Faut-il réduire le nombre de jours de congé des parlementaires ? "Pourquoi pas ? Mais il est faux de croire qu'on ne fait rien"
Nous avons sondé les partis francophones de la Chambre des représentants. De manière générale, aucun d'entre eux n'est opposé à une modification du calendrier parlementaire. Ils précisent cependant qu'ils ont déjà repris le travail.
- Publié le 02-09-2026 à 09h17
- Mis à jour le 02-09-2026 à 09h19

Si Frédéric De Gucht voulait attirer l'attention, il a réussi. Lundi, le président d'Anders a fait une proposition fortement commentée au nord du pays. Il propose de réduire drastiquement les congés parlementaires. Selon lui, la pause estivale ne devrait plus durer qu'un mois maximum, avec une fermeture des parlements du 15 juillet au 15 août, afin de se rapprocher du monde du travail. "1,2 million d'enfants vont à l'école le 1er septembre, mais la politique reste en vacances. Ce n'est plus de notre époque", lance le libéral flamand.
Pour le Bruxellois, le monde politique est en profond décalage avec le reste de la société. "Incendie dans les Hautes Fagnes. Fusillades à Bruxelles. Pendant ce temps, notre économie ne tourne pas du tout : zéro pour cent de croissance, une inflation élevée, des taux d'intérêt très élevés… et le budget continue de déraper. Mais que fait la politique ? Elle éteint la lumière pendant deux mois."
Lui qui vient du privé lance la comparaison. Si un entrepreneur faisait cela avec son entreprise, "il devrait mettre la clé sous la porte en un rien de temps." Et de conclure : "Il est temps que la politique suive cet exemple"
Le travail a repris
Interrogés par nos soins, les partis francophones au parlement ne se disent pas opposés à l'idée. Mais tous font valoir qu'ils travaillent déjà fin août et que, dans les faits, la reprise est effective depuis longtemps.
"C'est une fausse image de penser qu'on est là, les doigts de pieds en éventail, en train d'attendre la rentrée", réagit Benoît Piedbœuf, chef de groupe MR et également bourgmestre de Tintigny, qui assure n'avoir pris que quinze jours de congé sur deux mois. "Peut-être que ceux qui font ces propositions se sont tourné les pouces pendant deux mois. Nous, en tout cas, en été, on est sur le terrain. On a travaillé sur la pension des artistes, par exemple. Aucun problème si on me dit qu'on reprend le 15 août. Mais je préfère travailler sur le terrain que d'entendre des parlementaires s'écouter parler dans le vide inutilement."
Sarah Schlitz se dit favorable à une réduction des congés parlementaires même si, dans la réalité, elle est déjà à pied d'œuvre depuis des semaines. "Je suis rentré le 16 août et, depuis, je n'ai pas arrêté", explique la cheffe de groupe Ecolo-Groen qui profite de cette trêve estivale pour rencontrer davantage d'hommes et de femmes du terrain. Elle rappelle par ailleurs que des commissions sont déjà actives, notamment celle qui s'est organisée sur l'incendie dans les Hautes-Fagnes et celle prévue sur les fusillades. Selon l'écologiste, le vrai problème porte sur le manque de disponibilité des ministres et la difficulté à mesurer réelle les présences parlementaires. "Elles sont essentiellement mesurées à travers les votes. Or, certains ne viennent que pour voter et sont absents du reste. Certains députés ne sont même pas membres de commissions."
Déjà de retour
Sofie Merckx, pour le PTB, indique que leurs députés "ne prennent que trois semaines de vacances". Bien que ses équipes soient "déjà de retour au parlement", la cheffe de groupe précise ne pas être "contre le principe de reprendre plus tôt, surtout le contrôle parlementaire". Mais cela implique une autre difficulté : il faut que les ministres eux-mêmes soient disponibles. Ce qui n'est pas toujours le cas.
"Monsieur De Gucht semble mal connaître le job des députés", répond Aurore Tourneur, cheffe de groupe Les Engagés. "On n'attend pas la mi-octobre pour recommencer à bosser. Mais aucun problème pour revoir tout ce qu'on veut : l'essentiel, c'est l'efficacité !"
Pierre-Yves Dermagne, chef de groupe PS, juge "erroné de faire croire que le parlement est à l'arrêt du 21 juillet à la mi-septembre" et, citant les commissions sur l'incendie des Fagnes et sur les fusillades à Bruxelles, rappelle que le parlement se réunit quand l'actualité l'exige. "Ensuite, c'est aussi un temps que les députés mettent à profit pour faire des visites de terrain, rencontrer la société civile, nourrir les débats d'idées, préparer le travail de l'année… En tout cas, nous au PS nous sommes déjà rentrés."
Contacté, le président de la Chambre, Peter De Roover (N-VA), juge la proposition "mauvaise".
Elle est loin l'époque où la rentrée à la Chambre se faisait après la saison de la chasse pour que les bourgeois ne soient pas incommodés.
