CH 5
CH 5
L’objet de ce chapitre est de mettre en place la géométrie euclidienne à partir de l’algèbre linéaire.
Dans un premier temps, on se concentre sur la notion d’espaces affines, dans lequel on peut parler
d’alignement, de parallélisme, de barycentre, de convexité et d’intersection de sous-espaces (affines). Un
espace affine peut être vu comme un espace vectoriel « dont on a oublié l’origine ».
Ensuite, cette notion est décorée par l’ajout d’un produit scalaire pour aboutir à la notion d’espace
affine euclidien. On peut ainsi parler d’angles et de distances.
1 Introduction
→
−
On se donne un espace vectoriel E de dimension finie n sur un corps commutatif K que l’on peut penser
comme étant R ou C. Dans la suite, on mettra une flèche sur les données vectorielles.
→
−
Définition 1.1 (Espace affine). — Un espace affine de direction E est un ensemble non vide A muni
→
− −→
d’une application Φ qui à chaque bipoint (A, B) de A, associe un élément de E , noté AB vérifiant les
deux propriétés suivantes:
−→ −→ −→
(A1) pour tous A, B, C ∈ A, on a AB + BC = AC (relation de Chasles);
→
− −→
(A2) pour tout A ∈ A, pour tout ~v ∈ E , il existe un unique point B ∈ A tel que AB = ~v .
→
− ~
L’espace vectoriel E est appelé direction de l’espace affine A. La direction de A est souvent notée A.
La dimension d’un espace affine est la dimension de l’espace vectoriel qui lui est associé. En particulier
un espace affine de dimension 1 est appelé droite affine, un espace affine de dimension 2 plan affine.
La propriété (A2) assure, pour tout point A et tout vecteur ~u, l’existence et l’unicité d’un point B
−→
vérifiant AB = ~u, que l’on nomme translaté de A par ~u; on écrit B = A + ~u ou ~u = B − A. Étant donné
→
−
un vecteur ~u de E , l’application T→u qui à un point A de A associe son translaté par le vecteur ~
− u est
appelée translation de vecteur ~u.
→
−
Exemple d’espace affine.— Tout espace vectoriel E est canoniquement muni d’une structure d’espace
→
−
affine de direction E par:
→
− → − →
−
E×E −→ E
(v, w) 7−→ w − v.
→
−
C’est, à isomorphisme près, le seul espace affine de direction isomorphe à E .
−→
Il arrive d’ailleurs que ce que l’on a noté dans un espace affine AB soit noté B − A, et quand cet
espace affine est un espace vectoriel muni de sa structure affine canonique, les notations sont cohérentes,
de même qu’avec la notation de Grassmann, qui donne B = A + (B − A).
→
− →
−
Si E = Kn , on note An (K) l’espace affine modelé sur E .
Propriétés élémentaires.— Les propriétés suivantes découlent directement de la définition d’espace
affine, c’est-à-dire des axiomes (A1) et (A2). Soient A et B deux points quelconques d’un espace affine ;
−→ −→ −→
on a AB = ~0 ⇔ A = B et BA = −AB.
On peut également généraliser la relation de Chasles à un nombre fini de points A0 , . . . , An :
n
−−−→ X −−−−→
A0 An = Ai−1 Ai .
i=0
1
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Repères cartésiens et affines.— Si on fixe un point origine O, par définition d’un espace affine, il
→
− −−→
existe une application ΦO : A → E qui à un point M de A associe le vecteur OM. La propriété (A2)
énonce que cette application ΦO est bijective pour tout point O. Cette correspondance permet donc,
par choix d’une origine, de munir (de façon non canonique) l’espace affine A d’une structure d’espace
→
− →
−
vectoriel isomorphe à E , dite structure vectorielle d’origine O, et que l’on note E O . Cette opération est
la vectorialisation de l’espace affine A. L’étude des problèmes de géométrie affine se ramène souvent à
une étude en géométrie vectorielle, par choix convenable d’une origine de l’espace affine.
