Morph. Syntaxe
Morph. Syntaxe
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Parcours/Niveau : LETTRES MODERNES L1S1
Objectifs spécifiques:
Partie I : Morphologie
-définir la morphologie ;
-définir l’unité minimale d’analyse de la morphologie ;
-définir les notions fondamentales en morphologie ;
-déterminer les modifications par affixation ;
- identifier les modifications par transformation du radical
Partie II : Syntaxe
-Définir la syntaxe ;
-définir l’unité minimale d’analyse de la syntaxe ;
-définir les notions fondamentales en syntaxe ;
-déterminer les classes de constituants syntaxiques.
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CHAPITRE I : La morphologie
Au-delà du phonème présenté comme l’unité minimale du langage écrit, on peut distinguer deux
unités fondamentales de découpage de la chaîne : le mot et la phrase. Leurs frontières sont
marquées respectivement par des espaces typographiques et des signes typographiques
spécifiques (point et majuscule).
Comme l’avait déjà noté Saussure en lui substituant celle de signe, la notion de mot est loin d’être
aussi immédiatement recevable qu’il y paraît. D’un côté, elle est particulièrement polysémique,
désignant des objets très différents les uns des autres ; d’un autre côté, elle ne désigne pas une
unité minimale de l’organisation grammaticale ou linguistique. Le mot est une unité complexe,
dont les composants sont les morphèmes.
On désigne par morphologie la partie de la grammaire qui s’intéresse à la structure des mots, à
leur formation ainsi qu’aux variations de forme qu’ils subissent. Le mot lui-même n’est pas
l’objet de la morphologie. C’est sa structure interne qui l’intéresse. Elle (la morphologie) englobe
l’ensemble des manifestations liées à la flexion : variation des mots selon les catégories du genre,
du nombre, de la personne, etc., aussi bien que les divers modes de formation des mots : processus
de dérivation et de composition. En ce sens, la morphologie demeure une entreprise de description
et de classement et se distingue ainsi de la syntaxe, même si la plupart des phénomènes qu’elle
aborde sont tributaires des règles dégagées par la syntaxe.
- L’étude des formes sous lesquelles se présentent les mots d’une langue ;
- L’étude des changements dans la forme des mots pour exprimer leur relation avec d’autres mots
dans la phrase (exemple : les phénomènes de déclinaison) ;
- L’étude des processus de formation des mots nouveaux (composition, dérivation, mots valises,
etc.).
La morphologie s’occupe donc des petites unités de forme et de sens ou monèmes dans la
terminologie française (fonctionnaliste) et morphèmes dans la terminologie anglaise
(morphologie structurale).
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phonologie au profit de la morphophonologie ou de la fusionner à la syntaxe au profit de la
morphosyntaxe. Le mot occupe une position centrale dans l’analyse morphologique.
I. Le mot
On admettra que le mot est une réalisation particulière d’un ensemble de sons regroupés en
syllabes qui portent un sens. Le mot « mot », lorsqu’on veut cerner de près, semble être facile à
prononcer mais sa définition renferme une complexité qu’il faut bien discuter. Dans le cadre d’une
description linguistique, la définition scolaire de ce concept suscite des réserves vis-à-vis du
linguiste au risque d’aboutir à des analyses un peu erronées. Ainsi, tous les linguistes
reconnaissent que la définition scolaire de « mot » ne correspond pas à une analyse fiable, ne
serait-ce que parce qu’elle est, chez les non linguistes, associée à des habitudes d’écriture et de
prononciation. Les modèles linguistiques ont dû faire appel à un ensemble de concepts
opératoires, à une terminologie adéquate, qui ne cesse d’évoluer, pour des analyses rigoureuses.
Si le terme « mot » est assez précis pour les besoins langagiers ordinaires, il n’en recouvre pas
moins, à différents niveaux, des réalités linguistiques fort diverses.
À un niveau très général, il peut désigner une unité générique, abstraite – un type – ou une unité
de texte ou de discours, une occurrence. Dans la phrase : la maison de Pierre est plus belle que
la maison de Paul, on compte 12 mots occurrences, mais seulement 9 mots types, dans la mesure
où il y a deux occurrences de chacun des mots types la, maison et de.
Le terme « mot » désigne également des unités phonologiques aussi bien que des unités
orthographiques. Ainsi, /ʃɑ̃tε/ est un mot phonologique, qui peut correspondre aux trois mots
orthographiques chantais, chantait, et chantaient.
