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Agriculture Seconde Generation

Le document examine l'appropriation du concept d'agriculture de 'seconde génération' dans le versant sud des monts Bamboutos au Cameroun, soulignant son importance pour le développement économique et la réduction de la pauvreté. Il met en lumière les transformations agricoles dans la région, en particulier la reconversion des agriculteurs vers des cultures maraîchères et vivrières, et discute des défis et opportunités liés à la mise en œuvre de ce nouveau concept. L'étude se base sur des données collectées auprès de 150 agriculteurs et propose des recommandations pour une appropriation efficace de ce modèle agricole.

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Agriculture Seconde Generation

Le document examine l'appropriation du concept d'agriculture de 'seconde génération' dans le versant sud des monts Bamboutos au Cameroun, soulignant son importance pour le développement économique et la réduction de la pauvreté. Il met en lumière les transformations agricoles dans la région, en particulier la reconversion des agriculteurs vers des cultures maraîchères et vivrières, et discute des défis et opportunités liés à la mise en œuvre de ce nouveau concept. L'étude se base sur des données collectées auprès de 150 agriculteurs et propose des recommandations pour une appropriation efficace de ce modèle agricole.

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Appropriation du concept d’agriculture de

« seconde génération » dans les versants sud des


monts Bamboutos

Martial MELACHIO NGUEDIA, Martin KUETE,


Guillaume FONGANG FOUEPE Hensel

1. Introduction
Les organisations internationales (FAO et la Banque Mondiale) concèdent au
secteur agricole un rôle prépondérant dans la croissance économique et la
réduction de la pauvreté. Au Cameroun, sa contribution à la formation du
Produit Intérieur Brut (PIB) est passée de 20 % dans les années 1980 à 40%
depuis le milieu des années 1990 marqué par la dévaluation du F CFA (FAO,
2011). Sa contribution à l'emploi reste très significative, elle a même été
estimée à 60 % en 1990 (BM, 2008). C’est au regard de cela que le pays
continue d’accorder une place considérable à la mise en œuvre des politiques
et des stratégies de développement du secteur agricole. Elle est d’autant plus
importante que depuis l'indépendance en 1960, l’Etat camerounais a employé
des mesures plus ou moins efficaces pour renforcer l’activité agricole dans les
campagnes à travers la succession des politiques et stratégies agricoles :
Politiques des plan quinquennaux de 1960 à 1980, la révolution verte de 1973
à 1977, les PAS1, la NPA2, le DSRP3, le DSCE4 et plus récemment le PNIA5et
la Vision 2035 dont les effets restent mitigés.
Faisant le diagnostic du secteur agricole, certains auteurs remarquent que
malgré les efforts consentis, le pays avance peu dans ses ambitions pour le
développement du monde agricole (Ondoa 2006, Touna Mama, 2008). Tant il
est vrai que les mutations agricoles demeurent difficilement maitrisables, et la
solution aux problèmes actuels résident dans la transformation (Bart, 1993 ;
Kuété, 1998 ; Fongang, 2008). L’évolution des stratégies de développement
du secteur agricole a ouvert la voie à un nouveau concept : celui de
l’agriculture de « seconde génération ». Il veut traduire la nouvelle impulsion
que le Gouvernement camerounais a donné au secteur agricole depuis le
comice agropastoral d’Ebolowa en 2011 (MINADER, 2011). Ce concept
s’inscrit dans la continuité de l’agriculture dite de « première génération »
considérée comme le résultat des stratégies de développement agricole mises