Un repère cartésien d’un espace affine A est la donnée d’une origine O ∈ A et d’une base B =
→
−
(e1 , . . . , en ) de son espace directeur E de sorte que pour tout M, il existe x1 , . . . xn tels que
n
−−→ X
OM = xj e j .
j=1
Les scalaires (x1 , . . . , xn ) s’appellent les coordonnées cartésiennes du point M dans le repère (O, e1 , . . . , en ).
−−−→ −−−→
Un repère affine est la donnée de (n + 1) points (A0 , . . . , An ) tels que (A0 , A0 A1 , . . . , A0 An ) est un
repère cartésien.
Si les points A et B de A ont pour coordonnées X et Y respectivement dans le repère (O, B), alors
−→
AB a pour coordonnées Y − X dans B.
Le repère affine (O, B) permet d’établir un isomorphisme (affine) entre A et l’espace affine canonique
An (K). En effet, l’application T : A → An (K) qui à un point M ∈ A associe ses coordonnées cartésiennes
X dans le repère (O, B) remplit cette fonction.
Supposons que (O0 , B0 ) est un autre repère cartésien de A. Soient O0 = (o1 , . . . , on ) les coordonnées
cartésiennes de O0 et P la matrice de passage de B vers B0 . Notons X, X0 ∈ Kn les coordonnées cartésiennes
−−→ −−→ −−→
d’un point M dans les deux repères. En écrivant OM = OO0 + O0 M, on trouve
X = PX0 + O0 .
Plus généralement, on dit que des points A0 , . . . , , An sont affinement indépendants si les vecteurs
−−−→ −−−→ →
−
A0 A1 , . . . , A0 An forment une famille libre de E . Notons que la relation de Chasles montre que la manière
de former les vecteurs ne comptent pas.
2 Sous-espaces affines
→
−
Soit A un espace affine de direction E . Une partie non vide F de A est un sous-espace affine s’il existe
→
− →
− →
−
un sous-espace F de E et un point A ∈ F tel que F = A + F . Autrement dit, pour tout M ∈ F, on a
→
− −−→ →
−
F = {AM, M ∈ F}. La dimension de F est par définition la dimension de son espace directeur F .
Cas particuliers.— Deux points distincts A et B de l’espace affine A définissent un sous-espace affine
de dimension 1, la droite affine passant par A de direction la droite vectorielle engendrée par le vecteur
−→
AB. Cette droite affine est l’unique droite passant par A et B. Trois points non alignés A, B et C de
l’espace affine A définissent un sous-espace affine de dimension 2, le plan affine passant par A de direction
−→ −→
le plan vectoriel engendré par les deux vecteurs non colinéaires AB et AC. Un hyperplan affine de A est
→
−
un sous-espace affine de A dont la direction est un hyperplan de E .
2.1 Parallélisme
Il existe deux notions de parallélisme entre sous-espaces affines, l’une n’est valide qu’entre deux sous-
espaces de même dimension (deux droites, deux plans, etc.), l’autre est plus générale.
Soient F et G deux sous-espaces affines. On dit que F et G sont parallèles, ou parfois fortement
parallèles, quand ils ont la même direction. On dit aussi que F est faiblement parallèle à G, quand la
direction de F est un sous-espace vectoriel de celle de G.
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La relation de parallélisme fort est une relation d’équivalence. La relation de parallélisme faible
n’est pas symétrique, mais reste réflexive et transitive (c’est un préordre).
L’axiome des parallèles (variante du cinquième postulat d’Euclide) — par un point il passe une et
une seule droite parallèle à une droite donnée — est une conséquence immédiate de la définition même
de sous-espace affine qui assure l’unicité d’un sous-espace affine passant par un point et de direction un
sous-espace vectoriel donné (une droite vectorielle en l’occurrence).
Deux sous-espaces affines parallèles (fortement) sont soit confondus, soit d’intersection vide. Un
sous-espace affine faiblement parallèle à un sous-espace affine est soit inclus dans ce dernier soit d’intersection
vide avec celui-ci.
Si E ⊂ A est une partie, il existe un plus petit espace affine F contenant E: c’est l’intersection de
tous les sous-espaces affines contenant E. Cette intersection est non vide puisqu’elle contient E. On dit
que F est engendré par E. On écrit F = Aff(E).