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Un unique mot orthographique ou phonologique, enfin, peut correspondre à plusieurs lexèmes, et
manifester ainsi différents mots grammaticaux (homographes ou homophones), comme dans :
Le mot peut être constitué d’un ou de plusieurs types d’unités minimales de signification. En
grammaire traditionnelle, ces unités sont appelées radical ou affixe.
Le radical peut à lui seul constituer un mot (mot simple). Il peut être associé à d’autres unités
minimales de signification. Dans ce cas, il constitue le noyau du mot et est porteur d’un sens
général.
L’affixe est généralement une unité minimale de signification qui s’ajoute au radical pour
apporter un sens complémentaire.
Exemples : en birifor
Dans les noms (comme en dioula ou mooré), les affixes indiquent le nombre (singulier ou pluriel)
ou la détermination (défini, locatif…).
Ces éléments constitutifs du mot reçoivent des appellations techniques diverses suivant les deux
grandes écoles structuralistes : la morphologie structurale américaine et la morphologie
fonctionnelle française.
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La morphologie, au sens large, se donne pour objet l’étude de la structure interne du mot. Dans
la littérature, elle connaît deux grandes écoles. Il s’agit de la morphologie structurale américaine
et la morphologie fonctionnelle française, toutes deux relevant du structuralisme.
Les principales divergences - d’un point de vue théorique – reposent essentiellement sur les
concepts.
Le mot n’est pas la plus petite unité linguistique pourvue à la fois d’une forme et d’un sens. Dans
le mot orthographique inacceptables, on peut identifier quatre éléments dotés à la fois d’une
forme et d’un contenu (quatre signes) :
-s (marque du pluriel)
Ces constituants du mot, unités ayant une forme et un contenu, susceptibles d’apparaître dans
d’autres environnements, sont des morphèmes. C’est l’unité de rang grammatical le plus bas, et
le constituant immédiat du mot.
Dans la perspective des structuralistes américains, les morphèmes se répartissent en deux grandes
classes, les morphèmes lexicaux (ou libres), qui disposent d’une certaine autonomie ; et les
morphèmes grammaticaux ou morphèmes liés (affixes), qui ne peuvent pas apparaître isolés.
Les morphèmes lexicaux constituent une classe ouverte, dans la mesure où les langues peuvent
constamment intégrer des termes dans leur lexique (par emprunt ou formation propre), comme
elles peuvent en éliminer d’autres ; les morphèmes grammaticaux, quant à eux, constituent un
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ensemble clos et limité, en raison de leur contenu, qui est l’expression d’un petit nombre de
catégories et relations. Il est difficile d’imaginer qu’on puisse, par exemple, ajouter un nouveau
nombre au français, distinguant le duel du singulier et du pluriel, comme le font certaines langues
: cela reviendrait à modifier le système de la langue dans ses caractéristiques grammaticales les
plus profondes.
Une désinence est une terminaison de mot (nom, pronom, déterminant, adjectif, verbe) constituée
d’un ou de plusieurs morphèmes porteurs d’indications de cas, de nombre, de genre, de personne,
de mode, ou de temps. Les affixes de flexion sont les formes qui marquent ces traits grammaticaux
que demandent les unités des différentes catégories ; en français et dans d’autres langues, la
flexion est réalisée par des suffixes. Les adjectifs portent généralement des marques de genre
(masculin, féminin) et de nombre (singulier, pluriel) :
Pour les verbes, la flexion (conjugaison) détermine la personne (1re, 2e, 3e), le nombre (singulier,
pluriel), le mode (indicatif, subjonctif, etc.), le temps et l’aspect (présent, passés, etc).
Dans ces exemples, les morphèmes liés sont des quantifieurs du pluriel et ne sont pas
syntaxiquement autonomes. Ils sont suffixés aux morphèmes libres qu’ils modifient.
linguistique ayant une forme et un sens ; il ne peut pas être décomposé en unités
plus petites ayant les mêmes propriétés. Les morphèmes libres sont des morphèmes
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qui peuvent apparaître seuls comme mots indépendants. Exemple : fij dans fillette
Les morphèmes liés ne peuvent être employés comme mots indépendants. Ils sont
Le phonème est l’unité distinctive minimale. Il n’a pas de signification. Sa fonction dans les unités
morphémiques est de les distinguer sémantiquement les unes des autres.