1
Programmes d’Ajustement Structurel (1987)
2
Nouvelle Politique Agricole (1990)
3
Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (2003)
4
Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (2009)
5
Programme National d’Investissement Agricole (2014)
en œuvre jusqu’à la fin des années 90 et caractérisée par une forte intervention
de l’Etat et ses partenaires dans l’encadrement, le financement et la mise en
œuvre des activités agropastorales. Cette nouvelle orientation appelant à une
transformation quasi profonde du paysage agraire soulève cependant des
inquiétudes allant de son appréhension concrète aux conditions
d’opérationnalisation. L’absence de document de politique la précisant justifie
la diversité d’interprétations existante.
La région des Hautes Terres de l’Ouest Cameroun et particulièrement le
versant sud des monts Bamboutos est un bassin agricole ayant subi au cours
de ces dernières décennies de profondes transformations du fait des
conséquences de la déprise caféière sur laquelle reposait l’essentiel de
l’économie (Kuete, 2001, Tchékoté, 2004 et Fongang, 2008). Dans le cadre
de la reconversion de cette économie caféière, les agriculteurs se sont
progressivement reconvertis dans les cultures maraîchères et vivrières (Kaffo,
2005) et dans une certaine mesure, ils ont complètement cédé la place à des
nouveaux agriculteurs (vivriers et maraichers). Bafou qui est une localité où
les dynamiques agricoles semblent plus marquées est en effet l’un de ces
grands bassins agricoles aux profondes mutations tant au niveau
socioéconomique qu’au niveau environnemental (Tchékoté et al. 2018).
La présente étude apporte donc des éléments pour une meilleure appropriation
locale du concept d’agriculture de « seconde génération » et explore les
possibilités de sa mise en œuvre effective. L’hypothèse étant que cette
appropriation varie selon les catégories socioéconomiques des acteurs
impliqués, et que bien comprise et maitrisée, elle serait un véritable catalyseur
du développement agricole au Cameroun. Pour y parvenir, l’étude se propose
d’emblée de caractériser le concept d’agriculture de « seconde génération » ;
ensuite d’identifier les catégories d’acteurs potentiellement impliqués et
interroger leurs différentes opinions ; et enfin, d’explorer les conditions pour
une mise en œuvre réussie de ce concept dans un bassin agricole de Bafou.
2. Méthodologie
Le versant Sud des Monts Bamboutos (1900-2700 m d’altitude) fait l’objet
d’une mise en valeur agricole très intense. Le bassin de Bafou se trouve dans
l’arrondissement de Nkong Ni, département de la Menoua, Ouest Cameroun
(fig.1) et compte 135 000 habitants. Concentrés sur 225 km² dont 180 km2 de
terres arables, Bafou figure parmi les groupements les plus densément peuplés
de l’Ouest-Cameroun (près de 526 hab./km²) (Ngou Djou, 2017). A la faveur
du volcanisme, les localités autour des monts Bamboutos comme Bafou
figurent parmi les plus grands bassins agricoles de l’Ouest après la zone de
Foumbot. Cette zone (Bafou) est caractérisée par un climat de type tropical
humide plus précisément de type camerounien d’altitude caractérisé par deux
saisons dont une longue saison de pluie de huit mois allant de mi-mars à mi-
novembre et une courte saison sèche de quatre mois allant de mi-novembre à
mi-mars. La pluviométrie y est très marquée, les mois d’août et de septembre
étant les plus pluvieux avec des pics de plus de 330 mm/mois. Les
températures baissent au fur et à mesure qu’on s’élève vers les sommets. Les
minima oscillent entre 12°c et 15°c, les moyennes entre 22°c et 24°c et les
maximas entre 28°c et 30°c. Les sols, pour leur part, sont soit rouges et
latéritiques exposés à l’érosion du fait du relief de la région, soit bruns ou noirs
et fertiles, sur la couche supérieure dans les zones volcaniques (Ngouffo,
2014).

Figure 1 : Localisation de la zone d’étude


Deux types de données ont été mobilisées dans le cadre de cette étude : les
données secondaires ont permis l’exploitation de la documentation portant sur
les politiques agricoles et le développement rural au Cameroun. Les données
primaires ont été recueillies au moyen d’une enquête-diagnostic et
observations directes auprès de 150 agriculteurs dans 7 quartiers de Bafou
(tab. 1) et des guides d’entretien, servant de support d’entretiens auprès de 13
personnes ressources notamment les chefs de quartiers ; les chefs de postes
agricoles ; des ingénieurs agronomes ; des responsables du MINADER et de
la CHAGRI6 ; des hommes politiques, scientifiques, responsables d’ONG et
institutions de recherche. L’analyse des données d’enquêtes avec SPSS7 a
permis d’en extraire les statistiques descriptives montrant les caractéristiques
des acteurs et leur niveau d’engagement dans l’agriculture de « seconde
génération ». Les perceptions des acteurs locaux et leurs attentes ont été
extraites des données qualitatives.

