Un jackpot issu d'une arnaque du fisc grâce... à des escargots: "Une évasion fiscale à cause d'une absurdité"
Eco$tory, série spéciale "ces taxes aux effets inattendus" | Face à une réforme fiscale qui taxe les bâtiments vides, un Britannique a trouvé une solution improbable : transformer des immeubles inoccupés en élevages d'escargots.

- Publié le 06-07-2026 à 14h23
- Mis à jour le 06-07-2026 à 16h05

Des escargots pour contourner le fisc. L'histoire peut paraître invraisemblable et pourtant, au Royaume-Uni, elle est bien réelle. Tout part d'une réforme datant de 2008. À ce moment, le gouvernement modifie la fiscalité des locaux commerciaux.
Dès lors, même lorsqu'un immeuble est inoccupé et ne génère aucun revenu, son propriétaire doit continuer à payer une taxe appelée "taxe foncière". Celle-ci peut s'élever à plusieurs milliers de livres sterling en fonction de la superficie du bâtiment.
Face à cette situation, certains propriétaires cherchent des moyens de contourner cette taxe. Et c'est un certain Terence Ball, aussi appelé Terry Ball, qui trouve une solution aussi insolite qu'ingénieuse: transformer des bâtiments en élevages d'escargots, parfois même en plein cœur de Londres.
La raison ? Les exploitations agricoles sont, elles, exonérées de cette taxe.
"L'éleveur d'escargots londonien"
Surnommé "l'éleveur d'escargots londonien", Terry Ball, aujourd'hui âgé de près de 80, connaît bien le fisc britannique. Après avoir eu de nombreux déboires avec les autorités, ce dernier dit consacrer désormais le reste de sa vie à trouver des moyens de déjouer les autorités fiscales qui, selon lui, l'ont escroqué, raconte le média britannique The Guardian.
Et ce n'est autre qu'un homme politique qui l'en a inspiré. C'est en effet en regardant une ancienne interview de l'ex-ministre conservateur Michael Gove que Terry Ball a eu l'idée de cet élevage d'escargots. Le ministre explique alors que la définition légale d'une ferme piscicole inclut l'élevage de "mollusques de toute nature". Une disposition qui avait été pensée à l'origine pour les élevages d'huîtres. Mais qui inclut donc, sur le plan juridique, les escargots.
Il n'en faut pas plus pour convaincre Terry Ball. Un vrai business naît.
"Vente" d'élevages d'escargots
En 2018, Terry Ball commence donc à ouvrir des élevages d'escargots dans des locaux commerciaux vacants pour le compte d'autres propriétaires. En échange de l'installation et de la gestion de l'élevage, les propriétaires doivent lui reverser 20 % des économies réalisées sur la taxe foncière.
"C'est l'exemple flagrant de l'exploitation des failles de notre système"
Un revenu que "l'éleveur d'escargots" justifie. Pour que les autorités reconnaissent l'existence d'un élevage, le Britannique doit maintenir les escargots en vie pendant plus de trois semaines. Sans cela, l'exploitation ne peut pas être considérée comme une activité agricole. Il doit également travailler sur un autre problème : l'alimentation des escargots, qui attire des mouches et des asticots. Pendant plus de trois ans, il affirme avoir testé différentes solutions afin de nourrir les animaux tout en limitant les dégâts. "Je suis celui qui trouve les bonnes idées", a-t-il déclaré au Guardian.
Et si vous vous demandez le prix de cet élevage : l'une des entreprises de Terry Ball, L'Escargotière, commercialise ses escargots au prix de 14 livres (16 euros) pour environ 200 escargots, explique la BBC.
Plusieurs perquisitions
Les autorités locales finissent toutefois par s'intéresser de près à ces élevages qui interrogent. Plusieurs perquisitions sont menées en 2021 et les autorités commencent à contester les exonérations agricoles de la taxe foncière.
Un premier procès voit le jour la même année à Leeds. Le juge déclare alors que ces élevages constituent de la fraude fiscale et que le contrat de location entre le propriétaire et la société de gestion Isle, dont Terry Ball était le directeur, est une "imposture totale". Le juge ordonne alors à l'entreprise du Britannique de payer à la ville de Leeds près de 40 000 £ (environ 47 000 euros).
"Chaque jour, quoi qu'il arrive, je m'amuse"
Mais ce dernier continue. Toutefois, en octobre dernier, l'affaire fait les gros titres de la presse britannique. Lors de perquisitions menées dans plusieurs immeubles vacants du centre de Londres, des agents municipaux découvrent des caisses contenant seulement deux escargots chacune. Le conseil municipal de Westminster décrit alors cela comme des "commerçants sans scrupule", rapporte à l'époque la BBC.
Le dirigeant du conseil, Adam Hug, estime que cette affaire "illustre de façon frappante un problème d'évasion fiscale des entreprises fondé sur une notion absurde".
Le conseil municipal estime alors avoir perdu environ 370 000 £ (420 000 euros) à cause de ce système d'évasion fiscale. "C'est l'exemple flagrant de l'exploitation des failles de notre système", explique notamment le parlementaire Phil Brickell lors d'une audition à la Chambre sur le sujet.
Dans le viseur du fisc ?
Cette obsession de vouloir contourner les autorités britanniques ne sort pas de nulle part. Toujours dans The Guardian, Terry Ball explique que sa famille a été poursuivie à plusieurs reprises pour fraude fiscale par le passé. Lui-même a été lourdement sanctionné et interdit d'exercer des fonctions de dirigeant d'entreprise par le passé, avant de faire de l'élevage d'escargots. Depuis, il en fait une obsession, presque maladive : "Vous m'avez soutiré 600 000 £. Je vais vous en soutirer 20 millions", explique-t-il au média en s'adressant aux autorités britanniques.
Mais "l'éleveur d'escargots" a également d'autres idées. Il est en effet à l'origine d'une autre idée de contournement de taxes foncières grâce à "des boutiques caritatives éphémères". Le principe consiste à ouvrir temporairement un magasin solidaire et à y vendre quelques articles. Jackpot : le propriétaire bénéficie alors d'une importante réduction de taxe foncière.
Un vrai passe-temps pour Terry Ball. Au journaliste de The Guardian, il affirme même que ses démêlés avec les autorités, comme avec le conseil municipal de Westminster, l'ont aidé à "conjurer l'ennui de la vieillesse" : "Tous mes amis retraités, on ne peut plus avoir de conversation avec eux, ils n'attendent que la mort. Moi, je m'en amuse. Chaque jour, quoi qu'il arrive, je m'amuse", raconte-t-il. De quoi occuper une retraite pour le moins atypique.