Les oppositions /p/ /b/ et /p/ /m/ sont pertinentes. /p/ et /m/ sont donc des phonèmes. Ils assurent
une fonction distinctive.
Po / bo et pɛr / mɛr sont porteuses de signification. Elles ne peuvent pas être réduites en unités
significatives plus petites. Par conséquent, ce sont des morphèmes.
En revanche, dans /il ɛ mɔrdy/ /il a mɔrdy/ l’opposition /ɛ/ / /a/ change le sens de l’énoncé. /ɛ/ et
/a/ sont porteurs de signification. Par conséquent ce sont de morphèmes.
Toutefois les formes dérivées et les formes composées sont également de mots. Mais du fait qu’ils
peuvent être segmentés en unités significatives plus petites, ils ne sont pas des morphèmes mais
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des formes complexes comportant au moins deux morphèmes. Exemple : ʃɑ̃tær → ʃɑ̃t + ær = 2
morphèmes
Le morphème est représenté entre accolades { }, le morphe entre barres obliques //.
Également le morphème lexical qui est la base du verbe « savoir » devient [sɛ] [sav]- [sy] [sɔ]-
[saʃ], selon la variation en temps et mode et selon les catégories de nombre et de personnes. Ces
diverses formes sont les variantes contextuelles ou allomorphes d’un même morphème.
Les allomorphes sont des variantes contextuelles (ou combinatoires) d’un morphème. Ils
véhiculent la même information sémantique mais présentent une réalisation formelle qui est
conditionnée par l’environnement linguistique. Dans cette perspective, le morphème apparaît
comme une unité abstraite, pouvant être décrite comme un ensemble de morphes.
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dans un environnement où /im/, /in/, /iR/ ne peuvent être réalisés (*imlicite, *inlicite, * irlicite),
et ainsi de suite.
Tout morphe est l’expression d’au moins un morphème, lexical ou grammatical. Ainsi:
b. dans sa forme orale, /ʃãtε/ s’analyse à l’aide des morphèmes lexicaux et grammaticaux suivants
: {chanter} + {imparfait} + {singulier} + {1re ou 2e ou 3e personne}, ou {chanter}
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a-Le livre de la fille, le livre du garçon
Dans ces deux phrases, du et au sont des morphes portemanteaux, qui expriment simultanément
la préposition {de} et le déterminant défini, masculin singulier {le}.
II.2.4.Morphème discontinu
Exemple : en yurok :
- sepolah = champ
En fulfulde :
- juulde = prière
-juul … de = prière
a- Le monème
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Chez les fonctionnalistes, c’est le terme monème qui est utilisé pour désigner l’unité
significative de première articulation dotée à la fois d’une forme (son signifiant) et d’un sens
(son signifié).
b-Lexème et morphème
-Les monèmes lexicaux appelés lexèmes. Ils appartiennent à un inventaire ouvert ou illimité
et instable.
Par variantes de signifiant des monèmes, on peut entendre des formes vocales différentes que
peut avoir un signifié. En d’autres termes, on a des variantes de signifiant lorsque deux ou
plusieurs formes différentes renvoient à une signification unique. Exemple : soit le corpus suivant
: /ε͂desi/ /irreεl/ /inaktif/ /illizibl/
Les formes /ε͂-/, /in-/, /ir-/ et /il-/ sont différentes mais leur signification est la même dans les
différents mots contenus dans le corpus. Cette signification est « qui n’est pas ». Pour les
représenter toutes, on choisira une des formes, mais cela dépend des résultats de l’examen de leur
distribution. Lorsqu’on examine attentivement un corpus contenant des unités où l’on peut
identifier des variantes de signifiant, on peut constater qu’il est possible d’établir des règles qui
régissent l’emploi d’une forme plutôt que l’autre. Ainsi donc, si on examine les contextes
d’apparition des variantes de signifiant de « qui n’est pas » en français, on découvre que : /il-/ est
attesté devant /l/ ; /ir-/ est attesté devant /r/ ; /in-/ est attesté devant une voyelle ; /ε͂-/ est attesté
devant toutes les autres consonnes. Lorsque des variantes de signifiant s’excluent mutuellement
dans un même contexte, en d’autres termes si on ne les trouve jamais dans le même contexte, on
dit qu’ils sont en distribution complémentaire. En pareil cas, il faut retenir une des formes pour
les représenter toutes.
