"Je voulais un garçon, je le commandais..." : Matthieu Delormeau évoque ses nuits "chemsex"
À l'occasion de la sortie de son livre "Addictions : Il a suffi d'une fois…", Matthieu Delormeau se livre comme rarement. Drogue, chemsex, honte, reconstruction, télévision, Cyril Hanouna mais aussi Virginie Efira : le chroniqueur clivant de "Tout beau, tout neuf" revient sans filtre sur ses chutes, ses excès et les rencontres qui ont marqué son parcours.

- Publié le 19-05-2026 à 12h09
- Mis à jour le 19-05-2026 à 15h00

Matthieu Delormeau n'a jamais vraiment laissé indifférent. Chroniqueur grande gueule, figure clivante de la bande de Cyril Hanouna dans Tout beau, tout neuf, il agace autant qu'il amuse, divise autant qu'il captive. Mais derrière le personnage de télévision, volontiers provocateur et sûr de lui, se cache une histoire bien plus intime, qu'il choisit aujourd'hui de raconter dans Addictions : "Il a suffi d'une fois…". Dans ce livre, il revient sur ses années d'addiction à la drogue, l'engrenage du "chemsex", les excès, les chutes, puis le difficile travail de reconstruction. Lors de notre rencontre, Matthieu Delormeau s'est livré sans détour, avec cette franchise brute qui le caractérise.
Dans votre livre, vous racontez plusieurs années d'addiction. À quel moment est-ce que vous avez compris que vous n'étiez plus dans une consommation "maîtrisée" mais dans une véritable emprise ?
"Quand tu commences la drogue, pendant la première année, c'est bon, formidable. Tu es le meilleur au sport, tu es drôle, tu fais tout en deux heures au lieu de quatre. Puis, il y a un moment où ça descend et là, c'est la catastrophe. Et surtout, c'est trop tard. Je me suis rendu compte qu'il fallait que j'arrête quand mon associé m'a dit qu'il fallait que je reprenne les choses en main parce que ma société coulait. Je me souviens que je ne faisais que je n'allais plus au bureau. Je faisais que du télétravail et je me droguais toute la journée à la maison. Ce jour-là, j'ai tout mis aux toilettes et je me suis dit : "Allez, je me remets au boulot demain matin !" Je me suis endormi avec des médicaments. Quand j'ai ouvert mon ordinateur le lendemain, je voyais trouble, je n'étais même pas capable de répondre à un simple mail. J'étais déprimé, j'avais envie de vomir, je ne pouvais rien avaler, je transpirais, je tremblais. J'avais tous les symptômes du manque physique et psychologique. J'ai dû recommander de la drogue pour pouvoir travailler mais j'ai su que c'était fini."
Qu'est-ce qui vous a donné envie de coucher votre histoire sur papier ?
"Je le vois comme le plus beau projet de ma vie. J'ai essayé de faire du positif avec la cocaïne. J'espère pouvoir aider d'autres personnes qui vivent la même chose que moi. Je me dis que c'est un livre que j'aurais aimé lire. Ça décrit les véritables coulisses de l'addiction dans sa globalité. C'est aussi une démarche très égoïste car en aidant les gens, ces derniers m'aident à retrouver une estime de moi et à m'aimer. C'est un win-win. Mais, pour ça, il y avait une condition : il fallait que ce livre soit sincère. Il est donc très impudique, c'est vrai, mais chaque phrase est juste."
Est-ce que le fait d'être une personnalité publique vous a empêché de demander de l'aide plus tôt ?
"La première année, j'étais dans le déni. Je ne me voyais pas chuter. Mais, effectivement, le fait d'être une personnalité publique a empiré les choses parce que je savais qu'à vie, j'aurai cette étiquette : Matthieu Delormeau, le mec qui se défonce."
Qu'est-ce que la drogue a détruit en premier chez vous ?
"On perd tout avec la drogue : l'estime de soi, ses amis, son argent, son entourage, sa famille. Certaines choses sont irréversibles. Il y a des amis qu'on ne retrouvera jamais, des conséquences sur la santé. La première chose que ça m'a enlevée, c'était l'estime de moi. Je ne pouvais plus me regarder dans la glace. C'était la pire des choses. Pendant deux ans, je suis sorti quatre fois de chez moi. J'avais la chance d'avoir de l'argent donc je commandais tout. Je voulais un garçon, je le commandais… Je voulais de la drogue ou des médicaments, je les commandais… Je ne croisais donc pas trop le regard des gens. Le mien était déjà très difficile à vivre."
Quel impact votre garde à vue a-t-elle eu sur vous ?
"Ça a été un déclic. Je me suis vu, moi, un garçon de bonne famille avec un papa avocat, me faire arrêter par la police sur l'autoroute. Je me retrouve plaqué au sol par plusieurs policiers. On me met les menottes et puis dans une cage de 7 m² pendant 24 heures. Je savais que tout ça allait être dans la pièce et que mes proches allaient l'apprendre alors que personne ne connaissait mon état. Mais, quand je suis rentré de la garde à vue, je m'en foutais, je n'ai même pas regardé la presse. Ça faisait 24 heures que je ne m'étais pas drogué. La seule chose que je voulais, c'était appeler un dealer."
Aujourd'hui, avez-vous peur de replonger ?
"Pas du tout parce que je sais qu'on peut se soigner même si cela demande du temps. C'est ce que j'essaye d'expliquer aux gens dans ce bouquin. Ça fait un an que je ne touche plus à la drogue. C'est un cap important. Jusqu'à maintenant, quand je voyais de la drogue, mon cerveau se disait : "C'est bien, tu résistes." Aujourd'hui, si je trouve de la drogue, je la jetterais parce que mon cerveau associe cela au mal. Il sait ce qu'il va se passer derrière. Je ne veux plus me détester."
Vous livrez beaucoup d'anecdotes sur le "chemsex" (avoir des relations sexuelles sous influence, NdlR.), pratique dont vous étiez addict. Ressentez-vous un sentiment de honte lorsque vous repensez à cette période ?
"Pas du tout parce que je ne veux pas culpabiliser les gens qui le font. Quand tu as des rapports et que tu es sous influence, ça peut durer des heures et des heures donc, tu multiplies le plaisir. Tu n'as aucune anxiété. C'est bon, tu ressens les sensations beaucoup plus intensément. Mais, le problème, c'est qu'après ça, tu ne peux plus coucher sans produit chimique parce que ta libido ne se réveille plus. C'est pour ça qu'il est important de ne pas tomber là-dedans. Ça peut prendre des années avant de retrouver une libido normale."