Faut-il s'inquiéter pour Remco Evenepoel après sa 3e place sur Liège-Bastogne-Liège et son coup de mou dans La Redoute ? Voici sa réponse
Longtemps dans la grande échappée surprise, le double vainqueur de l'épreuve n'a pas pu prendre la roue de Pogacar dans La Redoute, comme en 2025, mais il est tout de même satisfait de son printemps.

- Publié le 27-04-2026 à 06h48
- Mis à jour le 27-04-2026 à 09h33
Un podium sur un monument n'est jamais un mauvais résultat. Mais celui de Remco Evenepoel, ce dimanche, a une saveur un peu particulière. Un mélange de satisfaction et de déception au terme d'une journée folle qu'il a passée en grande partie… dans l'échappée, à la suite d'une chute qui a cassé le peloton après deux kilomètres seulement.
Le regroupement général a eu lieu au pied de la côte de Wanne puis la grosse bagarre a eu lieu dans La Redoute. Et comme l'an dernier, le double vainqueur de l'épreuve (2022, 2023) n'a pas été en mesure d'y prendre part. Il a terminé le meilleur des autres, derrière Pogacar et Seixas, en réglant le groupe des poursuivants au sprint. Un résultat qui a déclenché des applaudissements dans le bus Red Bull-BORA-hansgrohe. Mais autour du même bus, les supporters du Belge faisaient tout de même la moue.
160 kilomètres d'échappée : "C'était un accident"
On sait que le cyclisme moderne aime les bagarres lointaines. Mais là, on a battu des records. Avant même le début de la retransmission télé, le scénario de course avait échappé à toute logique. Dès le deuxième kilomètre, une chute d'Izagirre a provoqué une cassure, transformant la physionomie habituelle d'une échappée presque publicitaire. "C'était un peu un accident de course", résumait Evenepoel. Sans vraiment le vouloir, il s'est retrouvé propulsé dans un groupe… de plus de 50 coureurs. Avec Egan Bernal comme seul autre grand nom. Et avec un seul équipier : Nico Denz.
Et rapidement l'écart a commencé à monter. Jusqu'à atteindre… quatre minutes. Dans ce chaos organisé, la consigne dans l'oreillette du double champion olympique était simple : ne pas s'affoler. "Reste calme, économise tes forces", a souvent répété Klaas Lodewyck, le directeur sportif de Red Bull-BORA-hansgrohe. Evenepoel a appliqué les consignes. Peu actif dans les relais, il a traversé cette première partie de course sans véritable dépense excessive.
Mais cette configuration atypique a poussé le Belge à se poser une question centrale : faut-il subir ou agir ? "L'écart est devenu tellement grand qu'il était trop tard pour revenir en arrière, expliquait Evenepoel. L'entente n'a pourtant jamais été excellente (NdlR : toutes les équipes étaient représentées – sauf Decathlon CMA CGM – mais Evenepoel et Bernal étaient les seuls leaders). On aurait pu creuser beaucoup plus. Avec un coéquipier supplémentaire, les choses auraient pu être différentes. Mais je suis toujours resté protégé et je ne pense pas avoir perdu beaucoup d'énergie dans cette situation assez étrange, qu'on ne voit pas très souvent." Mais dans une course aussi longue que la Doyenne où chaque pourcentage compte, ce type de scénario a peut-être laissé une trace. "On analysera les données avec l'équipe pour savoir exactement l'impact que cela a eu", précisait Remco.
Largué au pied de La Redoute : "J'ai touché Seixas"
Si la jonction a eu lieu avant Wanne (puis dans Stockeu où quelques derniers fuyards ont été repris), c'est dans la Redoute que – comme c'est toujours le cas depuis 2022 – la course a explosée.
Bien placé à l'approche – entre la 5e et la 10e position – Evenepoel semblait dans le bon tempo. "Mais dans le virage au rond-point d'Aywaille, j'ai failli tomber en touchant le dérailleur de Paul (Seixas). C'était un moment risqué, cela m'a fait perdre quelques positions." Puis Pogacar et Seixas ont accéléré, sans que le Brabançon soit en mesure de répondre. "J'ai directement senti que j'allais dépasser ma limite si j'essayais de me mettre au même tempo, et que je ne jouerais pas un grand rôle", avouait-il.
Pendant que Tadej Pogacar et Paul Seixas produisaient un effort hors norme, Evenepoel a tenté de limiter la casse. "La manière dont ils sont partis était impressionnante", reconnaît Lodewyck. "Ils roulaient trop vite pour moi", ajoutait Evenepoel, bluffé par la manière avec laquelle Seixas a pu suivre Pogacar : " On se posait la question de savoir s'il pouvait tenir sur une course de six heures et la réponse est oui." Le manager général Ralph Denk confirmait l'évidence. "Les deux autres étaient simplement meilleurs."
Si la touchette avec Seixas a influé sur le placement, la différence s'est surtout faite à la jambe. Mais là où en 2025, Evenepoel avait baissé la tête et débranché dans la Roche-aux-Faucons (59e à l'arrivée), il a, cette fois, réussi à se remobiliser pour aller chercher un nouveau podium sur un monument en 2026, après celui sur le Tour des Flandres. Au prix d'une gestion intelligente. "Avec les jambes que j'avais, c'était le maximum possible."
Un printemps réussi : "Mieux que l'an dernier"
Si un champion comme Evenepoel avait forcément un goût amer au moment de franchir la ligne une minute et 42 secondes derrière le vainqueur, le bilan du printemps est loin d'être mauvais. "Podium du Ronde, victoire sur l'Amstel et podium à Liège. On peut parler d'une période très réussie", soulignait Lodewyck. "Par rapport à l'an dernier (NdlR : l'hiver d'Evenepoel avait été perturbé par une grave chute), le progrès est énorme", appuyait Denk.
Plus résistant, plus constant, plus explosif qu'il y a douze mois, Evenepoel a tout de même franchi quelques caps. Mais cette progression ne lui permet toujours pas de rivaliser avec un Tadej Pogacar intraitable. Ni avec le phénomène Seixas. Qui, eux, ne semblent pas connaître la loi des jours avec et des jours sans.
Inquiétant en vue du Tour de France ? "Il faut rester calme, il y a encore beaucoup de temps pour préparer le grand rendez-vous de juillet", tempère Evenepoel, dont la prochaine course au programme est le Tour Auvergne-Rhône-Alpes (le nouveau nom du Dauphiné) à partir du 7 juin. "J'ai accumulé pas mal de jours de courses dernièrement et j'ai roulé à un haut niveau sans avoir énormément de récupérations."
"Après ce qu'on a vu collectivement sur le Tour de Catalogne, on doit rester positifs, terminait Ralph Denk. J'ai beaucoup apprécié la force de caractère dont Remco a fait preuve ces dernières semaines." Tant après sa chute sur les routes catalanes qu'au moment où il a été distancé dans La Redoute. "Je lui tire mon chapeau."
Dès lundi, tous les regards seront tournés vers le Tour de France. Où la bagarre avec Pogacar, Vingegaard et probablement Seixas sera un immense défi. Qu'Evenepoel refuse d'esquiver. Parce qu'il croit toujours en son rêve.