6
Chambre d’Agriculture du Cameroun devenue aujourd’hui CAPEF (Chambre d’Agriculture, des Pêches,
d’Elevage et des Forêts du Cameroun)
7
Statistical Package for the Social Sciences
Tableau 1 : Effectifs des exploitants agricoles enquêtés dans les quartiers cibles de
Bafou
ID Quartier Raisons du choix du quartier Effectifs %
1 Ndo Site d’approvisionnement et de 34 22.66
ravitaillement
2 Mezet Zone de cultures vivrières 26 17.33
3 Feumock Intensité du maraichage 30 20
4 Ndziih Intensité du maraichage 18 12
5 Melouong Fort peuplement d’agriculteurs 14 9.33
6 Batsinla Zone de cultures vivrières 16 10.66
7 Doumbouo Fort peuplement d’agriculteurs 12 8
Total 7 150 100

3. Résultats et discussions
3.1. Les prémices d’une agriculture de « seconde
génération » à Bafou
Les prémices de la durabilité comme socle de la nouvelle agriculture
La perspective du développement durable à travers l’agriculture de « seconde
génération » souligne le fait que, l'avenir des exploitations agricoles ne peut
plus être évalué exclusivement sur la base de l’intensification agricole. Il est
donc nécessaire de miser sur la qualité écologique des pratiques agricoles,
appréciées à travers leurs effets sur les ressources naturelles, le sol, l'eau et
l'air. A Bafou, cette composante s’encre progressivement dans les habitudes
des producteurs, les engrais organiques sont de plus en plus utilisés par 96 %
d’agriculteurs enquêtés autant par nécessité qu’autant comme solution
alternative à la cherté des engrais chimiques. Deux agriculteurs de Nziih se
démarquent par une production exclusivement « bio » à destination d’une
classe de consommateurs urbains aisées devenue très exigeante dans les
méthodes de production. Cette production « bio » se développe également
chez les grands producteurs-exportateurs, mais sur des superficies réduites et
pour l’instant destinée à l’autoconsommation élargie aux visiteurs. Beaucoup
d’agriculteurs ont compris que l’avenir de leur activité repose sur l’adoption
des pratiques écologiquement durables, mais les impératifs économiques et
financiers restent le handicap majeur.
Les bases de la compétitivité et de la pérennisation de l’activité agricole
La compétitivité d’une agriculture repose d’une part sur le niveau de revenu
global de l’agriculteur qui est lui aussi fonction des revenus issus de la
production agricole et des activités connexes non agricoles. D’autre part, cette
compétitivité repose aussi sur la capacité à mobiliser des ressources par des
concours publics ou privés de soutien à l’agriculture (dons, subventions
accompagnements et financements divers). La forte compétitivité d’une
agriculture est un important indicateur permettant d’apprécier sa
pérennisation. Le caractère essentiellement commercial de l’agriculture de
Bafou permet d’apprécier sa compétitivité et sa pérennisation. Pour 92 %
d’agriculteurs rencontrées, elle constitue leur principale source de revenu,
contribuant ainsi à résoudre l’essentiel des charges du ménage : nutrition,
santé, logement, scolarité, cotisations diverses, etc. 80 % de la production de
Bafou est destinée à la commercialisation. Les grands producteurs sont à la
fois grossistes-exportateurs pour les marchés nationaux et internationaux.
Bafou est en effet un bassin de ravitaillement pour les pays d’Afrique Centrale
comme le Gabon, la Guinée Equatoriale et la République Centrafricaine. Une
classification des produits les plus commercialisés par ordre d’importance
(tab.2) montre que la pomme de terre domine très largement, suivie de la
carotte, du poireau et du poivron. Le maïs par contre n’est pas dans son
écosystème de prédilection.

Tableau 2 : Poids des produits cultivés et commercialisés à Bafou


Produits Pomme Carottes Poireau Poivron Oignon Choux Tomate Tubercules Maïs
de terre
Effectifs 75 37 25 22 11 11 10 5 3
en %

Les bases d’un approvisionnement permanant des foyers de consommation


en produits agricoles
La forte demande alimentaire venant des grands foyers de consommation sur
le territoire national (Yaoundé, Douala, Bafoussam etc.) et même à l’extérieur
(RCA, Gabon, Guinée Equatoriale, etc.) oblige les bassins agricoles surtout
ceux de l’Ouest-Cameroun à mettre en place des dispositifs
d’approvisionnement permanent en produits agricoles. A Bafou, en plus de la
fertilité du sol ainsi que des conditions climatiques favorables, la nécessité de
maintenir l’équilibre d’approvisionnement/ravitaillement en denrées
alimentaires se traduit par un recours aux techniques de production de plus en
plus ingénieuses et la disponibilité d’un capital foncier important. La terre est
exploitée sans répit, l’objectif étant d’accroitre les productions de façon à
répondre permanemment à la demande croissante des marchés. L’apparition
d’une classe d’agriculteurs modernes (néo-ruraux ou néo-paysans8) avec le
développement récent du maraîchage (Kaffo, 2005), s’accompagne de
l’abandon des techniques traditionnelles. Il s’agit principalement du passage