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On peut ainsi présenter ces allomorphes :
Une telle présentation donne la liste des allomorphes dans un premier temps puis spécifie les
conditions d’occurrence des variantes de signifiant ou en d’autres termes l’environnement ou le
contexte phonique où on les retrouve.
Chez les fonctionnalistes, on parle de monème discontinu ou bien pour être tout à fait précis de
monème à signifiant discontinu lorsque pour un même signifié, on a plusieurs signifiants qui se
manifestent en des points différents dans la chaîne parlée. Cette conception du monème
discontinu n’est pas à confondre avec celle du morphème discontinu des structuralistes
américains. Chez eux, le morphème discontinu est un morphème scindé par l’introduction d’un
autre morphème en l’occurrence un infixe en son sein. Selon cette conception, il n’y aurait pas de
morphème discontinu en français et en anglais.
II.5. L’amalgame
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On appelle amalgame un type de syncrétisme morphologique dans lequel deux morphèmes sont
soudés en un seul morphe, c’est-à-dire en une seule unité morphologique, indécomposable. En
français, les formes contractées de l’article défini résultent d’un amalgame avec un morphème
prépositionnel. Exemple : si on compare les deux énoncés suivants :
Nous voyons dans le premier exemple qu’au niveau du deuxième énoncé le segment phonique
[o] cumule la préposition « à » et le déterminant « les ».
II.6. L’agglutination
dès jà déjà,
l’endemain lendemain,
Un exemple de ce type linguistique est fourni par le turc : ev, « maison » ; evler, «maisons » ;
evlerim, « mes maisons » ; evlerimiz, « nos maisons » ; evlerimizde, « dans nos maisons » ;
evlerimizdeki, « qui se trouve dans nos maisons » ; evlerimizdekiler, «qui se trouvent dans nos
maisons ». Outre le turc, le finnois, le hongrois, le japonais sont, comme bien d’autres langues
encore, de type agglutinant.
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NB : Il ne faut pas confondre amalgame et agglutination. Il y a agglutination quand le segment
de la base ou du radical et celui de l’affixe maintiennent leur identité phonique.
REMARQUES :
b-Bernard POTTIER appelle les unités significatives minimales morphèmes. Il distingue les
morphèmes lexicaux et les morphèmes grammaticaux ou grammèmes. Il distingue ensuite
grammèmes dépendants et grammèmes indépendants. Les grammèmes dépendants sont en
français la flexion nominale qui exprime des classes sémantiques obligatoires comme le nombre
(singulier / pluriel). Les grammèmes indépendants expriment des classes facultatives comme le
diminutif ou l’augmentatif (exemple les dérivatifs).
c- André MARTINET appelle les unités significatives minimales monèmes. Il répartit les
monèmes en deux types : les lexèmes et les morphèmes.
d- Des chercheurs tels que Maurice Houis (fonctionnalistes), Creissels distinguent deux classes
de morphèmes :
Les morphèmes asyntaxiques ne peuvent pas assumer les fonctions syntaxiques. Ils sont toujours
associés à un centre (support) : lexème, base, syntagme…
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Exemples :
térí + já = amitié
1. Dérivation endocentrique
a. N N (dérivatif apte à s’associer à un lexème nominal pour donner une base nominale
dérivée) : mùsò + nĩ mùsònĩ térí + já téríjá
b. V V (dérivatif apte à s’associer à un lexème verbal pour donner une base verbale dérivée).
2. Dérivation exocentrique
a.N V (dérivatif apte à s’associer à un lexème nominal pour donner une base verbale dérivée).
b.V N (dérivatif apte à s’associer à un lexème verbal pour donner une base nominale
dérivée).
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III. Quelques transformations morphologiques et morphophonologiques
A. Au niveau morphologique
Il existe deux types de modifications qui portent sur la transformation du radical lui-même.
a- Le remplacement vocalique
Il consiste à remplacer une ou plusieurs voyelles par une ou plusieurs autres voyelles à l’intérieur
d’un mot avec pour effet un changement de sens du mot.
Exemple : en anglais
b- La supplétion
Singulier / pluriel
Dans le composé compact, le premier élément se présente sans aucun suffixe (dans certaines
langues) et constitue le radical dans une relation de déterminant-déterminé:
fί (idée de « âne »)
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Nom sens composé compact sens
bwamu
cerma
III.3. L’épenthèse
C’est un processus qui consiste à intercaler un ou plusieurs segments non étymologiques dans un
mot. Il se place en milieu du mot : [kle] français, [kile] ; i est la voyelle épenthétique ; [klɛr]
(français)---------- [kilɛr]
[dʀapo]--------------------- [daʀapo]
L’épithèse c’est le fait d’ajouter un ou plusieurs segments non étymologiques à la fin d’un mot.
