Nombre de naissances en chute libre: faut-il s'en inquiéter?
Le taux de fécondité est en baisse en Belgique. Pour de multiples raisons. Et l'espoir d'inverser la tendance est ténu, estime Thierry Eggerickx, démographe à l'UCLouvain.

- Publié le 02-12-2020 à 18h08

En dix ans, le taux de fécondité a fondu de 10% en Belgique, selon Statbel. La raison? Les femmes ont de moins en moins d'enfants, et de plus en plus tard.
L'an dernier, on a recensé 115 565 naissances en Belgique. Soit 12 000 de moins qu'en 2009 et 14 000 de moins qu'en 2010, le meilleur cru des 45 dernières années.
Maman plus tard
Sans surprise, le taux de fécondité (à savoir le nombre moyen d'enfants qu'une femme met au monde durant sa vie féconde, entre 15 et 49 ans) recule également. Il est passé de 1,81 enfant en 2011 à 1,57 en 2019.
Des nouveau-nés qui arrivent plus tard: l'âge moyen lors de l'accouchement a reculé, passant de 29,9 ans en 2011 à 30,8 l'an dernier.
Crise et bébé ne font pas bon ménage
Le phénomène est loin d'être neuf, explique Thierry Eggerickx, démographe à l'UCLouvain. "La fécondité a chuté depuis le baby-boom. Il se situait à 2,6-2,7 enfants par femme au milieu des années soixante. Puis il a commencé à baisser pour atteindre un plancher très bas vers le milieu des années 80."
En 1985, la Belgique n'a enregistré que 114 000 naissances, un chiffre guère supérieur à celui de l'an dernier. Le monde ressentait alors encore les effets des deux chocs pétroliers.
Durant les périodes de crise, la fécondité a été fortement réduite
"Nous menons des études qui remontent au XIXe siècle. On a constaté que durant les périodes de crise, qui sont des périodes d'instabilité et d'incertitude, la fécondité a été fortement réduite." Ce fut particulièrement le cas lors de la Grande dépression, entre 1873 et 1892.
"Il est clair qu'on vit une période d'incertitude, marquée par la crise, environnementale ou socio-économique, depuis plusieurs années. On est dans un contexte général de crise, sans même tenir compte de la crise sanitaire actuelle."
Les incertitudes du quoitidien
Mais à côté de ce contexte sociétal, d'autres "facteurs plus individuels " accentuent la baisse de la fécondité. Incertitudes du lendemain, insécurité professionnelle, difficulté d'accéder au premier logement, allongement des études, séparations et recompositions familiales constituent autant d'éléments qui ne favorisent pas la hausse des naissances.
Pour assurer le remplacement de génération, il faut en moyenne 2,1 enfants par femme
"Depuis les années 80, constate Thierry Eggerickx, on a un niveau de fécondité inférieur à deux enfants par femmes. On ne veut plus avoir beaucoup d'enfants."
Et ce n'est pas sans conséquences. La population vieillit. "Pour assurer le remplacement de génération, il faut en moyenne 2,1 enfants par femme. Depuis cinquante ans, on se situe sous ce seuil. Si rien ne change, l'impact financier sur les retraites va augmenter. "
Pas vraiment de solution
Mais alors que faire? "C'est la bonne question, sourit notre interlocuteur. Les mesures pour doper la fécondité n'ont jamais fonctionné. Faire un enfant relève du choix individuel, du choix du couple. Je doute, sur base des expériences passées, que des mesures incitatives fonctionnent. Une des solutions, c'est l'immigration."
C'est d'ailleurs ce qui explique le taux de fécondité plus élevé en Région bruxelloise qui a connu un apport migratoire plus élevé à la fin des années 90. Mais là aussi, le taux de fécondité recule.
"Peut-être qu'au sortir de cette période de turbulences, on va avoir à nouveau une remontée", avance Thierry Eggerickx, qui ne croit par contre pas un effet baby-boom lié aux confinements. "On s'attend plutôt à une baisse de la fécondité…"
