Il sera bientôt plus dur d'obtenir un crédit
Le Belge investit de plus en plus dans la brique. Les banques suivent, en prenant parfois trop de risques. Ce qui inquiète la BNB.

- Publié le 06-09-2019 à 06h00

Près de dix milliards d'euros! C'est le montant que les banques belges ont prêté à 70 000 clients au second trimestre de cette année pour qu'ils puissent réaliser leur projet immobilier. Le chiffre donne le vertige à la Banque nationale de Belgique (BNB). D'autant que la tendance est non seulement en hausse de trimestre en trimestre mais surtout qu'elle s'accélère: + 6,5% au premier trimestre, +10,5% au deuxième.
Taux d'intérêt au ras des pâquerettes, volatilité et incertitude des marchés, rendement de l'épargne quasi nul: les arguments en faveur de l'investissement immobilier ne manquent pas. Les Belges se ruent donc sur la brique. Et empruntent à tire larigot.
Les régulateurs du système financier, BNB en tête mais aussi la Banque centrale européenne (BCE) et le Comité européen du risque systémique (l'ESRB, chargé de maintenir le système financier à l'abri des risques), s'inquiètent et appellent les banques à la prudence.
Éviter le scénario espagnol
"On constate depuis plusieurs années que les risques concernant les crédits hypothécaires augmentent, commente Geert Sciot, porte-parole de la BNB. On l'a déjà dit à plusieurs reprises. On estime que certains crédits ne sont pas ou peu rentables pour les banques."
Ce qui a mis la puce à l'oreille de la BNB, c'est l'augmentation du nombre de crédits mais surtout de la durée de ceux-ci, "ce qui n'est pas normal en période de taux bas". La quotité empruntée est encore trop importante. Et les banques se livrent une concurrence plus féroce que jamais.
Or, le superviseur souhaite éviter la répétition des erreurs du passé. "On a vu dans plusieurs pays que la crise bancaire avait commencé par un problème sur le marché des crédits hypothécaires: en Espagne et au Portugal notamment. "
Des mesures ont déjà été prises, souligne M. Sciot. " Il y a deux ans, on a obligé les banques à provisionner davantage de fonds propres lorsqu'elles octroient un crédit hypothécaire. Mais on constate que certaines banques octroient toujours un crédit à des particuliers à risque."
La BNB va donc édicter des critères de bonnes pratiques (pour l'instant encore inconnus) à l'adresse des banques. Objectif: que ces dernières les appliquent en janvier et ainsi freiner la délivrance de crédits à risque. Mais rien n'obligera ces banques à les respecter. Le régulateur n'exclut alors pas de prendre des mesures plus coercitives…