[mɑ̃g]…….. [mɑ̃goro]
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Remarque : épenthèse + épithèse : [tabl]…………………… [tabali]
III.5. Le redoublement
On appelle donc réduplication le redoublement du mot entier comme dans les hypocoristiques
(coco, mémé), les intensifs (c'est très très petit), etc.
Dans certaines langues comme le bobo ou le dioula, on peut obtenir le pluriel par redoublement
ou par réduplication :
tan tantan
nu nunu
tigɛ tigɛtigɛ
piiga pipiga
III.6. L’apocope
Il y a apocope lorsqu’un ou plusieurs segments sont supprimés en fin de mot sans modifier ni le
sens, ni la classe grammaticale de ce mot.
Ex : information—info
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Amphithéâtre--- amphi
Document----------doc
Composition------compo
III.7. L’APHÉRÈSE
L’aphérèse se caractérise par la suppression d’un phonème ou d’un groupe de phonèmes au début
d’un mot : par exemple le substantif Net est formé par aphérèse sur Internet.
La formation des mots-valises consiste à faire de deux mots dont on a respectivement tronqué la
fin (apocope) et le début (aphérèse) une unité, articulée de préférence autour d’un pivot
phonétique commun :
B. Au niveau morphophonologique
La morphophonologie (ou morphonologie) est, pour certains linguistes (l’école de Prague par
exemple), l’étude de l’emploi en morphologie des moyens phonologiques d’une langue.
III.1. L’amuïssement
L’amuïssement vient du verbe (s’) amuïr, «rendre muet ». L’amuïssement est l’effacement d’un
phonème dans la prononciation. Cette disparition affecte notamment les voyelles inaccentuées.
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Par exemple le phonème /ə/, dans appeler [apəle] s’amuït, c’est-à-dire devient muet, lorsque le
verbe est prononcé app(e)ler, [aple].
III.2. L’assimilation
L’assimilation : c’est le changement d’un segment sous l’influence du segment voisin. Lorsque
deux consonnes se trouvent en contact phonétique, elles tendent à s’assimiler l’une à l’autre :
b) L’assimilation est régressive dans le cas contraire : le segment modifié se trouve avant le
segment qui modifie.
Chapitre II : LA SYNTAXE
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Apres avoir analysé les mots, on examine maintenant la manière dont ils peuvent former des
groupes puis des phrases. La syntaxe moderne essaie de trouver les règles qui permettent à partir
d’un modèle de construire une infinité de phrases nouvelles.
Le mot syntaxe est issu du latin syntaxis qui signifie «ordre, arrangement, disposition des mots ».
Le terme désigne tout à la fois l’organisation des mots et des groupes dans l’énoncé, et l’étude de
cette organisation.
Dans le champ linguistique, le domaine de la syntaxe s’intéresse, entre autres, aux critères
d’agencement dans la phrase des parties du discours, aux procédés de décomposition ou de
construction de la phrase, à la structure des syntagmes, à la question de la place et de la position
des constituants dans la phrase simple et à leurs relations fonctionnelles, aux relations inter
propositionnelles dans la phrase complexe, etc.
La syntaxe intervient de manière décisive dans la signification d’une phrase : « Mon frère aime
ta sœur » n’a pas le même sens que « Ta sœur aime mon frère » et les analyses syntaxiques nous
montrent que, selon les dépendances qui s’établissent, on aboutit à des interprétations très
différentes. Mais une part considérable du sens échappe à la syntaxe, en particulier le sens lexical,
par exemple celui de frère ou de sœur dans l’exemple ci-dessus: qu’il soit sujet ou objet, frère
garde le même sens.
La sémantique, c’est-à-dire l’étude du sens, s’appuie à la fois sur une sémantique lexicale,
indépendante de la syntaxe, et une sémantique non lexicale, celle qui résulte de l’association des
unités lexicales dans une même phrase.
