La folle fin de règne d'un président de la France
Le nouveau roman de Marc Dugain nous plonge dans la vie très agitée d'un successeur de Macron.

- Publié le 02-04-2026 à 14h54

Marc Dugain aime dans ses romans nous amener au cœur du pouvoir, que ce soit aux États-Unis (La malédiction d'Edgar ou Ils vont tuer Robert Kennedy), en Russie (Une exécution ordinaire) ou en France. Il a expliqué que sa fascination/répulsion pour le pouvoir vient d'avoir été bouleversé par son grand-père rentré de la guerre 14-18, comme "gueule cassée" (ce fut le sujet de son premier roman La chambre des officiers). Il se demandait quel pouvoir pouvait envoyer ainsi ses enfants à la mort.
Son nouveau roman Submersion est la suite de Tsunami et nous amène, à nouveau, dans la tête d'un imaginaire proche successeur d'Emmanuel Macron qui a d'ailleurs plusieurs ressemblances avec le président actuel.
Marc Dugain décrivait tous les problèmes, voire le tsunami de catastrophes qui peuvent arriver au bureau présidentiel qui doit, in fine, décider : "Tout ce qui ne marche pas dans ce pays remonte jusqu'à moi !"
Bien sûr, c'est un roman de pure fiction où Marc Dugain s'est amusé à accumuler les embûches pour "son" président. Mais la réalité du pouvoir "suprême", ne doit pas être si éloignée de ce qu'il décrit.
On peut en citer quelques-unes sans les dévoiler toutes ni donner leur résolution, pour ne pas gâcher le suspense permanent du roman. Cette accumulation journalière donnerait le tournis à n'importe qui n'aurait pas un appétit suffisant pour le pouvoir.
L'ombre de Bolloré
Submersion commence par les conséquences d'un vrai tsunami qui a submergé Cannes. Le yacht de cent cinquante mètres de long du multimilliardaire Lebon s'est retrouvé au milieu de la ville comme offert à la merci des gens ordinaires. Lebon fait inévitablement penser à Vincent Bolloré. On se souvient que juste nommé président, Sarkozy avait été invité sur ce fameux yacht.
Au lieu d'investir dans la recherche pour le cancer, on va les mettre dans des Rafale.
Dans Submersion, on assiste à la lutte à mort entre le milliardaire fort de ses réseaux tentaculaires et le président français. C'est un des suspenses du roman qui amène à ne pas le lâcher.
Dans Tsunami, le président avait encore l'espoir de frapper un grand coup sur la question climatique avec une loi qui rendrait chaque citoyen responsable de ses émissions de gaz à effet de serre grâce à un suivi en direct par Internet et un système de bonus/malus. Mais ce projet de loi avorta.
Dans Submersion, roman écrit à nouveau à la première personne, comme le journal des réflexions d'un président, Marc Dugain commente l'abandon de la cause écologique et ses crises : "Le capitalisme, aux prises avec trop de contraintes, s'est soudainement rebellé, libéré, considérant que ses perspectives de profit valaient mieux qu'un environnement sain. Il s'est appuyé sur son meilleur allié, le populisme, par renverser la table et discréditer les bonnes volontés. […] Au nom de quoi ? De la liberté individuelle, évidemment !"
Le président veut encore marquer un grand coup avec un référendum renvoyant aux origines de la Ve République. Marc Dugain évoque les Gafam (les cinq géants du Web) et a cette forte phrase : "Ils seront bientôt capables de vous envoyer un produit avant que vous ayez envie de l'acheter, pour conforter vos envies qu'ils connaissent mieux que vous-mêmes."
Désabusé
Le roman est truffé ainsi de réflexions comme des aphorismes qui nous amènent à réfléchir au tourbillon des informations, à leur "submersion" : "Chacun, écrit-il, n'a jamais été aussi libre de s'exprimer pour, en définitive, peser si peu dans la vraie marche du monde. […] Les électeurs sont dans la nasse, rivés à leurs écrans. La perspective est sombre."
Marc Dugain évoque aussi la vie privée d'un président. Dans Submersion, il divorce mais tombe sous le charme de la mère porteuse de son enfant, Ida, contrepoint bienvenu à la folie politique.
On croise un successeur de Trump, resté "trumpien", un Poutine indéboulonnable, ou les rivalités entre le Maroc et l'Algérie. Sans oublier les luttes d'ego dans l'entourage présidentiel.
Le roman dont on ne dévoilera pas davantage les surprises se termine par le constat désabusé du président français imaginé par Marc Dugain : "La politique, c'est la trahison des consciences, l'asservissement à des intérêts triviaux, l'affaissement de soi plutôt que sa propre élévation, l'illusion d'un lien avec ceux qui vous élisent, et la réalité de liens aussi puissants qu'occultes avec ceux qui ne vous élisent pas. Il n'est pas étonnant que les nobles esprits désertent le théâtre d'une comédie sans autres véritables spectateurs que ceux qui la jouent."
⇒ Submersion | Roman | Marc Dugain | Albin-Michel, 278 pp. 21,90 €, numérique 15 €
EXTRAIT
"L'argent et la notoriété, deux choses que j'ai acquises mais qui n'ont rien changé au sentiment profond qui est le mien : l'absurde est maître en tout, la mort est la ruine de l'orgueil et des illusions sur lesquelles elle fleurit. Cela les Français n'en ont aucune idée, ils s'imaginent que je m'accroche à la fonction comme mes prédécesseurs, guidé par mon hubris et un besoin viscéral d'être élu."
