Sécheresse: faudra-t-il accepter des fruits et légumes plus petits ou moins beaux dans les supermarchés belges ? "On se renvoie un peu la balle…"
Après un été marqué par la chaleur et le manque de pluie, une partie des récoltes ne répond plus aux critères esthétiques habituels. La France adapte déjà ses rayons. En Belgique, la réflexion ne semble pas encore avoir commencé.

- Publié le 03-09-2026 à 15h07

Pommes cabossées, poires plus petites, légumes difformes… En France, les "Gueules cassées" vont retrouver les supermarchés. Ce label valorise à prix réduit des produits parfaitement consommables, mais écartés en raison de leur apparence. Selon Le Parisien, il doit être relancé à la mi-septembre : des milliers de tonnes de pommes, puis de poires, raisins, figues, prunes, poireaux, choux, céleris ou courges pourraient être commercialisées.
L'initiative répond aux conséquences de l'été : chaleur et sécheresse ont réduit les rendements, mais aussi modifié la taille, la couleur ou la texture des récoltes. La France adapte également certaines règles pour certains de ses fromages les plus connus. Ainsi, les cahiers des charges du cantal, du bleu d'Auvergne et de la fourme d'Ambert ont temporairement été assouplis : faute d'herbe, les éleveurs pourront acheter une partie de leur fourrage hors de la zone des appellations.
Pas encore de démarche en Belgique
Chez nous, aucune adaptation comparable des critères esthétiques ne semble se dessiner. On nous explique ainsi que les consommateurs belges sont plus exigeants que leurs voisins français, par exemple. Il est très difficile de vendre des produits aux critères physiques moins exigeants, même si le prix est moindre.
"J'en ai discuté avec des membres de la distribution et avec des producteurs. Du côté de la distribution, ils me disaient qu'ils n'en avaient pas entendu parler au sein de leur équipe. Du côté des producteurs, leurs acheteurs n'avaient pas mentionné le fait de tenir compte de la sécheresse et de son impact sur les calibres et l'aspect des fruits", explique Mathilde Eck, chargée de projet au Collège des producteurs wallons.
Elle juge pourtant la piste pertinente. "Je trouve que c'est un sujet particulièrement intéressant sur lequel on pourrait travailler, sachant que la France le fait."
La situation pourrait aussi toucher les prix. Le chou-fleur en offre déjà un exemple : les volumes sont faibles et le prix payé aux producteurs par les magasins est élevé, même si chaque enseigne décide ensuite de ses tarifs et promotions.
Refuser les produits imparfaits réduirait encore une offre limitée. "J'ai souvent le prisme du producteur, mais le prisme du pouvoir d'achat est hyper important aussi. On a déjà des rendements partout en Europe largement inférieurs à ce qu'on a l'habitude d'avoir. Et si, en plus, on déclasse ce qu'on a réussi à produire, alors on va manger beaucoup de compote ! C'est aussi une option", souligne Mathilde Eck. Les accepter permettrait de préserver le revenu agricole, de limiter le gaspillage et de maintenir davantage de produits sur le marché.
Distributeurs et clients se renvoient la balle
Reste l'idée persistante qu'un fruit doit être parfaitement calibré pour séduire. Mais tous les consommateurs n'ont pas les mêmes réflexes. "Dans des magasins en circuit court comme Paysans-Artisans, dans la province de Namur, ou chez de petits producteurs de la région liégeoise, les consommateurs ne rechignent absolument pas à acheter des fruits ou des légumes un peu hors calibre, avec de petites taches ou légèrement difformes", constate-t-elle.
Dans les grandes surfaces, chacun paraît attendre que l'autre fasse le premier pas. "On se renvoie un peu la balle. Les acheteurs disent : "Si je n'ai pas des fruits et légumes d'une qualité absolument nickel, les consommateurs ne vont pas les prendre." Et les consommateurs disent : "Moi, je prends ce qu'il y a dans le supermarché." Donc, on tourne en rond. On ne sait pas par quel bout prendre le problème pour arriver à conscientiser le consommateur à acheter des fruits et légumes plus petits, plus gros ou avec une petite tache", regrette-t-elle.
Moins beaux, mais parfois meilleurs
D'autant plus que l'apparence ne garantit pourtant pas la saveur. "Beaucoup de variétés de fruits et légumes ont été sélectionnées pour leur aspect visuel et leur capacité de conservation, au détriment du goût, rappelle Mathilde Eck. Le retour des tomates anciennes en est l'illustration : tomates ananas, Noires de Crimée ou cœurs de bœuf ont gagné les grandes surfaces malgré leurs tailles variables et leur conservation plus courte."
Car si elles se conservent beaucoup moins bien que la tomate ronde en grappe hypercalibrée qu'on a l'habitude d'acheter à n'importe quelle saison dans les supermarchés, elles ont beaucoup plus de goût. "C'est valable pour pas mal de variétés de pommes et de poires, moins connues que la Golden ou la Pink Lady, qui ont des goûts bien supérieurs mais sont moins jolies", avance encore Mathilde Eck.
Après avoir adapté leurs gestes pendant la canicule, les consommateurs pourraient ainsi devoir prolonger l'effort dans leurs achats.