La France interdit à ses jeunes conducteurs de conduire un bolide : "Cette initiative devrait être reproduite chez nous", commente une association
L'Association des parents d'enfants victimes de la route plaide pour suivre l'exemple français. Le ministre fédéral de la mobilité, Jean-Luc Crucke, veut ouvrir le débat.

- Publié le 04-08-2026 à 06h30

Faut-il retirer aux jeunes conducteurs le droit de conduire des bolides une fois le permis en poche ? La question revient régulièrement sur le devant de la scène en raison de l'accidentologie importante dans cette catégorie. Selon les chiffres de l'Institut Vias, pas moins de 4.609 accidents de voitures avec blessés ou tués impliquaient un conducteur de moins de 25 ans l'an dernier. Soit environ 17 % de tous les accidents graves s'étant produits sur les routes belges.
Pour certains, le manque d'expérience des jeunes conducteurs est à pointer du doigt. Surtout lorsque ces derniers ont entre les mains de véritables bolides. Un coup de sonde lancé sur notre site laisse entrevoir un avis quasi anonyme sur la question : 97 % des répondants estiment qu'il faille interdire aux jeunes conducteurs de prendre le volant d'une voiture surpuissante. "J'ai eu mon permis de conduire à 18 ans et je peux vous dire que même avec une voiture d'occasion peu puissante (NDLR : Une Citroën Diane), je n'étais pas à l'aise malgré avoir suivi des heures de pratique avec une auto-école, commente ainsi Eric. J'ai eu quelques accrochages, pas très graves, les premières années et plus rien depuis 30 ans. Avec la circulation, la complexité de la circulation, son intensité, il ne faut pas de voiture de voiture de plus de 90 CV avant 24 ans minimum ! Cela en va de la sécurité de tous."
En France, le débat faisait rage depuis quelque temps déjà. Il est désormais terminé. Le Parlement français a définitivement adopté la loi Ripost (Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l'Ordre Public, la Sécurité et la Tranquillité). Il s'agit d'un arsenal de mesures dont certaines touchent directement la conduite automobile : l'article 3 de la loi interdit désormais aux jeunes conducteurs (jusqu'à 3 ans après l'obtention de leur permis) de "conduire, pendant le délai probatoire un véhicule dont la puissance du moteur dépasse un seuil déterminé par voie réglementaire."
Quelle puissance ? Le flou est toujours présent. Le décret fixant le seuil de puissance maximal devrait le définir à l'automne prochain.
L'ASBL Save applaudit l'initiative française
Chez nous, l'association de parents d'enfants victimes de la route (Asbl SAVE) applaudit des deux mains l'initiative française. Et invite les autorités belges à embrayer. "C'est une excellente idée et elle devrait être implémentée en Belgique également, commente Roel De Cleen, membre de l'asbl. Entre les mains de conducteurs inexpérimentés, ces véhicules peuvent devenir des armes. Leur en interdire l'accès, c'est assuré leur sécurité mais également celles des autres usagers de la route."
Chaque année, l'association doit déplorer le décès de dizaines de jeunes sur les routes. Une certaine partie d'entre eux étaient à bord de véhicules puissants. "Ces voitures sont souvent plus grandes et roulent plus vite. Elles peuvent constituer un danger pour la sécurité routière. Notamment car les jeunes sont moins conscients des risques qu'ils prennent que les automobilistes plus expérimentés. Il faudrait donc interdire les véhicules trop puissants aux conducteurs qui viennent d'avoir leur permis."
Jean-Luc Crucke : "Nous devons ouvrir le débat"
Contacté via son cabinet, le ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke (Les Engagés) souhaite ouvrir le débat sur la question. "La puissance d'un véhicule ne peut jamais devenir un facteur de mise en danger des autres usagers, nous répond-il. Nous devons ouvrir le débat sur des conditions d'accès plus progressives aux véhicules les plus puissants, notamment pour les conducteurs les moins expérimentés. Cette réflexion devra toutefois être menée avec discernement : il n'est pas question que de telles mesures pénalisent les ménages moyens ou empêchent l'exercice d'une activité professionnelle. L'objectif n'est pas de stigmatiser, mais de mieux protéger, en trouvant un équilibre entre sécurité routière, liberté de déplacement et réalités socio-économiques."
Vias : "Ça va trop loin"
Selon l'Institut Vias, pourtant ardent défenseur de la sécurité routière, ce ne serait pas la solution. "D'abord parce qu'il n'est pas prouvé scientifiquement que les accidents impliquant des jeunes se déroulent avec des voitures très puissantes, commente Benoît Godart, porte-parole de l'Institut. On n'a pas de données là-dessus. Bien sûr il y a sur les réseaux sociaux des vidéos de jeunes qui conduisent des voitures très puissantes – on en a beaucoup parlé avec le procès Falzone – mais c'est loin d'être la majorité. En Belgique, un conducteur qui a son permis depuis moins de deux ans ne peut déjà pas commettre des infractions du troisième degré sous peine de devoir repasser ses examens. On pourrait aller plus loin mais peut-être pas jusqu'à interdire aux jeunes de conduire des voitures puissantes, ça me paraît aller un peu trop loin."
Par ailleurs, les voitures plus puissantes sont aussi celles qui, en général, ont les options de sécurité les plus avancées. "Et puis, surtout, on peut très bien conduire comme un fou une petite voiture. Je pense que ça dépend surtout de l'éducation. Dans mon quartier, je vois régulièrement un jeune rouler très vite à bord d'une petite voiture malgré une zone 30. À l'inverse, un autre jeune roule très calmement lorsqu'il roule avec la Porsche de son papa. Quand Sofiane Kiyine (NDLR : le joueur de foot qui s'est envolé après avoir heurté un rond-point), il ne roulait pas en voiture superpuissante."
Si sa voiture venait à être interdite aux jeunes conducteurs, cela signiferait qu'un nombre très important de voitures leur seraient interdites. "Et tous les ménages n'ont pas les moyens d'acheter une petite voiture pour leurs enfants. Cela voudrait dire que ces derniers ne pourraient plus conduire après l'obtention de leur permis ? Ça n'aurait aucun sens et ce serait néfaste pour la sécurité routière."
Pourquoi par un terugkommoment à la flamande ?
Quelle solution devrait-on dès lors prendre ? "En Flandre, ils ont le terugkommoment, commente Benoît Godart. Quelques mois après avoir obtenu son permis, le jeune conducteur doit repasser trois heures sur la piste pour montrer qu'il n'est pas arrivé à la fin de sa carrière d'apprenant au volant."
Le jeune conducteur est en effet soumis à des tests de freinage, à du slalom, à un test d'évitement sur route verglacée. "Et quand il part en toupie, ça a un effet interpellant. Le jeune se rend que, certes il a son permis, mais qu'il doit quand même faire attention. Cette mesure devrait, selon Vias, être instaurée aussi à Bruxelles et en Wallonie."
Selon les données de Vias, les jeunes seraient d'ailleurs de plus en plus prudents sur nos routes. "Alors qu'en 2005, un quart des accidents corporels (NDLR : avec blessés ou tués) impliquaient un conducteur de moins de 25 ans, ce taux est passé à 17 %."