Le Ravintsara un arbre médicinal malgache
De la pharmacopée traditionnelle à l’aromathérapie scientifique
La médicine traditionnelle malgache
Madagascar, surnommée « l’île rouge », se situe dans l’Océan Indien, au sud de l’Afrique.
La grande île possède une variété de reliefs et de climats qui, en se combinant, donnent
lieu à d’innombrables niches écologiques. Ces différentes niches écologiques ont permis
l’éclosion d’une flore riche qui compte entre 12 000 et 14 000 espèces végétales, dont
beaucoup sont endémiques et utilisées dans la pharmacopée traditionnelle.
La population de Madagascar vient d'horizons divers (Afrique, Sud-Est asiatique
(Indonésie), Proche-Orient, Europe etc..). Ce pays de plus de 24 millions d’habitants est très
diversifié sur le plan culturel et compte 18 ethnies distinctes.
La majorité de la population malgache, en particulier dans les zones reculées et rurales, a
recours à la médecine traditionnelle. Selon l’OMS, cela représente 70% de la population.
Les tradipraticiens malgaches se soignent avec les plantes médicinales mais prennent aussi
en compte les rêves, la divination et des rituels spécifiques pour déterminer les causes et
le traitement de la maladie Depuis 2007, les tradipraticiens sont reconnus et approuvés par
le gouvernement malgache.
Afin de traiter une maladie, ils réalisent des préparations à partir des plantes médicinales
sous différentes formes (infusion, décoction, bains aromatiques et autres). Pour les
malgaches, la médecine ancestrale est toujours présente dans leur vie quotidienne. Se
soigner avec cette méthode naturelle est une habitude bien ancrée.
La pharmacopée traditionnelle malgache utilise plus de 3000 espèces de plantes
médicinales: pour certaines d’entre elles, les études chimiques ont confirmé les propriétés
avancées par les tradipraticiens et pour d’autres, ces études ont permis la découverte
d’activités jusque-là insoupçonnées.
La plus célèbre d’entre elles est la pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus) qui est
utilisée traditionnellement pour soigner le diabète, mais aussi l’hypertension et les
problèmes de foie. Dans les années 50, des chercheurs s’attachèrent à démontrer l’activité
hypoglycémiante de la plante à la recherche d’une éventuelle insuline végétale.
Cette étude s’avéra cependant peu concluante, mais à leur grande surprise les extraits de
pervenche de Madagascar démontrèrent une activité anticancéreuse, menant à la
découverte majeure des alcaloïdes anti tumoraux que sont la vinblastine et la vincristine.
Parmi les plantes citées dans la pharmacopée malgache les arbres occupent une place de
choix, toutes les parties de l’arbre sont utilisées (feuilles, fruits, écorce, bois, racines).
Partons maintenant à la découverte du Ravintsara (Cinnamomum camphora).qui grâce aux
propriétés médicinales de son huile essentielle est devenu un arbre aromatique
incontournable dans notre armoire à pharmacie occidentale.
Ses origines et son histoire
Originaire d’Asie et plus particulièrement du Japon, de Taïwan, de Chine et du nord du
Vietnam. Il a été introduit entre le XVIe et XVIIe siècle à Madagascar, puis acclimaté dans
plusieurs régions du monde.
À Madagascar, le Ravinstara est cultivé dans les Hautes Terres, au centre de l’île. Il est aussi
retrouvé à l’état sauvage dans le Centre-Est (Anjiro et Moramanga) et au Sud (Ambositra
et Ambohisamosa).
Les malgaches l’ont évidemment introduit et adopté dans leur pharmacopée
traditionnelle, d’ailleurs « Ravintsara » signifie en malgache «bonne feuille».
Dans son ouvrage «Histoire de la grande île Madagascar» paru en 1658, le commandant
français Étienne de Flancourt observe un usage massif du ravintsara par la population
malgache en tant que remède traditionnel.
Un peu de botanique
Le Ravintsara (Cinnamomum camphora) est un grand arbre de la famille des Lauracées, il
est aussi connu sous le nom de camphrier. Il a été pendant longtemps confondu avec le
Ravensare (Ravensara aromatica), dont les propriétés et la composition biochimique sont
pourtant très différentes.
Ses feuilles sont recouvertes d’une couche cireuse. Elles sont persistantes, alternes,
coriaces et entières. Elles mesurent 10 cm de long et ont une forme ovale. Ses fleurs sont
blanches. Ses fruits à maturité sont bleus sombres à noir. Ce sont des drupes sphériques,
charnues et portés par un pédoncule épais et vert.
Ses usages traditionnels
De nombreux ouvrages mentionnent l’usage traditionnel du Ravintsara.
