Formations de clans, manque d'effectif et problèmes d'infrastructures : pourquoi plus de 20 % des places en centres fermés sont inexploitables
Un rapport officiel du SPF Stratégie & Appui, consulté par la DH, révèle que 148 places, soit 21,5 % de la capacité totale, sont hors d'usage.

- Publié le 04-09-2026 à 15h59
- Mis à jour le 04-09-2026 à 18h03

En théorie, la Belgique dispose de 689 places dans ses six centres fermés pour l'exécution des retours forcés. Dans les faits, un rapport officiel du SPF Bosa (Stratégie & Appui) consacré à l'organisation des centres fermés de l'Office des étrangers, que la DH a pu consulter, révèle que 148 de ces places étaient hors d'usage au 20 mai 2026.
Fin août, le procureur du Roi Julien Moinil dénonçait pourtant les conséquences du manque de places en centres fermés, citant le cas de vingt personnes arrêtées pour trafic de stupéfiants et toutes relaxées par l'Office des étrangers. Il déplorait que certains auteurs cumulent "cinq ou dix ordres de quitter le territoire" sans jamais les exécuter.
Or, il apparaît que certains établissements comme celui de Caricole, situé à côté de l'aéroport de Bruxelles-Airport, sont presque intégralement opérationnels, tandis que d'autres, à l'image de Vottem, ont plus de la moitié de leur capacité fermée.
Au-delà des chiffres bruts de personnel et d'infrastructure, le rapport épingle la gestion des équilibres à respecter entre nationalités au sein des centres fermés. C'est le service Dispatch, la cellule qui centralise l'attribution des places, qui joue ce rôle de régulateur. Il ne se contente pas de vérifier qu'une place est vide : il évalue si elle est adaptée au profil du dossier à placer. Parmi les critères pris en compte : le sexe, les besoins médicaux et psychologiques, l'aptitude à la vie en groupe et la nationalité, en fonction de la composition globale du groupe.
Le rapport précise ceci : "une concentration trop importante de certains profils ou de certaines nationalités dans un même centre peut entraîner des tensions, des formations de clans et des incidents. Une place qui est théoriquement libre n'est, dans la pratique, pas nécessairement exploitable pour n'importe quel profil."
"Lorsqu'un nationalité est trop représentée, cela peut entraîner des tensions"
Contacté, le cabinet d'Anneleen Van Bossuyt (N-VA) ministre en charge de l'Asile et la Migration, confirme qu'un taux d'occupation de 100 % n'est pas réalisable en pratique. "Il y a toujours un certain nombre de places temporairement indisponibles, notamment en raison de travaux d'entretien", indique sa porte-parole Paulien Blondeel. "Par ailleurs, nous devons en permanence conserver un certain nombre de places tampons. Des admissions peuvent en effet avoir lieu à tout moment et provenir de différentes sources."
"Il est également exact qu'une répartition équilibrée des différentes nationalités entre les centres fait l'objet d'une attention particulière. Lorsqu'une nationalité est trop fortement représentée, cela peut entraîner de l'agitation et des tensions au sein des groupes de vie. Une répartition équilibrée contribue à maintenir le calme et la sécurité dans les centres", conclut-elle.