Jean Spinette : "Certains traitent les bourgmestres de 'klettes', mais c'est la N-VA qui a fermé des milliers de places d'accueil de migrants"
Jean Spinette (PS), bourgmestre de Saint-Gilles, incrimine la politique fédérale d'accueil des migrants, qui deviennent ensuite "des victimes potentielles du recrutement dans les filières" de trafic de drogue.


- Publié le 25-08-2026 à 06h31
- Mis à jour le 25-08-2026 à 09h51

La situation du trafic de drogues a-t-elle fortement évolué sur le terrain, en quelques années ?
Jean Spinette : Avant, c'était le joint et un peu d'héroïne. Aujourd'hui, la cocaïne a inondé le marché, c'est fois 7 ou fois 10 plus de quantité à un prix très bas. Les gens sont dans un état pas possible… J'ai à Saint-Gilles des gens en très grande pauvreté qui deviennent consommateurs ou dealers, pour survivre, et qui attaquent la moitié de mes concitoyens ! On ne peut plus prendre un pot à Saint-Gilles sans se faire agresser par quelqu'un qui est en manque de cocaïne… Et on risque de voir bientôt arriver la "drogue américaine", où les consommateurs sont pliés en deux et meurent dans la rue (Ndlr : le fentanyl, un opioïde de synthèse ultra-puissant). Il y a un enjeu médical national, et le financement de la prévention drogue ne concerne pas que Bruxelles.
À la gare du Nord comme à la gare du Midi, les navetteurs traversent souvent la peur au ventre des zones où stationnent des consommateurs de drogue en errance, souvent sans titre de séjour. Que faire concrètement ?
J.S : Je vais dire quelque chose que Boris Dilliès ne pourra pas dire… Certains traitent les bourgmestres de klettes, parce qu'on ne saurait pas gérer la sécurité et le social. En gros, on dit aux Bruxellois qu'ils ne foutent rien. Mais la N-VA a décidé de fermer des milliers de places d'accueil (pour les migrants) et ces gens se retrouvent aujourd'hui dans la rue. Ce sont des victimes potentielles du recrutement dans les filières (Ndlr : de trafic de drogue) ou des consommateurs possibles, car ils sont en errance dans la rue, à défaut d'accompagnement social suffisant. Je constate un désamour pour Bruxelles. La gare du Midi dépend du fédéral, pas de la Région. On a besoin d'une action commune. La drogue, c'est comme le terrorisme, ça n'a pas de frontière.
Boris Dilliès : La situation des gares est désastreuse et n'est pas nouvelle. Ma détermination est totale et je suis confiant. J'ai réuni avant l'été l'ensemble des acteurs SNCB, Infrabel, la police, la prévention, les ministères fédéraux autour de notre plan gares.
Mais que faire concrètement pour améliorer la situation ?
B.D : Le plan gare comporte un volet santé pour sortir les gens de l'addiction, un renforcement des caméras et de la propreté.
"On dit souvent qu'il y a un problème de prise en charge du sans-abrisme à Bruxelles. C'est une blague ! 70 % de celui-ci est issu des problèmes d'accueil. La crise de l'accueil génère une crise du social à Bruxelles. On nous parle de modèles comme le Danemark où il y a presque zéro sans abrisme. Désolé, mais il y a zéro immigration au Danemark… "
Sera-t-il possible de convaincre des personnes en errance, sous influence et souvent sans titre de séjour, de se faire désintoxiquer ?
B.D : Ce ne sera pas simple. On touche à un autre aspect : les ordres de quitter le territoire qui ne sont pas appliqués. J'ai eu des discussions avec la ministre concernée (Anneleen Van Bossuyt, N-VA) qui indique que les choses sont prises en main, même si cela prend du temps.
J.S : On dit souvent qu'il y a un problème de prise en charge du sans-abrisme à Bruxelles. C'est une blague ! 70 % de celui-ci est issu des problèmes d'accueil. La crise de l'accueil génère une crise du social à Bruxelles. On nous parle de modèles comme le Danemark où il y a presque zéro sans abrisme. Désolé, mais il y a zéro immigration au Danemark… Alors qu'en Belgique, une grande concentration des personnes sans titre de séjour est orientée vers Bruxelles.
"La N-VA n'aime pas ce que Bruxelles est devenue. Moi non plus."
Est-ce que Bruxelles paie les décisions du fédéral, notamment en matière de migration ?
B.D. : Il est normal de faire ces constats, mais j'entends travailler avec tous les niveaux de pouvoirs, sinon on ne s'en sortira pas. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la N-VA a, d'office, une haine de Bruxelles. La N-VA n'aime pas ce que Bruxelles est devenue. Moi non plus.
La fusion des zones de police confiera les clés aux bourgmestres socialistes, notamment Philippe Close. N'y a-t-il pas de la naïveté de la part du MR ?
B.D. : On peut faire crédit au MR de dépasser les clivages. Cela donne en effet un levier aux bourgmestres socialistes, sur papier. Mais je suis ministre-Président de la Région, je n'ai pas l'intention de dire que la sécurité des Saint-Gillois et des Molenbeekois m'importe moins que celle des Ucclois. La fusion n'était pas ma priorité, mais nous y avons beaucoup travaillé pour arriver à un bon résultat, couplé à la réforme de la norme KUL sur le financement des zones de police.
Avez-vous confiance en Philippe Close pour diriger ce navire ?
B.D. : Oui. Avec Philippe Close, nous avons un sujet de divergence fondamentale qui est le bois de la Cambre. Mais nous n'avons jamais eu de divergence sur les matières liées à la sécurité. J'ai par exemple pu compter sur son renfort quand nous avons eu des évènements très violents devant l'ambassade d'Israël. Que vous soyez dans le sud de Bruxelles en costume trois-pièces, ou que vous portiez un voile dans un autre quartier, vous voulez la même chose : vivre en toute quiétude, et que vos gosses puissent jouer dans la rue.
J.S : Philippe Close ne s'est jamais caché de son intérêt pour la matière, il était déjà conseiller à l'IEV sur ces questions.
Les bourgmestres socialistes sont souvent plus à droite que le reste du parti, en matière de sécurité.
J.S : Nous sommes confrontés à des situations hallucinantes. Peut-être que le côté gaucho du Saint-Gillois n'aime pas retrouver des policiers dans une manifestation. Par contre, quand il les croise le soir à Saint-Gilles après une fusillade, on peut voir de beaux gestes d'échanges. Nous avons besoin de police de proximité, mais aussi d'un travail d'enquête renforcé au niveau fédéral.
