Dans la tête d'un président de la France
Le nouveau roman de Marc Dugain nous plonge dans la folle vie au sommet du pouvoir.

- Publié le 11-04-2023 à 17h10

Les romans de Marc Dugain nous plongent dans des univers chaque fois différents, mais où les personnages sont toujours confrontés à la grande Histoire. Avec Tsunami, c'est dans le cœur même du pouvoir en France qu'il nous amène, dans la tête d'un imaginaire proche successeur d'Emmanuel Macron qui a d'ailleurs plusieurs ressemblances avec le président actuel.
Marc Dugain décrit tous les problèmes, voire le tsunami de catastrophes qui peuvent arriver au bureau présidentiel qui doit, in fine, décider : "Tout ce qui ne marche pas dans ce pays remonte jusqu'à moi !"
Bien sûr, c'est un roman de pure fiction où Marc Dugain s'est amusé à accumuler les embûches pour "son" président. Mais la réalité du pouvoir "suprême", ne doit pas être si éloignée de ce qu'il décrit.
On peut en citer quelques-unes sans les dévoiler toutes ni donner leur résolution, pour ne pas gâcher le suspense permanent du roman. Cette accumulation journalière donnerait le tournis à n'importe qui n'aurait pas un appétit suffisant pour le pouvoir.
Mère porteuse
Le nouveau président français veut frapper un grand coup sur la question climatique avec une loi qui rendrait chaque citoyen responsable de ses émissions de gaz à effet de serre grâce à un suivi en direct par Internet et un système de bonus/malus. Mais ce projet de loi suscite une vague sans précédent de contestation et l'annonce de manifestations violentes. Il propose aussi de remplacer le Sénat par une assemblée virtuelle des citoyens.
Marc Dugain explique que si tous les Français sont d'accord d'œuvrer pour le climat, tous, en même temps, s'opposeraient à ce type de loi.

Marc Dugain évoque aussi le passé du nouveau président qui s'est lié de manière outrancière au Gafam (les cinq géants du numérique) et évite d'évoquer le volume d'énergie que consommera cette "surveillance" des émissions de chaque citoyen. Il lui fait dire : "Je me suis ainsi allié à la dictature douce du numérique américain contre celle infiniment plus violente de l'autoritarisme identitaire soutenu en sous-main par les Russes.""
Il a fait fortune avec un ami, génial scientifique, en développant une technologie permettant le rajeunissement de nos cellules !
Marc Dugain évoque aussi la vie privée d'un président : ici un enfant né d'une mère porteuse, là un placement dans un paradis fiscal pour éviter que son épouse en hérite, là encore un père qui ne veut plus le voir.
La mélancolie de l'homme seul
Comme si cela ne suffisait pas, il doit trancher dans des dilemmes cruels au nom de la "raison d'État" : laisser ou non assassiner une terroriste possible, autoriser ou non les forces de l'ordre à répliquer avec des balles réelles, menacer ou non de se lancer dans un faux Frexit (quitter l'Europe) pour secouer l'opinion, faire face à un déséquilibré qui a assassiné une députée et même se frotter à un Poutine sorti de la gare en Ukraine en ayant finalement annexé le Donbass (" La grande nouveauté avec le régime de Poutine, c'est que la mafia a en main plusieurs milliers de têtes nucléaires")…"Les emmerdes, ç a vole toujours en escadrille", disait Chirac dans son langage cru.
Marc Dugain décrit la vie chaotique d'un président et de son entourage (la responsable de la com, le secrétaire général, le Premier ministre…). Une vie de fou, un agenda dément et la tentation de la cocaïne pour survivre.
Écrit à la première personne, le roman se termine par la mélancolie de l'homme seul : "En me retrouvant le soir dans les appartements privés au palais, j'ai un sentiment de succès vite relativisé par l'amertume du mensonge. Sans en être là, j'ai compris à ce moment précis ce qu'un ancien président maniaco-dépressif avait pu ressentir dans sa longue vie politique quand, à de multiples reprises, après avoir terrassé ses adversaires, il s'était senti aspiré par une profonde mélancolie qui lui renvoyait le vide de son existence en dehors de ces moments de lutte où il faisait preuve d'une énergie redoutable."
--> ★ ★ ★ Marc Dugain | Tsunami | roman | Albin Michel | 260 pp., 21,90 €, numérique 15 €
EXTRAIT
"Mon mandat vient de basculer vers un objectif ambitieux : éviter la guerre civile par tous les moyens efficaces, selon le principe que la fin justifie les moyens et que, quand la fin est honorable, peu importe la qualification morale des moyens."