À 26 ans, Emmanouil Karalis est l'autre extraterrestre du saut à la perche
À Zurich, le perchiste grec s'est attaqué au record du monde (6,32 m) sous les yeux de son rival, mais aussi ami Armand Duplantis.

- Publié le 04-09-2026 à 14h16

Stade du Letzigrund. Zurich. Jeudi 27 août 2026. Un perchiste s'attaque au record du monde, à 6,32 m, et ce n'est pas Armand Duplantis ! C'est Emmanouil Karalis qui, à l'âge de 26 ans, vient d'améliorer sa meilleure marque personnelle de trois centimètres, à 6,20 m. Mais il est encore deuxième du concours car "Mondo" a franchi 6,25 m…
Alors, celui qu'on surnomme affectueusement "Manolo" et qui n'a vraiment pas froid aux yeux demande aux officiels de placer la barre à 6,32 m. Trois échecs plus tard, il sourit et tombe dans les bras de son illustre rival, multiple champion et recordman du saut à la perche, qui a lui aussi échoué à trois reprises.
"Mondo est mon ami, mais je veux le battre ! J'ai vu les vidéos de mes trois tentatives à 6,32 m. Il y avait du bon et du moins bon. Maintenant, je pourrais battre le record du monde et encore être deuxième parce que Mondo est un phénomène. Nous sommes différents comme l'étaient Serguei Bubka ou Renaud Lavillenie. Je suis plus fort, il est plus rapide. Je le pousse, il me pousse. Je suis très satisfait de ma saison, jusqu'ici. Je suis en bonne santé, en forme. Alors, qui sait ? Je suis en tout cas heureux de voir que la perche est de plus en plus médiatisée, notamment en Grèce. Après Zurich, j'ai assisté à un match de basket-ball et j'ai été très surpris d'être reconnu, salué. C'est sympa !"

Mais qui est cet autre extraterrestre ? Né le 20 octobre 1999, Emmanouil Karalis est grec par son père, Charalampos, et ougandais par sa mère, Sara, arrivée à Athènes alors qu'elle avait trois ans. "Manolo" est donc né et a grandi dans la capitale au sein d'une famille sportive. Son père fut décathlonien et est désormais son coach. Sa mère a pratiqué le saut en longueur et est très active dans le sport héllène.
Cible d'insultes racistes
Ses origines mixtes constituent une part essentielle de l'identité d'Emmanouil Karalis qui, dans sa jeunesse, s'est essayé à d'autres sports comme la natation et le karaté avant de se tourner vers le saut à la perche, en 2013. Mais elles furent aussi la source de problèmes qui auraient pu l'amener à abandonner.
Adolescent, Emmanouil fut, en effet, la cible d'insultes racistes alors qu'il n'avait aucun athlète grec noir qui puisse lui servir de modèle. À ses débuts dans l'athlétisme, on lui a dit que "les Noirs ne sautent pas à la perche". Heureusement, ces remarques écœurantes déplacées ne l'ont finalement pas empêché de poursuivre sa passion. Tout comme d'ailleurs sa sœur jumelle, Angeliki, qui est heptathlonienne.
Si certains athlètes ne voient en leurs adversaires que des rivaux, Karalis entretient une forte amitié avec nombre de ses concurrents, puisant sa motivation dans sa rivalité avec le Suédois Armand Duplantis et l'Américain Sam Kendricks.
"Nous nous connaissons depuis longtemps et c'est toujours un plaisir de pouvoir concourir face à des athlètes qui sont aujourd'hui les meilleurs perchistes de l'histoire. Ils me poussent vraiment à sauter plus haut."

Ces athlètes, Emmanouil Karalis est désormais un des leurs puisque, après avoir décroché la médaille de bronze aux Jeux de Paris en franchissant 5,90 m, il est entré dans le "cercle des perchistes à 6,00 m". Et, à ce jour, ils ne sont encore que vingt-quatre. C'était le 25 août 2024, à Chorzow, en Pologne.
"Nous vivons actuellement l'âge d'or du saut à la perche."
Par la suite, il a accompli des sauts de géant jusqu'au 26 février 2026, quand il a effacé 6,17 m, devenant ainsi le deuxième meilleur performeur de tous les temps, devant le Français Renaud Lavillenie (6,16 m) ainsi que le "Tsar", l'Ukrainien Serguei Bubka (6,15 m).
"Je me sens privilégié et particulièrement fier d'évoluer à la même époque que "Mondo", mais aussi tous les autres. Nous vivons actuellement l'âge d'or du saut à la perche et c'est un honneur pour moi de prendre part à l'histoire de notre discipline."
4,85 m, le record paternel
Si les 6,00 m constituent la barre mythique du saut à la perche, Emmanouil Karalis avait franchi une étape symbolique, dès 2015, en effaçant… 4,85 m, la meilleure marque personnelle de son père, confiant aux médias avoir plaisanté avec ce dernier en lui disant qu'il était désormais le "patron" de la famille. Sportivement.
Et si les Jeux olympiques revêtent une importance particulière pour les athlètes, ils ont une signification supplémentaire pour les Grecs, surtout quand les JO sont revenus à Athènes, en 2004.
Alors qu'il avait quatre ans, "Manolo" se trouvait dans les tribunes du stade olympique, mais ne savait pas encore ce que l'avenir lui réservait, lui qui avoue apprécier un bon verre de vin pour se détendre et jouer au golf pour récupérer de ses sauts, la tête dans les étoiles.