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En linguistique contemporaine, le statut d’unité syntaxique maximale conféré à la phrase est
fréquemment remis en question. Ce qui conduit certains linguistes à considérer deux niveaux
d’analyse distincts : (i) le niveau microsyntaxique, qui correspond à l’articulation des morphèmes
et des syntagmes, c’est-à-dire aux unités de rang inférieur ou égal à la phrase simple, (ii) et le
niveau macrosyntaxique, qui correspond aux unités de rang égal ou supérieur à la phrase simple,
et dont le fonctionnement est de nature à la fois syntaxique, sémantique et pragmatique.
La syntaxe de la langue parlée spontanée est souvent marquée par des reprises, des ruptures, des
constructions inachevées, ponctuées de termes d’hésitations. Souvent, on ne trouve pas de phrase
achevée dans la langue parlée. Les théories syntaxiques ne portent généralement que sur les
phrases ≪ bien formées ≫ de la langue écrite.
Retenir : La syntaxe est la branche de la linguistique qui étudie la façon dont les morphèmes libres (les mots) se
combinent pour former des syntagmes (nominaux ou verbaux) pouvant mener à des propositions (indépendantes ou
principales /subordonnées), lesquelles peuvent se combiner à leur tour pour former des énoncés.
I.3. La récursivité
La relation d’ordre désigne ici la détermination des éléments dans le syntagme. Dans certaines
phrases réalisées, le déterminé (ou complété) est la tête du syntagme nominal, le constituant
fondamental, les autres éléments étant les déterminants. Ainsi, dans les syntagmes nominaux, les
pommes de terre cuites, les coffres forts, le chapeau de Pierre, etc., les constituants pommes,
coffre et chapeau sont les déterminés.
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Pomme de terre
Déterminé déterminant
/complétant/ complété/
Tàbà sû
Déterminant déterminé
tagasi sofɛɛri
misi dɔgɔtɔrɔ
I.4. La proposition
C’est une structure syntagmatique organisée autour des termes syntaxiques nécessairement
présents : le nexus (Nx) et des termes syntaxiques annexes : les expansions primaires (Ex).
PV
Nx Ex
N V N N
S P O C
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Le nexus (Nx) est formé d’un nominal en fonction de sujet N
S
Le nexus est le nœud autour duquel se forme l’énoncé. Il est le noyau de l’énoncé. Les
expansions (Ex) sont le nominal objet N et le nominal circonstant N. Ils sont adjoints au Nx.
O C
On les appelle des expansions primaires par opposition aux expansions secondaires qui sont
les termes complétant ou qualifiant dans les syntagmes de détermination.
II. Le syntagme
Les syntagmes sont des séquences d’unités de dimension variable qui constituent les divers
niveaux intermédiaires d’une structure hiérarchisée dont le sommet est représenté par la phrase
et le niveau inférieur par les morphèmes. Un syntagme est organisé autour d’une tête. La tête
détermine les éléments constitutifs du syntagme. Le groupe ainsi formé exerce dans la phrase la
même fonction syntaxique que la tête.
Le syntagme nominal (SN) est organisé autour d’un nom qui impose le choix des déterminants
et des compléments. La tête nominale peut être expansée par un élément modificateur, comme
une épithète, une proposition relative ou un complément déterminatif prépositionnel (ex. le
[chapeau] blanc, le [chapeau] qui est sur la chaise, le [chapeau] de sa femme).
Le syntagme verbal (SV) est organisé autour d’un verbe et des compléments qu’il régit. La tête
verbale détermine le choix des auxiliaires, et des compléments (ex. Caroline [demande] un
renseignement à Juliette). Le SN et le SV sont les deux constituants majeurs de la phrase.
Le syntagme adjectival (SA) est organisé autour d’un adjectif, qui peut être expansé par un
modificateur adverbial ou prépositionnel (ex. très [heureux]; très [heureux] de le rencontrer). La
tête adjectivale détermine le choix de ses expansions.
Le syntagme prépositionnel (SP) est un groupe constitué d’une préposition (ou d’une locution
prépositionnelle) et de son régime nominal (ex. [dans] la rue ; [malgré] ces obstacles ; [en dépit
de] ces obstacles). La tête prépositionnelle détermine la nature de son régime.
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Ainsi, une phrase comme « la demoiselle buvait un café à la terrasse » se décompose, d’abord, en
trois syntagmes : un syntagme nominal : « la demoiselle », un syntagme verbal : « buvait un café
» et un syntagme prépositionnel : « à la terrasse », ces deux derniers syntagmes comportant eux-
mêmes un syntagme nominal : respectivement « un café » et « la terrasse ». Les relations qui
s’observent entre les termes qui constituent les syntagmes sont dites relations syntagmatiques.
