Thématique : Evaluation
Période : 1880 jusqu’aux années 1936
La période de 1880 à 1936 marque une transition significative dans la place accordée aux sciences dans la construction des savoirs en EPS. On observe une évolution
d'une approche principalement empirique et militaire vers une démarche plus scientifique, influencée par les progrès en physiologie et en anatomie.
Définition L’évaluation est une pratique pédagogique qui permet d’organiser, de rationaliser l’acte d’enseignement.
Evaluer consiste, selon Mialaret (1979) à “porter un jugement sur la valeur en fonction de critères précis” =renvoie aux notions de normes, de référence, à
des critères d’excellence, qui évoluent dans le temps et sont l’objet de débats
= Outil de diffusion de l’innovation pédagogique.
L’évaluation renvoie ainsi à un processus de légitimation, en effet elle permet de montrer que l’on répond aux normes et aux usages scolaires (même type
d’évaluation que les autres disciplines, participation aux examens..)
= légitimation externe.
Ainsi, “Comprendre l’évolution de l’évaluation en EP, nécessite d’envisager la quête lancinante de crédibilité de la discipline” (B Maccario, 1995, Au fil du
temps, l’évaluation ; Dossier EPS 15
DATES Manuel de 1891 et 1908 G. Demeny (Les bases scientifiques de l'EP, La « V.A.R.F » de Bellin du Coteau (1930)
« Evaluer à partir de choses tangibles » 1902) Indice d'efficience physique reposant sur 4
« Contrôle des résultats obtenus au moyen de « La mesure est le seul moyen d'éviter les facteurs : Vitesse / adresse / résistance / force
mensurations » ... par des fiches anthropométriques qui erreurs d'applications » On établit une base « Evaluation des valeurs physiques à partir d'un
donnent la note normée » pour structurer le corps soldat « livret d'EP » rempli par le médecin et
Demenÿ G. (Les bases scientifiques de l'éducation l'enseignant
physique, 1902)
« le corps chiffré » : prise en compte de la performance avant tout + mesures /calculs de données physiologiques.
TO 1925= Règlement Général d’EP : chaque élève possède sa fiche individuelle où sont notés
Un examen physiologique (médecin) : taille, poids, périmètre thoracique, spiromètre, dynamomètre.
Un examen pratique (professeur) : certificat d’EP =
Course de vitesse, saut en hauteur, grimper, lancer, lever-porter.
Exercices d’assouplissement, dont certains sur la poutre.
Course de résistance au secondaire (16ans) :800m H / 400m au supérieur (18ans) : 1000m H / 400m F
1909 : Hébert classe les élèves en fonction des résultats de leurs examens : 1=Nullité physique 2=Aptitudes inférieures 3=Aptitudes
supérieures 4=Aptitudes exceptionnelles (Athlète complet et parfait)
4 groupes physiologiques sont déterminés : 1= Normal 2=Moyen 3=à ménager 4=Dispensé
Période 1936 aux années 1959
Dans cette période, la place des sciences est importante. Les scientifiques assoient leur domination à celle de l’EP. L’identité de l’EPS est floue et sert principalement les
enjeux sanitaires. L’EP endosse le rôle de « correction des corps » pour permettre de reconstruire la nation. La construction des savoirs enseignés sont directives ayant un
objectif sanitaire. La pédagogie collective, normative, et directive de l’« enseignant-commandant » perdure à travers des savoirs moteurs formels, vers un « élève-objet »
(Marsenach, 1989).
