"Le Ring de Bruxelles forme un B inversé, le B de Belgique": pendant cinq ans, ce photographe a longé le Ring pour mettre en lumière son impact
Le photographe woluwéen Bram Penninckx a parcouru 700 km le long du Ring pour son nouveau livre illustré. "Je suis parti avec la question : quelle est l'influence du Ring sur le paysage ?" Rencontre avec ce bourlingueur autoroutier.

- Publié le 19-02-2026 à 13h00
- Mis à jour le 19-02-2026 à 14h40

700 kilomètres à pied le long du Ring. Le photographe woluwéen Bram Penninckx a bourlingué pendant cinq ans le long de l'autoroute bruxelloise. Le comble ? "Je n'ai pas le permis", sourit le Bruxellois.

ll y a quelques années, ce photographe signait "Brussels en route". Pour ce recueil, l'artiste avait pris toutes les lignes de la Stib. Après les transports en commun bondés, le Woluwéen a exploré les zones désertiques le long des autoroutes. Le but de cet atypique périple : mettre en lumière non pas uniquement la rocade mais son impact visuel et sociétal. "Le Ring est le fil rouge de mon projet. Je suis parti avec la question : quelle est son influence sur le paysage ?"
Des No man's lands, des parkings, des zonings, des habitations… Avec son appareil, le photographe a marché d'Asse à Wezembeek-Oppem, de Waterloo à Dilbeek. Des balades tantôt urbaines, tantôt champêtres, mais toujours avec le bourdonnement de l'autoroute en toile de fond.
De quoi percevoir de manière tangible l'étalement urbain de Bruxelles. Pour s'y référer, le photographe évoque le concept de "città diffusa", cette urbanisation qui s'étend autour de la ville sans limite claire. "Bruxelles est la Région la plus pauvre du pays, entourée par les provinces les plus riches", répète l'artiste. "Le paysage n'a pas de carte de parti, mais il met en lumière les choix politiques." Et d'ajouter ironiquement : "La forme du Ring est particulière. Le Ring forme un B inversé, le B de Belgique."
Pollution et écoducs
Dans son projet artistique, les frontières occupent une place prépondérante, bien que peu palpable. "Là se trouve la frontière régionale", pointe Bram Penninckx en montrant un cliché d'abords du Westland Shopping à Anderlecht. "Ce petit ruisseau, c'est la frontière. Une frontière invisible. Mais, à d'autres endroits, comme à Neerpede, la frontière est bien plus visible. En une balade, on passe des buildings aux champs, aux forêts…"

Diluée au fil des photographies, la question de la nature se retrouve souvent en filigrane. Sur un cliché de la Forêt de Soignes apparaissent des tuyaux dénaturant le paysage boisé. "De l'eau noire venant du Ring se déverse dans la Forêt, avec toute la pollution que cela implique…" À l'inverse, à Asse, un petit ponton a été immortalisé. "J'y suis passé en 2020, ils étaient en train de construire quelque chose. Désormais, c'est une vraie réserve naturelle."


Idem pour les écoducs qu'on voit fleurir au-dessus des autoroutes, à Hal, Groenendael et peut-être demain à Jette. "C'est très positif. Un garde forestier m'a expliqué qu'on trouve désormais d'un côté du Ring des chauves-souris qu'on ne trouvait pas de ce côté-là. Quand j'ai pris des photos, je voyais justement passer des chauves-souris."

"Bruxelles se retrouve coincée"
Les navetteurs ne le savent que trop bien. Pas de Ring sans travaux. La situation au carrefour Léonard à peine apaisée, de gros chantiers devraient se concrétiser en cette fin d'année. La Flandre prévoit en effet de titanesques travaux sur le Ring-Nord entre les deux E40, de Zaventem à Grand-Bigard.
Bram Penninckx voit, dans ces plans, "de bonnes choses", notamment sur les aspects naturels et les écoducs. Tout en regrettant les renoncements des autorités flamandes en termes de transports publics, avec notamment le récent abandon du sneltram Bruxelles-Willebroek. "La Flandre ne veut pas que la ville s'agrandisse et Bruxelles se retrouve coincée."
Le livre "Ring" devrait sortir cet automne. Une publication qui sera suivie de conférences.