Elles s’opposent aux relations paradigmatiques en ce qu’elles affectent des éléments présents
dans l’énoncé. On leur donne parfois le nom de relations in praesentia dans l’énoncé.
Retenir : On appelle rapport syntagmatique tout rapport existant entre deux ou plusieurs unités
linguistiques apparaissant successivement dans la chaine parlée. Le rapport paradigmatique est le rapport
virtuel existant entre les unités diverses d’une langue appartenant à une même classe sémantique et
morphologique. La syntaxe s’occupe de la combinaison des formes sur l’axe syntagmatique
L’analyse syntaxique consiste à déterminer les groupes qui constituent la phrase et à établir les
relations entre ces groupes. Ces groupes sont appelés constituants immédiats. Ils correspondent
aux unités de sens majeures que l’on perçoit dans une phrase telle que :
Chacun de ces constituants immédiats est aussi appelé syntagme ou groupe. Ces groupes sont
définis selon l’élément morphologique qui est le noyau de ce groupe. Le groupe nominal, par
exemple, contient obligatoirement un nom et les éléments qui dépendent du nom (les
déterminants, les adjectifs qualificatifs, etc.), le groupe verbal contient obligatoirement un verbe
et les éléments qui dépendent du verbe (les auxiliaires, les formes verbales etc.).
-définir la structure des groupes, en précisant les combinaisons possibles des catégories de
mots ;
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- établir la structure des phrases, en spécifiant les combinaisons des groupes qui permettent de
former des phrases ;
-décrire les interprétations possibles des différentes structures syntaxiques, en fournissant une
définition précise des notions traditionnelles telles que sujet grammatical, prédicat, complément
d’objet direct, complément d’objet indirect, complément circonstanciel, etc.
La syntaxe d’une langue est constituée d’un ensemble de règles qui décrivent les structures
phrastiques appartenant au répertoire de cette langue. Cette description devrait permettre
d’identifier les phrases qui respectent les règles syntaxiques de la langue et celles qui les
transgressent.
Les règles syntaxiques sont en nombre fini. Elles permettent cependant de produire un nombre
infini d’énoncés. Le locuteur ne retient pas une liste de phrases déjà produites ou comprises, il
établit certaines règles générales de combinaison et d’interprétation qui lui permettent d’encoder
et de décoder tout énoncé possible dans sa langue. L’acquisition de la langue maternelle
n’implique pas un stockage passif d’une multitude d’exemples, mais un processus actif
d’élaboration de différents types de règles qui constituent le code linguistique.
L’ACI repose sur le principe selon lequel toute unité complexe est susceptible d’être décomposée
en unité de rang immédiatement inférieur. L’ACI décrit la structure hiérarchique des phrases
notamment grâce à plusieurs types de schémas éprouvés (parenthèses, « boîtes »), mais un
consensus s’est progressivement établi pour utiliser des graphes arborescents communément
appelés arbres. Ces systèmes de représentation de la structure hiérarchique des phrases sont
appelés indicateurs syntagmatiques.
L’ACI permet de dégager le réseau de relations qu’entretiennent les mots ou groupes de mots au
sein de la phrase. Le résultat de l’ACI consiste en une hiérarchie d’éléments et d’assemblages
d’éléments, c’est-à-dire en un système inclusif capable de figurer les relations de dépendance
qu’un élément (ou groupe d’éléments) entretient avec un autre élément (ou groupe d’éléments).
Le principe de base d’application de la procédure est le suivant : on considère que deux éléments
sont associés lorsqu’on peut leur substituer un élément unique, cette association reçoit une
étiquette destinée à identifier le syntagme ainsi dégagé. Soit la phrase cette petite fille promène
le chien de la voisine. En procédant de la droite vers la gauche, on constate que :
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a-la + voisine peut être remplacé par un nom « unique » (SOMA, Salif, etc.) : c’est un syntagme
nominal. La et voisine sont les constituants immédiats de de ce SN ;
b- de + SN peut être remplacé par « noir », « méchant », etc. : c’est un syntagme prépositionnel
(SP) ;
c - chien + SP peut être remplacé par « chat », « bébé », etc. Il équivaut à un nom mais n’est pas
un SN autonome: c’est un membre nominal (MN)
d-le + MN peut être remplacé par les hypocoristiques « Médor », « Patience », etc. : c’est un SN ;
e-Promène + SN peut être remplacé par « dort », «mange », etc. : c’est un syntagme verbal (SV) ;
f-l ’association du mot suivant avec le SV n’est plus possible ; le SV doit être considéré comme
l’un des constituants majeurs de la phrase ;
g-en revanche, petite + fille peut être remplacé par « enfant », « dame », etc., c’est un MN ;
h-Cette + MN peut être remplacé par « Fati », « Marie », etc. : c’est un SN, il représente l’autre
constituant majeur de la phrase. SN et SV sont les constituants immédiats de P.
