Un cartel de gauche pour battre la N-VA ?
Des élus sp.a souhaitent s'allier à Groen. Objectif: redonner du poids au parti. Crédible? Oui, mais au niveau local, selon Dave Sinardet.

- Publié le 04-05-2015 à 06h00

Va-t-on assister à l'émergence d'un nouveau cartel en Flandre, à l'image de celui qui a réuni jadis N-VA et CD&V? C'est en tout cas l'idée avancée ces derniers jours par plusieurs socialistes flamands (lire ci-contre). Pour Dave Sinardet, politologue à la Vrije Universiteit Brussel (VUB), cette option peut faire sens au niveau local, mais moins au niveau régional ou fédéral.
Dave Sinardet, quel est l'intérêt de créer un cartel à gauche dans une Flandre fortement ancrée à droite?
Il y a un grand parti, la N-VA, qui a réalisé un gros score à lui tout seul. Si l'on veut vraiment opposer quelque chose à cela, c'est difficile de le faire en tant que parti seul. Un bloc sp.a-Groen pourrait obtenir 25% des voix ou plus, et vraiment peser. C'est le raisonnement. À Gand, ça se fait déjà, ils ont plus de 45%, et ça fait rêver certains.
La question, c'est souvent de savoir quelle est la plus grande formation. Et si on met deux partis ensemble, on sera plus grand que seul.
Pourtant, si on additionne les scores de la N-VA et du CD&V aujourd'hui, ils obtiennent davantage que lorsqu'ils étaient en cartel en juin 2007. Le même constat vaut aussi pour le MR et le FDF aux dernières élections. Ne courent-ils pas le risque de réaliser un score plus faible s'ils s'unissent?
Le risque existe. Il faut faire attention car il y a quand même des électorats différents. Sociologiquement aussi. Les Verts en Flandre, comme du côté francophone, viennent davantage du monde chrétien, ce qui n'est pas le cas des socialistes. Donc c'est vrai qu'il y a des différences mais, en même temps, il faut regarder la situation spécifique, par exemple à Anvers.
Un cartel, c'est le seul moyen pour la gauche d'accéder à nouveau au pouvoir. Si en 2018, la N-VA réalise 30% et que sp.a et Groen réalisent chacun 16%, Bart De Wever restera bourgmestre car ce sera compliqué de mettre le plus grand parti dans l'opposition. Par contre, si une liste commune sp.a-Groen obtient 32% et qu'il y a une majorité alternative, la gauche aurait de nouveau des chances de gouverner.
Ce cartel aurait donc surtout du sens pour créer un effet de nombre?
Oui. Aux communales de 2012 à Anvers, il y avait 45% de voix à gauche. Mais c'était très diversifié. Tandis qu'à droite, la plupart des gens ont voté pour la N-VA. Dans le contexte anversois, il n'y a pas beaucoup d'autre alternative pour la gauche si elle veut revenir au pouvoir que de mettre certaines forces ensemble.
Groen ne risque-t-il pas de subir le même sort qu'Écolo, quand il y a eu "convergence à gauche", à savoir une perte d'influence?
Il y a ce risque, c'est clair. Je crois qu'au niveau fédéral ou flamand, ce n'est pas très réaliste de voir un cartel généralisé en 2019. Par contre, au niveau local, ça peut marcher. Il faut regarder les communes où cela peut s'avérer intéressant. Le fait que les deux partis se trouvent dans l'opposition, ça aide aussi. On pourrait avoir un bloc qui se pose comme alternative au gouvernement actuel, vers lequel iraient tous les déçus. Ça pourrait être une manière de créer une force. Mais qui n'est pas sans risque. Et c'est clair, historiquement, ça a toujours été le sp.a qui voulait un cartel. Groen n'a jamais été très chaud.