Si E est un ensemble fini de cardinal k + 1, alors dim Aff(E) ≤ k, avec égalité si et seulement s’ils
sont affinement indépendants.
3 Applications affines
→
− →
−
Soient E et F deux espaces affines de directions E et F . Une application affine f : E → F est une
→
− →
− → −
transformation telle qu’il existe une application linéaire f ∈ L( E , F ) telle que, pour tous points A, B ∈
−−−−−−→ → − −→ →
−
E, on ait f (A)f (B) = f (AB). L’application f est la partie linéaire de f ou sa direction.
Si O ∈ E est une origine, on a
→
− −−→
f (M) = f (O) + f (OM) .
→
−
Exemples. — Soit A un espace affine de direction E . On définit des applications f : A → A particulières
mais classiques.
→
−
1. La translation de vecteur ~u ∈ E est l’application f (M) = M + ~u.
−−→
2. L’homothétie de centre A et de rapport k(6= 1) ∈ K est l’application f (M) = A + k AM.
−−→
3. La symétrie centrale de centre A est l’application f (M) = A − AM.
→
− →
− →
− →
− → −
4. La projection sur le sous-espace F = A + F parallèlement à G , où E = F ⊕ G , est l’application
→
− −−→ →
− →
− →
−
f (M) = A + f (AM), où f est le projecteur sur F parallèlement à G .
→
− →
− →
− →
− →
−
5. La symétrie par rapport au sous-espace F = A + F parallèlement à G , où E = F ⊕ G , est
→
− −−→ →
− →
− →
−
l’application f (M) = A + f (AM), où f est la symétrie par rapport à F parallèlement à G .
Lorsque l’on s’intéresse aux espaces An (K), alors toute application affine f : An (K) → Am (K) est
de la forme
f (X) = AX + B
où A ∈ Matm,n (K) et B ∈ Kn .
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Remarque 3.1. — Si f : A → A est affine et admet un point fixe O, alors on obtient, pour tout M ∈ A,
→
− −−→
f (M) = f (OM). Une telle application affine n’est rien d’autre qu’une application linéaire.
b01
0
. b1 b1
A−1 ..
.. −1 ..
Mat(f , R , R) =
−1 0
où . = −A . .
b0m
b0m
bm
0 ... 0 1
o01
..
P = passage(R → R0 ) = Mat(IdE , R0 , R) =
P0 .
o0m
0 ... 0 1
où P0 est la matrice de passage de B vers B0 et (o01 , . . . , o0m ) sont les coordonnées de O0E dans le repère R.
Si X et X0 sont les coordonnées d’un point M dans les repères R et R0 respectivement, alors
0
X X
=P .
1 1
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On considère maintenant aussi deux repères S = (OF , C) et S0 = (O0F , S0 ) d’un espace affine F, ansi
qu’une application affine f : E → F. Si Q désigne la matrice de passage de S vers S0 alors
4 Barycentres
La notion de barycentre est, à bien des égards, l’analogue affine de celle de combinaison linéaire. On
introduit aussi les coordonnées barycentriques. Le calcul en coordonnées barycentriques est particulière-
ment adapté au travail dans un repère affine dont tous les points jouent le même rôle (par exemple, un
triangle non dégénéré dans un plan), car il permet d’éviter de choisir une origine, et donc de rompre la
symétrie initiale.
→
−
Proposition 4.1. — Soit A un K-espace affine d’espace directeur E ; soient n ∈ N, (α0 , . . . , αn ) une
→
−
famille de scalaires et (A0 , . . . , An ) une famille de points de A. Soit ϕ : A → E l’application définie
P −−→
par ϕ(M) = αj MAj que l’on appelle la fonction vectorielle de Leibnitz associée à la famille de points
pondérés {(Aj , αj )}1≤j≤n .
P
1. Si αj = 0 alors ϕ est constante.
P
2. Si αj 6= 0, il existe un unique point G, appelé barycentre de la famille {(Aj , αj )}1≤j≤n tel que
ϕ(G) = 0; on a alors pour tout M ∈ A, l’égalité
X −−→ −−→ 1 X −−→
ϕ(M) = αj MG soit encore MG = P αj MAj .
j
αj
Démonstration. — Soient M, N ∈ A . On a
X −−→
ϕ(N) = αj NAj
X −−→ −−→
= αj (NM + MAj )
X −−→
= ϕ(M) − αj MN .