DATES L’évaluation permettait d’évaluer, par la science, les capacités physiques des élèves
M. Attali, J. Saint-Martin « L'évaluation en Brevet Sportif Populaire (1937) : hors examen La table de Letessier permet :
EPS : entre légitimité disciplinaire et défis scolaire = témoigner d’un bon état physique. « Hiérarchiser les performances d’élèves d’âges et de
culturels » niveaux différents » ;
(2010) Course 40m + saut en hauteur + lancer LETESSIER, « Revue EPS n°77 » 1966 :
« La Table de cotation des performances de balle + grimper + 1 épreuve de « Les performances athlétiques apportent la condition
sportives de Letessier (1952) devient natation facultative. sine qua non pour entreprendre une étude méthodique
l’instrument incontournable pour la plupart des qualités physiques »
des épreuves d’EPS aux examens scolaires » En 1938, ce brevet devient l’épreuve d’EP pour le - Course de vitesse 60m
« promouvoir la volonté politique d’introduire Certificat d’Etude Primaire. - Epreuve de grimper de corde
plus de sport à l’école » - Epreuve tirée au sort (poids ou hauteur)
1942 : il devient le Brevet Sportif National, avec - natation
la natation qui devient obligatoire. Par la suite, les Recherche d’homomorphisme scolaire passera donc
épreuves d’EP aux examens scolaires seront par une évaluation crédible
toutes sur ce modèle. 1959 : L’EPS devient obligatoire au baccalauréat
Barème Letessier devient le barème officiel du BAC.
Seuls les points au-dessus de la moyenne sont pris en
compte
LIMITE ☹voir citation
CITATION « …pour que l’EP cesse d’être considéré comme une matière scolaire facultative, il lui faut des programmes plus précis, des sanctions, un contrôle des
S résultats, c’est-à-dire quelque analogie avec les autres enseignements » Blanchet, G (1953). Tests et critères en EP, Revue EPS, n°18
« que la bonne note que l’on aura obtenue à une épreuve de course permette aux candidats de faire (…) qq fautes d’orthographes supplémentaires me parait
une étrange confusion des ordres » Clarac, P (1960) Inspecteur Général de L’Education Nationale, Bulletin du SNEP
« Monter à la corde ne doit pas compenser les fautes de français » Fouchet, C (1964)
Maccario (1993) : « Progressivement, l'aptitude à détecter n'est plus celle du futur soldat, mais celle qui ouvre à la pratique sportive ». « Ce qu’on vient à
attendre du maître d’EP, c’est qu’il détecte le plus tôt possible les futurs champions et qu’il les spécialise en vue de records et de triomphe nationaux ou
internationaux »
Crubellier « L’enfance et la jeunesse dans la société française 1800-1950 » Armand colin, 1979, ch.9 :
Période 1959 aux années 80
Pédagogie incitative que l’« enseignant-animateur », s’appuyant sur les sciences humaines (psychologique et sociologique), incite un « élève-responsable » à acquérir des
savoirs moteur et social. L’intérêt est alors porté au produit et au processus d’apprentissage qui s’envisage à travers l’adaptation de l’élève à son milieu.
L’évaluation permettait d’évaluer, par
la science, les capacités physiques des élèves
DATES BAC de 1959 J. Saint-Martin, Terret, « Sport et genre. AU COURS DES ANNÉES 70 : L'EVALUATION
La table devient le barème officiel des épreuves Apprentissage du genre et institutions FORMATIVE (M. Attali, J. Saint-Martin «
obligatoires au baccalauréat. Seule la éducatives », 2005) L'évaluation en EPS : entre légitimité
performance, les données chiffrées sont prises LIMITES : Toutefois, « l’inégalité de réussite se disciplinaire et défis culturels » 2010)
en compte = une politique éducative où corps traduit par des écarts importants de note entre L’évaluation formative en EPS s’inscrit dans une
« performant » prime. Pour les épreuves les garçons et les filles » (…) « Elle ne vise pas à
volonté plus large de porter davantage attention
d'athlétisme et de grimper de corde repérer les compétences acquises, mais le seul à l’élève et à ses conditions d’apprentissage.
résultat brut de leur expression » Elle a pour but d' « indiquer l’étape à laquelle il
se situe dans l’apprentissage et les difficultés
qu’il rencontre »
CITATIONS IO 1967 : classement des APS en fonction des finalités + « maîtrise du corps », du « milieu » et « amélioration des qualités psychologiques et rapports à
autrui » « l’EPS agit sur l’individu dans sa totalité »
c’est la fin de l’hégémonie du trio « athlétisme/gym/natation » et la prise en compte de diverses composantes de la réalisation physique dans
l’évaluation (plus uniquement la performance), afin d’être juste envers les différents profils d’élèves.
LIMITE : Vision psychomotrice : Le Boulch, J-P Famose, P. Parlebas qui délaissent la performance au profit de l’enfant et de la prise en compte accrue de
SON ACTION dans les processus de l’apprentissage moteur.