En 1957 Pernet et Meyer dans «La pharmacopée de Madagascar» mentionne l’usage des
feuilles de Cinnamomum camphora en cas de fièvre et de malaria
Selon le travail de Randevoson, Malala Nirina Mahandry.sur «La pharmacopée malagasy» en
2005, les feuilles de la plante mélangée à d’autres produits comme « Tavolo » (matière
grasse), «voatsitakajaza », « Ravimboafotsy » sert à soigner les enfants malingres et
rachitiques.
Ses feuilles sont également utilisées en inhalation, en bain de vapeur contre les maladies
infectieuses, les affections des voies respiratoires comme la grippe et en infusion, elles sont
employées contre les maux de tête, la toux avec dyspnée asthmatiforme.
Sur les marchés d’Antananarivo les feuilles de Cinnamomum camphora sont vendues par les
herboristes pour préparer des infusions contre la fièvre, soigner les rhumatismes et pour
ses propriétés abortives.
En 2019 une étude ethnopharmacologique des plantes médicinales utilisées à Maurice
parue dans le South journal of Botany fait mention de l’usage des feuilles de Cinnamomum
camphora sous forme de bains aromatiques comme relaxant musculaire, antirhumatismal,
en cas courbatures, de fièvre, de furoncles, abortif et stimulant.
Aujourd’hui, les foyers malgaches l’utilisent toujours pour soigner le rhume et la grippe.
On met à bouillir les feuilles dans de l’eau, puis on inhale la vapeur en s’enveloppant dans
une couverture. C’est ce qu’on appelle « hevoka ».
L’huile essentielle de Ravintsara ne sera extraite pour la première fois qu’un siècle plus tard,
en 1775, par le pharmacien et chimiste Antoine Baumé. Mais il faudra attendre encore
quelques années pour que le botaniste Pierre Boiteau, au début du siècle dernier, étudie et
observe les effets thérapeutiques du Ravintsara qu’on lui connaît aujourd’hui.
L’huile essentielle de Ravinstara
En Europe, notamment en France, l’huile essentielle de Ravintsara est de plus en plus
populaire, particulièrement en hiver. Les professionnels de la santé reconnaissent les
vertus de cette huile et recommandent son utilisation.
Il existe des monographies et des fiches techniques qui décrivent bien les caractéristiques
physico chimiques de cette huile. Ces paramètres sont importants à connaitre pour obtenir
une huile essentielle de qualité et garantir son efficacité thérapeutique.
N’hésitez pas en tant qu’utilisateur de demander les certificats d’analyses pour chaque lot
d’huile essentielle acheté, il vous permettra de vérifier sa traçabilité botanique et chimique.
L’HE de Ravintsara correspond au chémotype cinéole du camphrier de composition
moyenne suivante :
Oxydes (50 à 65 %) : 1,8 cinéole
Monoterpènes (±30 %) : sabinène (15 %), α et β-pinènes
Monoterpénols (±10%) : α terpinéol 10 %, linalol, thuyanol
Esters : acétate de terpényle, de linalyle
Les actions du 1,8 cinéole : si ≥ 30% donne des HE «nettoyantes» car mucolytiques,
expectorantes, tensio-actif empêchant les plaques de mucus de rester collées dans les
alvéoles (non ciliées). De plus ces HE luttent contre l’inflammation de la muqueuse
bronchique.
Considérée aussi comme chauffante, hyperémiante, adoucissante de la peau. Elle agit sur
le mental en augmentant la résistance psychologique, stimulant le métabolisme cérébral
et en augmentant la concentration.
On l’utilisera par voie orale, voie cutanée et voie aérienne.
Les principales contre-indications sont le 1er trimestre de la grossesse et les personnes
asthmatiques.
Ses propriétés thérapeutiques et principaux usages en aromathérapie scientifique
Antiviral puissant, antibactérien par actions conjointes du 1,8 cinéole et des terpènes,
Immunostimulant, fluidifiant expectorant, antiinflammatoire, neurotonique, stimulant,
décontractant musculaire, inducteur du sommeil
Infections ORL (voie orale, cutanée, diffusion, inhalation)
Grippe (voie orale, cutanée, diffusion, inhalation)
Herpès labial (voie cutanée)
Fatigue nerveuse et physique, convalescence (diffusion, inhalation)
Crampe musculaire (voie cutanée)
Immunostimulation (voie cutanée)
Laurence LEBRUN
Docteur en Pharmacie, ethnobotaniste et herboriste
Sources bibliographiques
Pernet Robert, Meyer G. «Pharmacopée de Madagascar.»Tananarive : Institut de Recherche
Scientifique Tananarive-Tsimbazaza, 86 p. (1957).
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