→
− →
−
Par conséquent, ϕ est affine et →
− P
ϕ : E → E vaut (− αj ) Id.
αj = 0, alors →
−
P
Si ϕ ≡ 0, donc ϕ est constante. Supposons maintenant que la somme est non nulle,
→
− →
−
ce qui implique que ϕ est un automorphisme de E , et ϕ un isomorphisme de A. Posons G = ϕ−1 (0), de
sorte que si M ∈ A, alors
−−→ X −−→ X −−→
ϕ(M) = ϕ(G) + →−ϕ (GM) = − αj GM = αj MG .
→
−
Définition 4.2. — Soit A un K-espace affine d’espace directeur E ; soient n ∈ N, (α0 , . . . , αn ) une
famille de scalaires de somme non nulle et (A0 , . . . , An ) une famille de points de A. L’unique point G
P −−→
vérifiant αj GAj = 0 est appelé le barycentre de la famille des points pondérés {(Aj , αj )}1≤j≤n , et l’on
écrira G = Bar((A1 , α1 ), . . . , (An , αn )).
Le milieu de deux points A et B est le barycentre de (A, 1/2) et (B, 1/2), bien défini sur un corps
−→
de caractéristique différente de 2, c’est le point A + 12 AB. Le milieu de A et B est le milieu de B et A.
Propriétés élémentaires du barycentre. — Soit {(Aj , αj )}1≤j≤n une famille des points pondérés
de barycentre G.
1. Si tous les poids sont nuls, sauf p.ex. α1 , alors le barycentre est A1 .
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2. Commutativité. On peut changer l’ordre des points sans changer la valeur du barycentre tant que
les points conservent leur coefficient.
3. Invariance par multiplication par un scalaire non nul. Si λ ∈ K∗ , alors λαj 6= 0 et Bar{(Aj , λαj )} =
P
Bar{(Aj , αj )}. On utilisera très souvent cette remarque, par exemple pour se ramener au cas où la
sommes des poids vaut 1, qui présente un intérêt particulier.
4. Associativité du barycentre.
P I et J deux sous-ensembles disjoints de {1, . . . , n} tels que I ∪ J =
SoientP
{1, . . . , n}, αI = j∈I αj et αJ = j∈J αj sont non nulles. On note GI = Bar{(Aj , αj ), j ∈ I} et
GJ = Bar{(Aj , αj ), j ∈ J}. Alors G = Bar{(GI , αI ), (GJ , αJ )}.
→
−
Coordonnées barycentriques. — Si l’espace affine A est associé à un espace vectoriel E de dimension
n, et si (Ai )0≤i≤n sont n + 1 points de l’espace affine, on dit que ces n + 1 points forment un repère
−−−→ →
−
barycentrique si les vecteurs A0 Ai forment une base de E . On démontre, grâce à la relation de
1≤i≤n
Chasles, que cette propriété est indépendante de l’ordre des points.
Si (Ai )0≤i≤n forment un repère barycentrique de l’espace alors tout point M de cet espace peut être
décrit comme barycentre des (Ai )0≤i≤n pour des poids (αi )i bien choisis. La propriété d’homogénéité
permet de dire que les coefficients (αi )0≤i≤n ne sont pas uniques (les multiplier par un scalaire k non nul,
ne changera pas la position de M), on privilégie alors les coefficients (αi )0≤i≤n tels que leur somme vaut
1. Ils sont appelés coordonnées barycentriques de M.
5 Géométrie euclidienne
Un espace affine euclidien E est un espace affine sur R dirigé par un espace vectoriel euclidien. On définit
−→
sur E l’application d : E × E → R+ par d(A, B) = kABk. On munit ainsi E d’une distance:
1. si A, B ∈ E, alors d(A, B) = 0 si seulement si A = B;
2. si A, B ∈ E alors d(A, B) = d(B, A);
3. si A, B, C ∈ E, on a d(A, B) ≤ d(A, C) + d(C, B).