Période Années 80 à nos jours
Les sciences de l’Education viennent légitimer des nouveaux savoirs et de nouvelles façons d’enseigner. La construction d’une discipline scientifique émerge en EPS. L’ère du
Numérique en est le parfait exemple. Nous montrerons que c’est à travers une pédagogie appropriative (l'élève détient le savoir) que « l’enseignant-gestionnaire » (Doeuff,
2009) guide l’élève vers l’acquisition de compétences motrices, méthodologiques et sociales en s’appuyant essentiellement sur les neurosciences. C’est donc à travers des
situations à résolution de problème mais aussi par adaptation spontanée à l’environnement (théorie dynamique) que l’enseignant facilite le devenir d’un élève autonome,
acteur de sa formation.
DATES CONTEXTE D'EVALUATION : Hébrard A., « L’éducation physique et sportive », 1986
Évaluer la performance qui se limite à détecter les aptitudes innées des élèves est L’évaluation, associée à la performance, doit identifier des niveaux
questionné au retour de l'EPS à l’Education Nationale (1981). A. Savary est chargé de cette d’habiletés correspondant « aux façons dont l’élève mobilise ses
question sous la direction de A. Hebrard. Comment l'EPS peut-il lutter contre l'échec possibilités physiques et psychologiques du moment (ses
scolaire malgré des attendus physiques basés sur l'innée de la personne ? ressources) »
BAC 1983 IO DE 1985/86 : Revue EPS, « Evaluation : la B.O du collège, 2015 :
La performance sportive est amoindrie « Évaluation formative » ; « Co-évaluation notion dezone de Évaluation du domaine du socle
On évalue des attitudes, des connaissances, » performance en EPS » (1994) commun = le corps n'est plus
des capacités cela demande à l'enseignant de De ces nouvelles formes d'évaluations, les L'évaluation et la évalué par la note... mais part des
modifier sa manière d'évaluer et donc de savoirs enseignés vont évolués... en ce performance est adaptée degrés d'acquisitions
concevoir son évaluation... sens on « outille » les élèves pour qu'ils pour répondre à Évaluation par « indicateur de
apprennent à s'évaluer ou à évaluer l’hétérogénéité des élèves compétence »
(AEEPS, 2015)
3 champs d’évaluation :
- MOTEUR/10 (performance si barème ; conduites motrices sur les autres activités)
- COGNITIF /5 (connaissances, compréhension, analyse…etc sur les activités pratiquées)
o AFFECTIF /5 (participation, progrès…)
1993 : ll n’y a plus d’obligation sur le choix des APS choisies pour l’évaluation : 5 domaines d’action sont définis et l’évaluation doit se faire sur 3 APS de 3
domaines différents = MENU (coeff 1)
Aujourd’hui les années 2000 : Note au bac = évaluation de 3 APS appartenant à 3 CP différentes
5 compétences propres (CP) à l’EPS : elles s’observent à travers les réalisations motrices de l’élève ; elles supposent de sa part la mobilisation à bon escient de
l’ensemble de ses ressources, physiologiques, cognitives, affectives, etc
3 compétences méthodologiques et sociales (CMS) : elles révèlent l’acquisition de méthodes, d’attitudes, de démarches réflexives. Elles constituent de
véritables outils qui permettent à l’élève de savoir apprendre, de savoir être, seul et avec les autres, tant à l’école qu’en dehors.
Il s’agit au lycée d’avoir, en trois ans, construit des acquisitions dans les 5 CP
CITATIONS " l'important devient le cheminement vers l'objectif fixé " Macario, 1982 signifiant par là même occasion que l'évaluation se devait de prendre en compte de
manière significative, les moyens que se donne l'élève pour parvenir au résultat souhaité par le pédagogue.
" L'évaluation est l'émission d'un jugement à propos d'un apprentissage " (NOIZET, CAVERNI, 1992)
« La compétition est une arme à ne pas mettre entre toutes les mains » Stéphane diagana
C.Hadji (‘évaluation, règles du jeu’, 1989) : L’évaluation est ‘multidimensionnelle et se déploie sur plusieurs registres et dans différents champs’ (certificative,
sommative, formative, formatrice, diagnostique