Une nouvelle réforme fiscale en vue?
Le Belge payera-t-il bientôt moins d'impôts? Le ministre des Finances le souhaite. Réaliste? Indispensable, répond l'économiste Roland Gillet.

- Publié le 27-11-2017 à 07h19

Le Belge détient le record du citoyen le plus taxé d'Europe. Et de loin: avec un taux d'imposition représentant 54% du coût salarial, la Belgique devance nettement l'Allemagne (49,4%) et la France (48,1%), selon l'OCDE. Mais cette tendance pourrait évoluer. Johan Van Overtveldt a, d'après L'Écho, demandé au Conseil supérieur des Finances de travailler sur la mise en place d'une réforme fiscale à l'horizon 2019.
Un "cadeau", ou une promesse, qui intervient quelques jours après que le budget belge ait une nouvelle fois été recalé par l'Europe. Mais surtout, à un an d'une série de scrutins… Alors, électoraliste cette annonce?
"Clairement, il y a quelque chose à faire, même avec les contraintes budgétaires qui sont celles imposées par l'Europe et qui sont celles d'une gestion de ''bon père de famille'' ", coupe court Roland Gillet, récemment nommé expert du Premier ministre mais qui s'exprime ici en tant que professeur de Finances (Sorbonne et Solvay). Et à l'entendre, il y a urgence.
"Ce que prend comme initiative le ministre des Finances, c'est quelque chose qui, quel soit le calendrier, est à mettre en priorité sur la table parce qu'on ne peut pas continuer à avoir une pression sur le travail qui nous place au hit-parade des pays les plus taxés au monde."
Urgence et… unanimité
Un avis qui serait partagé par l'ensemble des partis. "C'est comme la logique des pensions. On connaît la pyramide des âges. On sait ce qu'il va falloir faire, quelle que soit la manière dont on prend l'angle. Qu'on ait une connotation politique à droite ou à gauche, c'est une chose. Mais qu'il y ait quelque chose à faire et qui doit être fait sous peine de rencontrer des soucis plus tard, en est une autre. On se rend bien compte qu'il faut prendre des décisions."
Sur le principe, ils seraient tous d'accord. Mais quid de la mise en œuvre et du financement? Surtout quand l'opposition reproche au gouvernement des trous dans le financement du tax-shift et de la réforme de l'Isoc.
Un point de vue nuancé par Roland Gillet qui regrette qu'on "raisonne toujours toutes choses égales par ailleurs. Le toutes choses étant égales par ailleurs, les économistes aiment ça. Mais c'est malheureux de ne pas tenir compte que toutes choses ne vont pas nécessairement être égales par ailleurs."
Traduisez: le tax-shift et la réduction de l'impôt des sociétés peuvent induire des effets positifs, à commencer par du développement économique supplémentaire qui va élargir la base fiscale. Même s'il reconnaît aussi des ratés, tels que la taxe contre la spéculation boursière, les accises sur l'alcool et le tabac ou encore la réforme du régime fiscal des voitures de sociétés qui ont coûté plus que rapporté.
Tailler dans le mille-feuille
Une réforme fiscale devra être, au moins en partie, compensée par des économies et de nouvelles recettes. Et pour Roland Gillet, il est encore possible d'économiser en taillant dans le mille-feuille institutionnel, mais pas en pénalisant les plus faibles, insiste-t-il.
Et les plus riches? Là encore, il met en garde. "Tant qu'il n'y pas une logique, au niveau international, beaucoup plus homogène, ce n'est pas la Belgique qui, à l'échelle mondiale, arrivera à faire que ces gens-là n'optimisent pas la manière de payer le moins d'impôts possible."
Résumons: une bonne idée donc, urgente mais délicate à implémenter. Une équation, ou un casse-tête, désormais dans le camp du Conseil supérieur des Finances qui devra remettre sa copie.