Théorème 5.1 (de Pythagore). — Si A, B, C forment les sommets d’un triangle rectangle en B, ce
−→ −→
qui signifie que hAB, BCi = 0, alors
Démonstration. — On a
−→ −→ −→ −→ −→ −→
d(A, C)2 = hAC, ACi = hAB + BC, AB + BCi
−→ −→ −→ −→ −→ −→
= hAB, ABi + 2hAB, BCi + hBC, BCi
= d(A, B)2 + d(B, C)2 .
Théorème 5.2. — L’ensemble des applications de E1 dans E2 conservant le barycentre coïncide avec
celui des applications affines de E1 dans E2 .
donc
−−→ −→ − → −−→ → −−→
B+−
p→ −
A (BM) = B + BA + pA (AM) = A + pA (AM) .
→
− →
−
Soit (e01 , . . . , e0p ) une base de A que l’on complète en une base B = (e01 , . . . , e0n ) de E . Par l’algorithme
→
−
de Gram-Schmidt, on construit une base orthonormée (e1 , . . . , en ) de E de sorte que (e1 , . . . , ep ) est une
→
−
base de A . On a donc construit un repère orthonormé R = (A, B) de E. On obtient ainsi
p
X −−→
pA (M) = A + hej , AMiej .
j=1
Lemme 5.4. — Soit pA : E → E la projection orthogonale sur A. Alors d(x, A) = d(x, pA (x)).
Démonstration. — En effet, si A ∈ A, alors (A, pA (x), x) est un triangle rectangle en pA (x) donc
d(x, M)2 = d(x, pA (x))2 + d(pA (x), M)2 ≥ d(pA (x), x)2 .
Matrice de Gram. — Si x1 , . . . , xp sont des vecteurs d’un espace euclidien, on définit la matrice
M = M(x1 , . . . , xp ) = (hxi , xj i)1≤i,j≤p et le déterminant de Gram G(x1 , . . . , xp ) = det M.
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Lemme 5.5. — Le déterminant de Gram est nul si et seulement si la famille est liée. Dans le cas
contraire, G = (det P)2 où P est la matrice de passage de (x1 , . . . , xp ) vers une famille orthonormée qui
engendre le même espace.
Démonstration. — Si la famille est libre, alors M représente la matrice du produit scalaire dans la
base X = (xP1p, . . . , xp ). De plus, il existe une base orthonormée (e1 , . . . , ep ) de Vect(x1 , . . . , xp ). On a
donc xj = i=1 hxj , ei iei . Or la matrice de passage de X vers B est P = (hei , xj i)i,j . Il vient tP · P = M
et G = (det P)2 .
Si
Pla famille est liée, alors il existe un indice
P k tel que xk est combinaison linéaire des autres vecteurs:
xk = j6=k λj xj . Du coup, on a hxi , xk i = j6=k λj hxi , xj i pour tout i ∈ {1, . . . p}. Donc, en développant
G selon la kième colonne, on montre que G = 0.
Proposition 5.6. — Soit A un sous-espace de E muni d’un repère (A, ε1 , . . . , εp ). Pour tout M ∈ E, on
a −−→
G(ε1 , . . . , εp , AM)
d(M, A)2 = .
G(ε1 , . . . , εp )
−−→
Démonstration. — Si M ∈ A, alors d(M, A) = 0 = G(ε1 , . . . , εp , AM). Supposons maintenant M 6∈ A
−−→ →
−
de sorte que (ε1 , . . . , εp , AM) est libre. On considère une base orthonormée (e1 , . . . , ep ) qui engendre A
−−→
à laquelle on rajoute un vecteur unitaire ep+1 orthogonal à A de sorte que AM ∈ A ⊕ Rep+1 que l’on
peut obtenir par l’algorithme de Gram-Schmidt. Si on note P la matrice de passage de (e1 , . . . , ep ) vers
−−→
(ε1 , . . . , εp ) et Q de (e1 , . . . , ep+1 ) vers (ε1 , . . . , εp , AM), on obtient
−−→ 2
G(ε1 , . . . , εp , AM) det Q
= .
G(ε1 , . . . , εp ) det P
On a donc −−→
hAM, e1 i
..