8Catégorie d’agriculteurs pour la plupart des jeunes qui ont séjourné en ville et ont décidé à un
moment de leur vie à retourner au village bon gré malgré eux pour pratiquer les activités
agropastorales. Ceux-ci viennent avec des nouvelles façons de faire copiées dans les milieux
urbains.
à l’irrigation pour produire en contre saison (saison sèche) au même rythme
qu’en saison favorable (saison de pluie). Le niveau de maîtrise de l’irrigation
est assez élevé (95 % des jardiniers) (fig. 2). Le système d’irrigation par
aspersion communément appelé tourniquet (55 % des jardiniers) rivalise avec
le système d’irrigation par pression avec la motopompe (40 % des jardiniers).
Outre ces techniques, des systèmes de culture comme ceux hors sol ou sous
serre ainsi que le développement des pépinières sont autant de stratégies mises
en place.

A B
Figure 2 : Techniques d’irrigation à Bafou (Novembre, 2015)
A gauche (A) un jardinier utilisant le système d’irrigation à pression dans un
jardin de choux à Ndoh, une motopompe aspirant l’eau depuis la rivière. A
droite (B) le système d’irrigation par aspersion ou au tourniquet, plus répandu
du fait qu’il exploite simplement la pente et par conséquent revient moins
cher.
La pratique de l’agriculture : un facteur de cohésion entre les paysans
La cohésion sociale est un élément structurant des milieux ruraux, elle est à la
base des dynamiques observées à Bafou. Elle traduit les capacités
d’interactions, d’échanges et de partage entre les personnes exerçant une
même activité et vivant dans le même milieu. Landais (1998) parle de la
capacité d'insertion de l’activité agricole dans les réseaux professionnels
locaux, l'entraide, l'accès aux services et les relations de proximité qui sont
tous fonction de la densité et de la qualité du tissu agricole et rural local. Aussi
il parle de l'intensité et de la qualité des relations entre les agriculteurs et les
autres acteurs locaux, et en particulier, de la diversification des relations de
partenariat dans lesquelles s'engagent les agriculteurs pour ainsi assurer la
place de l'agriculture dans la dynamique locale de développement. Les
obstacles à cette cohésion sociale reposent sur : les problèmes fonciers (83 %),
les conflits entre agriculteurs et éleveurs (22 %), la préoccupation de l’accès
à l’eau (24 %) et le chômage des jeunes (37 %). Les stratégies d’entraides, de
partage d’expériences, de transmission des savoirs paysans aux plus jeunes,
de développement communautaire et d’adoption des innovations développées
à travers les organisations paysannes existantes (tontines, associations
villageoises, comités de développement, organisation des producteurs
agricoles, etc.) renforcent la cohésion sociale. Les statistiques du chef de poste
agricoles de Djuttitsa par exemple présentent environ une cinquantaine (50)
de GIC effectivement opérationnels à Bafou. Ces regroupements permettent
de mieux orienter les appuis aux paysans et confortent les relations humaines
et la transmission des savoirs paysans entre les générations. Dans cette
logique, il est important de s’appesantir selon Landais (1998) sur l'image que
se font les futurs agriculteurs des exploitations de leurs parents à travers les
schémas de pensée qui leur sont transmis durant leur formation. Le
développement des organisations paysannes permet donc de mettre en exergue
cette composante.
3.2 Synergies et perceptions des acteurs impliqués dans
la mise en œuvre d’une nouvelle agriculture
Schéma d’acteurs de la mise en œuvre de la nouvelle agriculture
Les débats sur une définition précise du concept d’agriculture de « seconde
génération » demeurent jusqu’à l’heure actuelle complexes. En effet, les avis
sont partagés et les définitions vont dans tous les sens en fonction des
catégories socio-professionnelles. Pour des personnes moins avisées, elle se
résume à un simple passage de la houe au tracteur, c’est-à-dire de l’agriculture
traditionnelle à l’agriculture mécanisée. Les avis des personnes ayant exploré
ce concept sont partagés entre ceux qui parlent d’une politique agricole plus
ambitieuse, plus génératrices d’emplois et de revenus et ceux qui misent sur
une intensification agricole à outrance s’accompagnant d’une forte utilisation
des intrants et d’une forte pression sur les ressources foncières et hydriques.
La synergie d’acteurs qui participent de façon directe ou indirecte à la mise en
œuvre de l’agriculture de « seconde génération » est très diversifiée. Elle va
des maîtres d’œuvre qui sont les pouvoirs publics, le politique, aux maîtres
d’ouvrages relevant du domaine de la recherche et des structures
d’accompagnement paysans, avant d’arriver aux agriculteurs. Les
préoccupations, ainsi que les attentes ne font pas l’unanimité entre les acteurs
impliqués. La pluralité d’acteurs qui entoure ce nouveau concept lui confère
un certain poids et une attention particulière a priori gage de réussite (fig. 3).
Figure 3 : Synergie d’acteurs impliquée dans la mise en œuvre de la nouvelle
agriculture
Cette figure montre la constellation d’acteurs participant à la mise en œuvre
de l’agriculture de « seconde génération » à l’échelle nationale. Ces acteurs
peuvent être scindés en trois groupes : le groupe décisionnel, le groupe de
planification et de mise en œuvre et le groupe d’exécution. Les experts,
spécialistes et chercheurs sur les problématiques agricoles formulent une idée
de projet qu’ils soumettent à l’organe central de prise de décision (Etat) qui
évalue la faisabilité du projet et transfert au niveau des organes déconcentrés
qui planifient la mise en œuvre du projet avec l’appui des institutions
spécialisées. Au niveau local, les structures d’accompagnement qu’elles
soient publiques ou privées participent avec l’appui des organisations
paysannes à l’exécution du projet. Ce schéma s’inscrit dans une logique de
concertation où la participation des agriculteurs, des ONGs, des acteurs locaux
et de la société civile doit être favorisée afin de s’assurer de la concordance
du programme avec les besoins des communautés locales. Au niveau de
Bafou, c’est les délégations d’arrondissement du MINADER 9et du
MINEPIA10 qui à travers les postes agricoles installés dans les villages
travaillent avec les associations villageoises (GIC et Associations) dans la
promotion et l’accompagnement de la mise en œuvre effective de l’agriculture
de « seconde génération ».
Les perceptions de l’agriculture de « seconde génération » par les acteurs
du développement rural à Bafou
Perceptions des acteurs en amont
L’Etat camerounais parle d’une agriculture durable qui sera bénéfique aux
générations d’aujourd’hui et celles futures. Elle est une grande opportunité
pour le Cameroun dans l’atteinte des objectifs du millénaire pour le

