ?).
3. Montrer que la tribu engendrée par l’ensemble des 1A (pour A ∈ A) coïncide avec A
elle-même, c’est-à-dire qu’on récupère toutes les informations d’appartenance par les indi-
catrices.
Exercice 2 (Fonctions étagées, simple ou positives). Soit (X, A) un espace mesurable. On
appelle fonction étagée (ou simple) une combinaison linéaire finie de fonctions indicatrices
mesurables. Autrement dit,
Xn
s(x) = ai 1Ai (x),
i=1
avec n ∈ N, ai ∈ R (souvent on prend ai ≥ 0 dans un premier temps), et Ai ∈ A.
1. Prouver que s est mesurable.
2. Montrer qu’on peut imposer que les ensembles {Ai } soient deux à deux disjoints si l’on
souhaite une écriture « canonique » ( raffinement de partition).
3. (Variation positive/négative) : comment traiter une fonction étagée quand certains
coefficients ai sont négatifs ?
4. Illustrer par un exemple concret (ex. sur R muni de la tribu de Borel) la construction
d’une fonction étagée décrite par une partition de l’axe réel en intervalles disjoints.
Exercice 3 (Approximation par fonctions étagées). Soit (X, A, µ) un espace mesuré et soit
f : X → [0, +∞] une fonction mesurable positive (et éventuellement non bornée).
1. Justifier qu’il existe une suite croissante (sn )n≥1 de fonctions étagées (simples) à valeurs
dans [0, +∞) telle que sn (x) → f (x) µ-presque partout (ou point par point si on ne se
préoccupe pas des ensembles de mesure nulle).
2. (Indication) : on découpe l’intervalle [0, M ] si f est bornée, ou [0, n] si f peut être grande,
en sous-intervalles. On définit ensuite les ensembles { x : f (x) ∈ [kδ, (k + 1)δ)}, etc.
3. Pourquoi la convergence est de type monotone croissante ? Pourquoi la fonction limite est
quasi partout égale à f ?
1
4. Discuter brièvement l’extension à un f éventuellement signé (i.e. f prend des valeurs
positives et négatives). Quel type de séparation (partie positive vs. partie négative) met-on
en place ?
Exercice 4 (Intégrales de fonctions indicatrices et étagées). Toujours dans (X, A, µ) un espace
mesuré, considérons la notion d’intégrale de Lebesgue.
1. Pour un ensemble mesurable A ∈ A, montrer que
Z
1A dµ = µ(A).
Pn
2. Pour une fonction étagée non négative s = i=1 ai 1Ai avec ai ≥ 0, montrer que
Z n
X
s dµ = ai µ(Ai ).
i=1
3. (Éventuel) En présence de coefficients négatifs, on peut scinder s en une partie positive
et une partie négative. Discuter alors la définition de l’intégrale si la fonction étagée est
signée (ou même à valeurs complexes).
4. (Lien avec l’approximation) : expliquer pourquoi l’approximation d’une fonction f
mesurable positive par des simples (sn ) nous donne la définition
Z Z
f dµ = sup s dµ : 0 ≤ s ≤ f, s étagée .
Exercice 5 (Complétion et fonctions indicatrices négligeant les ensembles de mesure nulle). On
suppose µ une mesure. Notons Ab la tribu complétée associée à µ. On sait que si N est un
ensemble négligeable (µ(N ) = 0), alors tout sous-ensemble de N devient également mesurable
dans la complétion, avec mesure nulle.
1. Expliquer pourquoi la fonction indicatrice 1B est la même (quasi partout) que 1A quand
B \ A ⊂ N avec µ(N ) = 0. Autrement dit, « deux indicatrices qui ne diffèrent que sur un
ensemble négligeable représentent la même classe d’équivalence en L1 ».
2. Montrer qu’en complétant A, on identifie ainsi toutes ces fonctions indicatrices qui ne
diffèrent que sur un ensemble de mesure nulle.
3. Que peut-on en conclure pour la complétion de l’espace L1 (µ) ou la définition des fonctions
étagées dans ce cadre ?
Exercice 6 (Applications en Lp Lp : densité des fonctions simples). Soit (X, A, µ) un espace
mesuré et soit 1 ≤ p < ∞. Dans l’espace Lp (µ), on considère l’ensemble des fonctions étagées
(ou simples) finies :
n Xn o
Σ = s : X → R étagée, |ai |p µ(Ai ) < ∞ .
i=1
1. Montrer que les fonctions étagées (ou même simples et bornées) forment un sous-espace
vectoriel de Lp (µ).
2
2. Justifier la densité de ce sous-espace dans Lp (µ). (Idée : partant d’une fonction f ∈ Lp ,
on la tronque, puis on la discrétise, etc. Appliquer ensuite le théorème de convergence
dominée ou un argument d’approximation.)
3. Faire un lien explicite avec l’approximation « monotone » dans le cas f ≥ 0 et l’approximation
± dans le cas f à valeurs mixtes.
Exercice 7 (Exercice avancé : génératrices vs. partitions d’unités). On se place dans un espace
mesuré (X, A, µ). Une partition de l’unité par des indicatrices
Sn s’entend d’une famille finie
(1Ai )i=1,...,n telle que Ai soient deux à deux disjoints et i=1 Ai = X µ-presque partout, c.-à-d.
sauf sur un ensemble négligeable.
1. Expliquer comment une telle partition de l’unité engendre une famille dePfonctions étagées
: si on se donne des coefficients a1 , . . . , an , alors on forme la fonction ni=1 ai 1Ai .
P
2. Montrer que toute fonction étagée peut se décrire comme i ai 1Ai à partir d’une partition
de l’unité.
3. (Bonus) Dans certains contextes (analyse fonctionnelle, L∞ , C∗ -algèbres, etc.), la notion
de partition de l’unité devient plus générale (fonctions continues à valeurs dans [0, 1] for-
mant une somme de 1). Discuter le parallèle entre la situation des indicatrices et les
«partitions de l’unité» au sens topologique.