Q= P .
−−→
hAM, ep i
−−→
hε1 , ep+1 i . . . hεp , ep+1 i hAM, ep+1 i
−−→
Or, dans la dernière ligne, on a hεj , ep+1 i = 0 pour 1 ≤ j ≤ p. Du coup, det Q = hAM, ep+1 i det P.
−−→ −−−−−→
Or hAM, ep+1 i = hpA (M)M, ep+1 i = d(M, A), ce qui montre la proposition.
On vérifie que les isométries affines de E forment un groupe pour la composition. On parle de
→
−
déplacement pour une isométrie f telle que f ∈ SOn (R), et d’anti-déplacement sinon.
On démontre le résultat suivant qui est central pour classer les isométries:
Théorème 5.7 (de décomposition). — Si f est une isométrie affine d’un espace euclidien E de di-
mension finie, alors il existe un unique couple (g, →
−
u ) où g est une isométrie ayant un point fixe et →
−
u est
−−−−→
un vecteur de Ker f − Id tels que f = T→ −u ◦ g = g ◦ T →
−
u .
Lemme 5.9. — Soient E un espace affine et f : E → E une application affine. Soit A un point de E, et
−→ → −
u ◦ f a un point fixe si et seulement si AB − u appartient à
notons B = f (A). L’application affine T−→
−
−−−−→
l’image Im f − Id .
−→ − →
− − −→ −
Si M est un point fixe, alors on obtient AB − → u = (→ −
x − f (→x )). Réciproquement, si (AB − →
u) =
−−−−→ →− →
− −−−−−−−−−−→
f − Id( x ), alors, en posant M = A + x , on obtient M(T−→u f )(M) = 0 donc T−→
− u ◦ f (M) = M.
−
−−−−→
Lemme 5.10. — Soit E un espace vectoriel euclidien, soit f une isométrie de E. Les espaces Ker f − Id
−−−−→
et Im f − Id sont des supplémentaires orthogonaux l’un de l’autre.
−−−−→ −−−−→
Démonstration. — Montrons que les deux sous-espaces Ker f − Id et Im f − Id sont orthogonaux.
−−−−→ −−−−→ →
− −
Soient →−
x ∈ Ker f − Id et →
−
y ∈ Im f − Id. On peut écrire →
−
y = f (→z)−→−z , avec z ∈ E. Comme
→
− →− →
−
f ( x ) = x , on a
→
− − →
− − →
− − → − −
h→
−
x,→
−
y i = h→
−
x , f (→
z )−→
−
z i = h→
−
x , f (→
z )i − h→
−
x,→
−
z i = h f (→
x ), f (→
z )i − h→
−
x,→
−
zi=0
−−−−→ −−−−→
car f est une isométrie. En particulier, ces deux espaces Ker f − Id et Im f − Id sont en somme directe.
D’après le théorème du rang, on a
−−−−→ −−−−→ →
−
dim Ker f − Id + dim Im f − Id = dim E .
Démonstration. — (théorème 5.7) Soit A un point de E et notons B = f (A). D’après les deux
premiers lemmes, la condition du théorème est satisfaite par →
−
u ◦ f si l’on a simultanément
u et g = T−→
−
→
− −−−−→ −→ →
− −
− −−→ −→
u ∈ Ker f − Id et AB − u ∈ Im f − Id. Autrement dit, on doit pouvoir décomposer le vecteur AB
−−−−→ −−−−→
sous la forme d’un vecteur de Ker f − Id et d’un vecteur de Im f − Id. Cela est possible, d’une unique
manière, d’après le dernier lemme.
yz 0 − y 0 z
e1 e2 e3
y z x z x y
u∧v = x y z = e1 − e2 + e3 .
y0 z0 x0 z0 x0 y 00
x0 y0 z0
1. Bilinéarité: si u, u0 , v, v 0 ∈ E et λ, µ ∈ R, alors
2. Antisymétrie: si u, v ∈ E alors u ∧ v = −v ∧ u.
4. Si u, v, w ∈ E, alors
u ∧ (v ∧ w) = hu, wiv − hu, viw .