9
Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural.
10
Ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries Animales.
développement. Le politique concède à l’agriculture de « seconde
génération » le poste le plus important de toute la chaine économique, car elle
traduit la volonté du gouvernement de recentrer l’agriculture au cœur des
politiques publiques en vue de la croissance économique. Le développement
rural intégré y tient une place centrale. L’homme de science parle d’une
agriculture révolutionnaire cherchant à concilier productivité, compétitivité,
durabilité et professionnalisme. Les plus sceptiques pensent que c’est une
illusion car leur diagnostic du secteur agricole constate beaucoup de
manquements dans la mise en valeur des terres arables, le soutien aux activités
agropastorales et l’accompagnement du paysan. Avant de passer à la seconde
génération il faut solder le bilan de la première génération qui a longtemps
souffert du déficit de compétitivité.
Perceptions des acteurs à l’aval
Les agriculteurs et leaders paysans sur le terrain sont peu informés de ce
programme. Seulement 28 % en ont connaissance, et pour ceux-là, il s’agirait
d’une agriculture moderne devant résoudre tous les problèmes auxquels ils
font face : fourniture de semences, d’engrais, de subventions diverses,
mécanisation, etc. Il s’est avéré que ces derniers soient spécifiquement des
personnes ayant bénéficié d’une subvention de l’Etat. Les acteurs de la société
civile en l’occurrence, les responsables d’ONG estiment qu’on a à faire à une
agriculture vide de contenu et complètement déconnectée des réalités du
milieu rural. C’est pourquoi la grande majorité (80 %) ne se sentent pas
singulièrement interpellés. D’autres agriculteurs parmi ceux qui ne trouve
aucun intérêt à ce nouveau concept soutiennent que c’est purement une arme
politique sans grand rapport avec les problèmes réels de l’agriculture.
3.3. Contraintes à l’opérationnalisation de l’agriculture
de « seconde génération » à Bafou
Un relief accidenté, obstacle principal au déplacement des engins agricoles
Alors que la mécanisation agricole exige une cartographie des zones
topographiquement et pédologiquement propices, il y a lieu de prendre en
compte quelques facteurs importants notamment l’appartenance du Cameroun
au monde intertropical et ses conséquences (socles très anciens et sols
tropicaux), mais aussi les reliefs très contrastés qui introduisent la prise en
compte du facteur pente dans l’utilisation des machines agricoles. En effet, le
relief de Bafou appartenant à celui du versant sud des monts Bamboutos est
contrasté, opposant les zones de fortes pentes (escarpement de fronts de
coulées) aux replats subhorizontaux (Morin, 1989). Les traits dominants sont
l’étagement et l’existence de revers en pente plus ou moins douces. A Bafou
nord, les pentes sont parfois très fortes (supérieures à 65%) (Ngou Djou,
2017), elles réduisent considérablement la capacité de déplacement des engins
agricoles. S’il est vrai qu’afin de rendre cette agriculture plus compétitive,
l’utilisation des intrants doit s’accompagner de la réduction de la pénibilité du
travail par l’utilisation des machines sur des grandes unités, tant il est aussi
vrai que ces machines doivent être adaptées aux conditions du milieu.
La réalité du morcellement des terres en pays Bamiléké
Depuis le début du XXème siècle, le pays Bamiléké fait l’objet d’une forte
pression démographique s’accompagnant d’une forte pression foncière
doublée d’un morcellement sans précédent des terres (Yemmafouo, 2010). A
Bafou l’espace est occupé par les bamilékés et les Mbororo, ensuite les
compagnies agropastorales comme la Compagnie Pastorale Africaine ou
encore la Cameroon Development Corporation (CDC) (Ngoufo et al., 2001).
La forte pression démographique a engendré d’abord la ruée des agriculteurs
vers les réserves foncières disponibles, à la mise en culture des anciennes
zones de pâturage et des fonds de vallées (Tchekote et al., 2018), puis un
morcellement intense des terres cultivables. C’est donc une contrainte majeure
pour le développement de l’agriculture de « seconde génération » qui exige de
vastes espaces disponibles. Avec une densité moyenne de 561.79 hab/km2 à
Bafou, 80 % des agriculteurs ont des parcelles de taille comprise entre 0.1 et
1 ha. (fig. 4). Du coût, le morcellement s’étend aux marges territoriales
longtemps négligées (Ngouanet 2010).
35
Effectif de producteurs

