La surmédiatisation induit-elle davantage d'attaques?
A chaque attentat, la toile s'agite, les médias s'emballent, et la thématique du terrorisme revient en force sur les devants de la scène. Avec en toile de fond cette question: l'effervescence médiatique finit-elle par inspirer les terroristes? Dit-autrement, la presse au sens large jouerait-elle un rôle dans la succession des attaques terroristes. Nous avons posé la question à Michaël Dantinne, professeur en criminologie à l'ULg.

- Publié le 18-08-2017 à 09h55

"On n'a pas une démonstration scientifique de ces faits-là. Ce qu'on peut dire, primo, et qu'on oublie souvent, c'est qu'un attentat est un acte de propagande par excellence. C'est un acte communicationnel. Il concerne la communication de la peur, de la terreur, la résonance d'un certain nombre de choses. Derrière, vous avez une médiatisation extrêmement forte qui offre, au-delà des gens qui ont vécu l'attentat, des victimes, des proches, une caisse de résonance qui va dépasser tout cela. Une caisse de résonance qui est locale, régionale, nationale, supranationale."
"Aujourd'hui, avec la multiplication des médias traditionnels et non-traditionnels, ils vont en fait donner une résonance à cet acte qui va être diversement appréciée. Ça va faire peur à certains. C'est l'objectif recherché. Ça va en dégoûter d'autres. C'est l'objectif recherché. Ça va monter les gens les uns contre les autres, les communautés contre les autres. C'est l'objectif recherché. Ça va plaire à ceux qui adhèrent déjà à ces idées, ça va les renforcer dans leurs idées. Ça, c'est aussi toute une série d'effets, avec des effets qui sont variables en fonction des catégories de personnes concernées qu'il ne faut pas perdre de vue."
"Après, oui il peut y avoir quand même l'hypothèse, à un moment donné, d'un effet de réplication, de se dire: ''Il l'a fait, à mon tour'', à la fois parce qu'il y a une forme d'envie, par exemple l'envie de ce qui est perçu comme un acte héroïque de martyre. Ou même parce qu'il pourrait y avoir en même temps ou à la place une espèce de jalousie: ''Lui il l'a fait, il faut qu'on le fasse''. A la fois sur le déclenchement motivationnel mais aussi, je ne dirais pas faire naître une vocation, mais peut-être pousser sur le chemin de la traduction de l'idée en acte. Peut-être à ceux qui sont tout prêts de passer à l'acte à les pousser à le faire. Et peut-être enfin aussi donner des idées plus concrètes sur le modus operandi, de dire ''Moi aussi je le ferais bien avec une voiture''.
Si on prend l'idée de martyre/d'"héroïfication", il est clair qu'on est rarement le héros de ses activités de sa chambre à coucher. Derrière la visibilité de l'acte terroriste qui forme une partie de son essence et d'autre côté la visibilité médiatique qui va s'en suivre sont des facteurs qui peuvent s'avérer déterminants pour justifier à un moment des séquences, là où parfois on a vu, pensé penser, sans pouvoir le démontrer, qu'il y avait des formes de coordination, mais que ce n'était que des effets d'entraînement.
