Incendie dans les Fagnes : le ministre du Climat, Jean-Luc Crucke, appelle à "une sortie des énergies fossiles" et va réunir les 7 ministres du climat
Alors que les pompiers luttent toujours contre le feu dans les Hautes Fagnes, le ministre du Climat sort du silence.

- Publié le 19-08-2026 à 19h16
- Mis à jour le 20-08-2026 à 06h42

C'était la bonne nouvelle du jour, ce mercredi. L'incendie qui ravage les Hautes Fagnes depuis dimanche est désormais entièrement encerclé. Ce mercredi, les moyens aériens ont intensifié les largages et les dernières personnes évacuées ont pu rentrer chez elles. La prudence reste toutefois de mise : plusieurs foyers couvent encore et le feu n'est pas officiellement éteint. L'occasion pour le ministre fédéral du Climat, Jean-Luc Crucke, de faire le point sur la situation, en long et en large. Entretien exclusif.
Pour commencer, quelle a été votre réaction, à chaud, en découvrant la catastrophe dans les Fagnes ?
Je pense que l'essentiel, à ce moment-là – et c'est toujours le cas aujourd'hui –, était d'avoir une totale solidarité, d'abord à l'égard de ceux qui sont victimes de cet incendie. C'est une catastrophe naturelle, écologique, économique, sociale et, à mon avis, également sanitaire. À ce moment-là, je trouve qu'il n'y avait pas lieu de surenchérir ni d'entrer dans la polémique. Au-delà de cela, j'ai évidemment eu une réaction de tristesse, parce que je connais bien les Hautes Fagnes. Je les ai souvent traversées à pied. Mais je ne peux pas m'empêcher non plus de me remémorer le fait que mon administration, le CERAC, avait, in tempore non suspecto, c'est-à-dire au premier trimestre 2025, alors que j'étais à peine ministre, sorti un rapport qui pointait clairement le risque de feux de forêt. Mais il pointait surtout ce que le CERAC considérait comme une forme d'impréparation, ou en tout cas une préparation insuffisante face à ce risque. Et il arrive plus rapidement que ce que certains scientifiques avaient prévu.
Qu'avez-vous fait de ce rapport ?
À l'époque, j'ai adressé ce rapport à toutes les autorités, à tous mes collègues, qu'ils soient régionaux ou fédéraux. Et j'ai également demandé qu'on me réponde sur cette nécessité d'avoir – ce que je dis depuis très longtemps – une meilleure collaboration entre les entités.
On repense aussi à la réunion interfédérale que vous aviez organisée le 1er juillet dernier. Vous aviez fustigé l'absence du cabinet Dolimont et déploré le manque d'intérêt de "la droite conservatrice wallonne". Une position maintenue aujourd'hui ?
Je continue à penser qu'au regard de tous ces événements, une table ronde permettant de réunir tout le monde aurait été intéressante. Mais je ne vais pas commencer à régler des comptes. Moi, ici, je veux regarder vers le futur. Ce genre d'événement doit, à mon avis, permettre à tout le monde de prendre de la hauteur.
Et puis, cet été est record et marquera les mémoires. On entend partout parler de "prise de conscience", la ressentez-vous ?
On dit souvent qu'on a toujours tort d'avoir raison trop tôt. Si, pour une fois, on pouvait avoir raison d'avoir eu raison trop tôt, cela ne me dérangerait pas. En toute honnêteté. Pour moi, l'été que nous venons de vivre doit au moins permettre à chacun de tirer deux grandes conclusions. La première ne concerne pas directement mes compétences : il faut s'adapter au monde qui est en train de changer sur le plan géopolitique. Le risque russe n'est pas un risque illusoire. Nous avons également vu les bouleversements au Moyen-Orient. Mais la deuxième leçon que nous devons tirer, c'est qu'au-delà de l'adaptation à un monde qui change, il faut également s'adapter à un climat qui est en pleine métamorphose. Celui qui ne comprend pas cela aujourd'hui… À la base de tout cela, il faut revenir à l'essentiel : si nous vivons ce dérèglement climatique, c'est parce que nous avons massivement consommé des énergies fossiles.
Il faut donc y mettre fin ?
À un moment donné, la sortie du fossile est non seulement naturelle sur le plan climatique, mais elle devient également naturelle sur les plans économique, social et sanitaire. Personne ne va me faire croire que les étés tels que nous les vivons aujourd'hui sont bons pour l'économie. Quelqu'un qui doit travailler par 40 degrés est forcément moins performant. Et il a déjà beaucoup de chance s'il est encore en état d'aller travailler le lendemain et qu'il n'est pas malade. Ce n'est donc pas bon pour l'économie et ce n'est pas bon pour la santé non plus. Cela entraîne également des dépenses supplémentaires de santé.
Qu'attendez-vous de vos partenaires de l'Arizona désormais ?
Il y a évidemment plusieurs sensibilités au sein du gouvernement. Mais nous avons tous vécu le même été. Qu'il existe encore des gens qui soient plus sceptiques ou qui croient moins à certaines choses, c'est certain. Mais si, après ce que nous vivons aujourd'hui, il n'y a toujours personne qui le ressent, alors je ne sais pas ce qu'il faut.
Avez-vous une proposition concrète à mettre rapidement sur la table pour répondre à tous les défis auxquels cet été 2026 nous a confrontés ?
J'ai l'intention, à la rentrée, lorsque les choses se seront un peu calmées, de réunir les sept ministres compétents en matière de climat, d'environnement et de nature. Je veux les réunir pour que nous puissions faire le point ensemble et voir dans quelle mesure une collaboration peut exister. Je n'ai pas encore arrêté l'agenda. Je vais vous donner un exemple très concret : les lieux de rafraîchissement. Est-ce qu'on ne pourrait pas imaginer que, pour l'ensemble de la Belgique, nous ayons une seule carte ou un seul site reprenant tous les lieux de rafraîchissement ? Un site disponible en français, en néerlandais, en allemand et en anglais.
Au fond, faudrait-il refédéraliser le climat ou revoir la répartition des compétences ?
Personnellement, j'ai toujours eu une position sur la question. J'ai toujours pensé que l'énergie et le climat gagneraient à être davantage traités au niveau fédéral. Mais ce n'est pas la situation institutionnelle actuelle. Pour être très clair : je pense que parler aujourd'hui d'une septième réforme de l'État nous ferait perdre énormément de temps. La situation budgétaire actuelle ne le permet pas. Et les urgences qui sont devant nous, notamment l'urgence climatique, exigent surtout de la réflexion et une collaboration intelligente.
Vous souhaitez également revoir toute l'architecture fédérale de l'expertise climatique. Qu'est-ce que cela signifie ?
À la fin du mois de septembre, je présenterai au gouvernement, comme le prévoit d'ailleurs l'accord de gouvernement, une refonte de l'ensemble de l'architecture fédérale de l'expertise climatique. Cela concerne le CERAC, l'IFDD – l'Institut fédéral pour le développement durable –, le Belgium Climate Centre et je proposerai également d'associer à cette architecture l'IRM, l'Institut royal météorologique, qui dispose d'une compétence très spécifique. Et pas uniquement, comme on le croit trop souvent, pour prévoir la météo du lendemain. Pour moi, l'IRM est également un outil d'anticipation et de résilience. Je vois ce qui se passe en France avec Météo-France, au Royaume-Uni avec le Met Office ou aux Pays-Bas, où l'institut météorologique est véritablement devenu un institut de prévision et un outil au service de la prévention et de la sécurité. Je crois donc que l'IRM a tout à fait sa place dans un attelage comme celui-là.