30
25 31,33
20 24 24
15
10
12,67
5 4,67 1,33 2
0
0,005 - 0,01 0,01 - 0,05 0,05 - 0,1 ha 0,1 - 0,5 ha 0,5 - 1 ha 1 - 2,5 ha 2,5 - 5 ha
ha ha
Superficies des parcelles

Figure 4 : Capacités en terres des exploitants agricoles à Bafou


Contraintes socio-économiques à l’opérationnalisation de l’agriculture de
« seconde génération » à Bafou
L’agriculture de « seconde génération » est exigeante en termes de capital
foncier et financier et a besoin d’une main d’œuvre qualifiée pour l’utilisation
des techniques et technologies de pointe. Elle demande de lourd
investissement financier pour l’achat des intrants, notamment les équipements
et les fertilisants de plus en plus chers sur le marché local. Le prix de 50kg
d’engrais est passé de 9000 FCFA en 2004 à près de 20 000 FCFA en 2013 et
il est d’environ 25 000 FCFA aujourd’hui. Quand bien même le
remembrement donnera des superficies acceptables et des possibilités de
mécanisation, le prix de location d’un tracteur par jour est de 60 000 FCFA
pour les membres d’un GIC et 80 000 FCFA pour les non membres.
Par ailleurs, le profil général de l’agriculteur de Bafou est celui d’un paysan
peu instruit, ayant rarement reçu des formations en agriculture et avec un
revenu faible. Environ 75 % des agriculteurs n’ont pas franchi la classe de la
4eme année du premier cycle du secondaire (fig. 5). La main d’œuvre agricole
demeure principalement familiale (82 %), peu qualifiée et peu motivée. La
jeunesse rurale informée du programme d’agriculture de « seconde
génération » est un atout majeur à capitaliser. 73% de ces jeunes ont entre 15
et 40 ans, soit une tranche d’âge prédisposant à une mobilisation optimale pour
l’adoption des innovations. Cependant, le manque d’organisation de cette
jeunesse est une faiblesse majeure. La dynamique organisationnelle tant
souhaitée n’est pas effective à leur niveau. Elle s’oblige parfois à des
regroupements circonstanciels en GIC à durée déterminée et donc incapable à
survivre après la phase pilote d’accompagnement de projets.
35,0

