L'Horeca dénonce "un véritable racket" et le prix des stationnements à Bruxelles : "On meurt à la pelle"
Les commerçants et restaurateurs bruxellois se plaignent de voir leur clientèle déserter la capitale.

- Publié le 19-06-2026 à 12h40

La coupe est pleine pour les restaurants, commerces et cafés du quartier du Châtelain, à Ixelles. "Les problèmes ont commencé lorsqu'a été acté, en 2022, l'aménagement du quartier en semi-piétonnier, raconte Marc Adam, marchand de chaussures. Près de 180 places de parking ont été supprimées et les travaux d'aménagement n'ont cessé de perturber la circulation. Cerise sur le gâteau : le prix indécent des parkings. On meurt à la pelle."
Ixelles n'est pas la seule commune de la capitale concernée. Les témoignages fusent d'Uccle, Watermael-Boitsfort et Schaerbeek, notamment. "Le prix et le manque de parking ont un gros impact sur nos activités, estime Frédéric Niels, gérant des restaurants réputés Au Vieux Saint Martin (au Sablon), Au Savoy (à Ixelles) et Au Grand Forestier (à Watermael-Boitsfort). Il arrive que certains clients reçoivent des amendes ou voient même leur voiture enlevée. Et quand ça arrive, je peux vous assurer qu'ils n'ont plus envie de revenir chez nous."
Bruxelles désertée ?
Un constat revient chez la plupart des commerçants interrogés : la Région bruxelloise serait désertée par les habitants des communes avoisinantes. Notons que cette donnée reste difficilement objectivable. Les flux automobiles vers la capitale dépendant de différents facteurs : la hausse du prix des carburants dû aux conflits au Moyen-Orient, le durcissement des règles de la zone à basses émissions en région bruxelloise, ou encore la généralisation de la pratique du télétravail depuis la crise du Covid.
Je constate que de nombreux clients issus de Waterloo, Braine, Uccle, Lasne, Rhode-Saint-Genèse… désertent la ville avec l'idée que l'accès y est compliqué."
"Je constate que de nombreux clients issus de Waterloo, Braine, Uccle, Lasne, Rhode-Saint-Genèse… désertent la ville avec l'idée que l'accès y est compliqué. Notamment avec le Bois de la Cambre que les médias ont contribué à faire passer comme impraticable en voiture", explique Benoît Van Overtvelt, "Bruxellois dans l'âme" et patron du restaurant Colonel Louise à Saint-Gilles depuis douze ans. Pour le restaurateur, l'impact du commerce en ligne a également modifié les habitudes des Belges. "On a parfois tendance à penser que c'est la politique de stationnement qui entraîne une désaffection de certaines zones, alors que simplement, les gens ont pris l'habitude d'acheter en ligne. Ils combinent moins qu'avant shopping puis restauration."
Face à ce constat, le restaurateur a décidé il y a six ans d'ouvrir un nouveau restaurant à Fort Jaco. Où le tourisme d'affaire est florissant. Il estime aujourd'hui que la plupart de ses clients se déplacent à pied ou en taxi. "Mes employés se déplacent aussi beaucoup à vélo ou en trottinette. Je n'ai reçu sur ma vingtaine d'employés qu'une demande de carte de riverain pour avoir accès au parking gratuitement. C'est 264 euros par an que je prends à ma charge. Ça reste donc minoritaire", complète-t-il.
Comme son confrère, lorsque Frédéric Niels a décidé d'ouvrir une nouvelle enseigne en 2022, il s'est éloigné du cœur de Bruxelles, optant pour Waterloo. À la lisière de la Région bruxelloise, cette commune séduit notamment pour sa politique de parkings gratuits.
"Qu'on se le dise, le prix des parkings en Région bruxelloise est un véritable racket, une taxe indirecte et déraisonnable sur notre chiffre d'affaires", dénonce Matthieu Léonard, président et porte-parole de la Fédération Horeca Bruxelles. La colère se ressent dans son discours tandis qu'il confie son sentiment d'être taxé "à tous points de vue et à tous niveaux de pouvoir".
La fiscalité est telle, ajoutée aux taxes comme le stationnement, que nous sommes asphyxiés. Économiquement, on ne sait plus assumer."
Un système "asphyxiant"
Certaines communes tendent à s'adapter à ces discours de détresse. À Ixelles, notamment, la fin des contrôles des stationnements payants a été avancée à 19 heures au lieu de 21 heures dans l'ensemble des zones rouges de la commune (quartiers commerciaux où les parkings sont payants avec un maximum de deux heures de stationnement). "Généralement, la majorité du chiffre d'affaires de l'Horeca se fait en soirée. Devoir payer un parking jusqu'à 21 heures, à des montants qui peuvent dépasser la note de votre restaurant, cela ne passe pas", ajoute Matthieu Léonard, qui apprécie donc le geste de la commune. Mais il rajoute : "On est face à un problème systémique. La fiscalité est telle, ajoutée aux taxes comme le stationnement, que nous sommes asphyxiés. Économiquement, on ne peut plus assumer. On comprend les problèmes de mobilité et de climat mais tout le monde ne peut pas se permettre de se déplacer en transport en commun. Les communes du sud-est de Bruxelles, notamment, sont assez mal desservies. Et les parkings y sont trop chers. Parking. Brussels ne fait pas la part des choses."
Parking. Brussels, qui contrôle le stationnement pour treize communes bruxelloises (bientôt quatorze car l'agence a décroché cette semaine un contrat avec Saint-Josse), précise que les zones de stationnement sont décidées par les communes et que les tarifs sont fixés par la Région. "Le principe global, c'est qu'on cherche avant tout à protéger les riverains, à permettre aux habitants des zones concernées de pouvoir se garer plus ou moins près de chez eux. Mais nous travaillons pour trouver un équilibre entre la nécessité de favoriser les commerces locaux et la possibilité pour les habitants de se garer dans des conditions confortables", conclut le porte-parole de l'agence, Pierre Vassart.