Remarque 6.2. — Le produit vectoriel n’est en général pas associatif: si u, v, w, on n’a pas forcément
(u ∧ v) ∧ w = u ∧ (v ∧ w) .
[u, v, w] = hu, v ∧ wi ∈ R .
x y z
[u, v, w] = x0 y0 z0 .
x00 y 00 z 00
ax + by + cz = d (P)
a b c d
√ x+ √ y+ √ z=√ (P)
a2 2
+b +c2 2 2
a +b +c2 2 2
a +b +c2 a + b2 + c2
2
−−−→ −
−−−→ →− |hM0 M, →
ν ν i|
d(M, P) = M0 M, → = .
k−
νk k→
−
νk
Or
−−−→ −
hM0 M, →
ν i = a(x − x0 ) + b(y − y0 ) + c(z − z0 ) = ax + by + cz − d
Université Paul Sabatier, 2014–2015, cours L2 spécial, Algèbre linéaire 13
donc
|ax + by + cz − d|
d(M, P) = √ .
a2 + b2 + c2
Si à la place de présenter P sous forme cartésienne, on le présente sous forme paramétrique avec une
→
−
base (→
−
u,→ −
v ) de P . On obtient un vecteur normal en posant → −
ν =→ −
u ∧→ −v . Par conséquent
−−−→ − → −−−→ − →
|hM0 M, →
u ∧−v i| |[M0 M, →
u,−v ]|
d(M, P) = →
− →
− = .
ku ∧ vk ku ∧→
→
− −vk
Si on a les coordonnées de →
−
u et de →
−
v , cela se calcule bien.
→
−
Si on considère deux plans non parallèles P et P0 , c’est-à-dire que leurs normales → −ν et ν 0 ne sont
pas colinéaires, alors ces plans s’intersectent le long d’une droite. Cette droite est dirigée par un vecteur
→
− →
− →
−
u qui est à la fois orthogonal à → −ν et à ν 0 . Du coup, →
−
ν ∧ ν 0 est un vecteur directeur de P ∩ P0 .
Supposons maintenant que D est une droite dirigée par un vecteur → −u unitaire passant par un point
→
− −−−−−→
M0 . Notons pD (M) la projection orthogonale de M sur D. Comme u et MpD (M) sont orthogonaux, on a
−−−−−→ −−−−−→ −−−→ −−−−−−→ −−−−−→ −−−−−→
kMpD (M)k = k→ −u ∧ MpD (M)k. Du coup, comme M0 M = M0 pD (M) + pD (M)M, on obtient → −u ∧ MpD (M) =
−−−→
−→−
u ∧ M0 M et
−−−→
d(M, D) = k→ −
u ∧ M0 Mk .
Lorsque l’on ne suppose pas → −
u unitaire, il vient
−−−→
k→
−
u ∧ M0 Mk
d(M, D) = .
k→
−
uk
→
−
On définit l’angle entre deux droites D et D0 dirigés par deux vecteurs →−
u et u0 par l’angle θ ∈ [0, π]
→
−
entre →
−u et u0 . L’angle entre une droite D dirigée par un vecteur → −u et un plan P normal à → −ν est
→
− →
−
π/2 − angle( ν , u ). On vérifie que si P et D sont perpendiculaires, alors l’angle est bien π/2 et si D est
faiblement parallèle à P, alors l’angle est nul.
−−−−→
2. rg(f − Id) = 3 les anti-rotations que l’on pent exprimer dans une base orthonormée convenable
par la matrice
cos θ − sin θ 0
sin θ cos θ 0
0 0 −1
où θ ∈ R \ 2πZ est l’angle de rotation et Re3 est son axe.
−−−−→
Type d’isométries (anti)-déplacement rg(f − Id) valeur de →−
u isométrie g
→
−
identité déplacement 0 0 identité
→
−
translation déplacement 0 6= 0 identité
→
−
réflexion anti-déplacement 1 0 réflexion
→
−
réflexion glissée anti-déplacement 1 6= 0 réflexion
→
−
rotation déplacement 2 0 rotation
→
−
vissage déplacement 2 6= 0 rotation
→
−
anti-rotation anti-déplacement 3 0 anti-rotation