30,0
30,7
25,0 28,7

20,0 22,7

15,0

10,0

5,0 7,3
4,0 1,3 2,0 3,3
0,0
Maternelle Primaire CEPE Secondaire Secondaire Bac Licence Master et
premier second Doctorat
cycle cycle

Figure 5 : Niveau de scolarisation des exploitants agricoles de Bafou


La gestion de l’eau pour la pérennité de l’agriculture de « seconde
génération »
La compétition pour l’accès et la maîtrise de l’eau dans les monts Bamboutos
est depuis quelques décennies très tendue et parfois violente (Tchekote et al.,
2018). Dans les exploitations agricoles à Bafou, on observe une forte pression
sur la ressource en eau. Elle se matérialise par la présence de nombreuses
conduites de captage autour d’une même rivière ou d’un même point d’eau.
Avec le développement des techniques d’irrigation, la production des cultures
vivrières et maraichères est devenue quasi permanente. Le calendrier agricole
ne connait plus d’interruption. Le développement des cultures de contre-
saison, auquel s’ajoutent d’autres besoins en eau comme la pratique de
l’élevage a significativement augmenté la pression sur la ressource eau. Le
souci étant de produire en toutes saisons sur des superficies non extensibles,
la compétition pour l’accès et la maîtrise de l’eau est très souvent source de
querelles d’appropriation des sources d’eau (Kaffo et Fongang 2009,
Yemmafouo 2010b, Tchekote et al., 2018).
Conclusion
Cette étude avait pour but d’apporter des éléments pour une appropriation
locale du concept d’agriculture de « seconde génération » et d’explorer les
possibilités de sa mise en œuvre effective à Bafou, un bassin de production
agricole des Hautes Terres de l’Ouest-Cameroun. L’étude est partie de
l’indentification des traits caractéristiques d’une nouvelle dynamique
agricole, notamment la compétitivité, l’usage des techniques innovantes,
l’approvisionnement permanent des foyers de consommation et la cohésion
sociale forte entre les agriculteurs, pour montrer que ce modèle d’agriculture
susceptible d’être une alternative au développement agricole à l’Ouest-
Cameroun trouvait progressivement ses marques. L’appropriation de ce
concept nécessite également l’analyse des synergies entre les parties prenantes
d’autant plus que les perceptions à différents niveaux sont divergentes. Les
décisionnaires optent pour une volonté de recadrage de la politique agricole
camerounaise pour l’atteinte des objectifs du millénaire pour le
développement, tandis qu’à l’échelle de planification et de mise en œuvre
malgré un léger scepticisme, l’on pourrait y entrevoir une révolution agraire
cherchant à concilier productivité, compétitivité, durabilité et
professionnalisme. Les avis auprès des exécutants sont assez mitigés, il y en a
pour qui il s’agirait d’une agriculture remède à tous les maux du monde rural,
d’autres pensent tout simplement à un slogan vide de contenu. L’étude a
exploré les contraintes physiques et socio-économiques pouvant
compromettre l’opérationnalisation de la nouvelle agriculture. Il en est ressorti
que des conditions géomorphologiques et environnementales inadaptées, un
relief hostile à la mécanisation, mais aussi des exigences économiques trop
élevées couplées à la faible dynamique organisationnelle sont autant de défis
susceptibles d’entraver avec plus ou moins d’importance l’efficacité et
l’efficience de ce nouveau modèle agricole. Fort de ces contraintes, l’étude
conclue sur une nécessité de responsabilité duale, d’une part au niveau de
l’État, de ses institutions et partenaires, et d’autre part au niveau du paysan
l’acteur principal. Il reste cependant à redéfinir les modalités concrètes de
cette synergie d’acteurs déjà inscrite dans le cadre théorique du programme.

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