"L'agricologie n'est plus un mythe"
Le géant chimique Monsanto doit verser près de 300 millions à un jardinier malade. Pour Greenpeace, le jugement constitue un tournant.

- Publié le 13-08-2018 à 06h00

"C'est vraiment une bonne chose pour le citoyen européen et les citoyens dans le monde entier." Thomas Leroy, porte-parole de Greenpeace Belgique, a le sourire. Le jugement (lire par ailleurs) rendu par un jury américain de condamner la multinationale Monsanto à indemniser un jardinier américain atteint d'un cancer à hauteur de 289 millions de dollars est historique. "La justice a pris une décision que les politiciens n'ont pas osé prendre en Europe."
Pour rappel, après deux ans d'atermoiements, le Conseil européen avait décidé le 27 novembre dernier de renouveler l'autorisation d'utilisation du glyphosate en Europe. La Belgique et la France y étaient opposées mais une majorité d'états avaient voté en faveur du glyphosate.
"Un travail de pression"
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a pourtant classé le produit comme étant cancérogène. De nombreuses études ont abouti aux mêmes conclusions. Mais d'autres recherches n'auraient pas permis d'établir un lien de causalité indubitable.
Pour Thomas Leroy, il faut y voir l'influence de la multinationale Monsanto, reprise entre-temps par le géant allemand Bayer. "Ils vont dire que ce n'est pas nocif, études scientifiques à l'appui. Mais on sait que plusieurs études ont été manipulées. C'est un travail de pression. Monsanto pèse plusieurs dizaines de milliards, ils disposent d'un budget conséquent pour faire pression."
La démocratie a parlé
Mais pour Greenpeace, cela ne suffira plus. La décision marquera un tournant. "C'est une décision de justice, partie intégrante de la démocratie. Cela montre que les citoyens peuvent prendre des décisions que les politiques ne veulent pas prendre. Il y a une prise de conscience, j'espère qu'au niveau européen il y aura des changements."
Thomas Leroy prédit des jours meilleurs pour l'agriculture. Car ce jugement "remet l'agriculteur au cœur de la politique agricole. Il est possible d'opter pour des bonnes pratiques, d'offrir de bonnes conditions de vie aux agriculteurs, et d'offrir de bons produits aux consommateurs. Tout le contraire du système actuel où les multinationales imposent leur système aux citoyens et aux politiques. L'agricologie n'est plus un mythe, conclut le porte-parole de Greenpeace."