Cette structure est représentable par un schéma qu’on appelle boite de Hockett.
SN
SP
MN
MN SN
SN SV
P
III.1.2. Le parenthésage
Il est également possible de représenter cette structure par un système de parenthèses qui
symbolisent les divers niveaux d’inclusion, mais la lecture en est difficile.
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Le parenthésage (ou parenthétisation ou encore schéma de Wells) est un mode de représentation
d’une structure hiérarchique utilisé en syntaxe, concurremment avec la représentation par graphes
arborescents et la boite de Hockett, pour permettre une visualisation des relations fonctionnelles
entre les constituants de la phrase. Il consiste à linéariser une dérivation syntaxique au moyen
d’un système de parenthèses emboîtées et étiquetées.
Soit la phrase P (La fillette lit un roman), formée de deux constituants, (i) un syntagme nominal
SN (la fillette), composé d’un déterminant D (la) et d’un nom N (fillette), (ii) un syntagme verbal
SV (lit un roman), composé d’un verbe V (lit) et d’un syntagme nominal SN (un roman), composé
d’un déterminant D (un) et d’un nom N (roman). On obtient par exemple le parenthésage suivant
: (P [SN (D la) (N fillette)] [SV(V lit) (SN(D un) (N roman)])
La représentation la plus claire et la plus familière est celle du diagramme en arbre où chaque
constituant est identifié par un nœud :
La case
Cette représentation peut être affinée par l’usage de symboles catégoriels qui permettent de
procéder à l’identification grammaticale des constituants, et donc à l’analyse syntaxique : P
(Phrase), SN (Syntagme nominal), SV (Syntagme verbal), D (Déterminant), N (Nom), V (Verbe).
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P
SN SV
D N V SN
D N
On appelle nœud tout symbole d’où partent des branches : ainsi P, SN, SV sont des nœuds dans
cet arbre. Chaque nœud porte une étiquette, qui est le symbole d’une catégorie syntaxique :
déterminant, verbe, etc
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La phrase P a pour constituants immédiats (CI) le SN La pluie et le SV inonde la case. Le SN
la pluie a pour CI le déterminant la et le nom pluie. Le SV inonde la case a pour CI le verbe
inonde et le SN la case, lui-même formé des CI la, déterminant, et cave, nom.
-Les catégories auxquelles appartiennent les divers composants de la phrase; on voit que pluie
est un nom, inonde un verbe, etc.
-Une représentation des fonctions syntaxiques occupées par ces éléments et donc de leurs
relations avec les autres constituants : par exemple case (en position de SN à droite de V)
apparaît dès lors comme un complément du verbe, déterminé par la, etc. Cette notion de
fonction est centrale en syntaxe; elle suppose qu’une phrase forme un tout structuré dans lequel
chaque constituant a un rôle à jouer. Ces fonctions sont en nombre limité pour une langue
donnée (sujet, attribut, etc.). En aucun cas il ne faut confondre les fonctions avec les catégories
: la même fonction peut être assumée par diverses catégories (ainsi peuvent être sujet
grammatical aussi bien un SN qu’un verbe à l’infinitif) et la même catégorie peut avoir diverses
fonctions (un SN peut être sujet, complément d’un verbe, d’un autre SN, etc.).
Si on lit un arbre de haut en bas, on saisit la hiérarchie des constituants, de l’unité supérieure
(P) aux plus petites. Si on lit de bas en haut, on dégage progressivement les relations
syntagmatiques entre les éléments, c’est-à-dire les groupes d’éléments formant des unités
syntaxiques. La phrase n’apparaît pas comme une simple suite linéaire de mots, mais comme
une hiérarchie de groupes syntaxiques s’emboîtant les uns dans les autres pour former des
unités de plus en plus vastes convergeant vers P.
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P
SN SV
Dét MN V SN
Adj N Dét MN
N SP
Prép SN
Dét N
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