Armel Job: un désir d'émancipation
À travers le portrait d'une femme volontaire, Armel Job traduit finement les sentiments humains dans un attachant roman.
- Publié le 11-03-2021 à 06h00

Armel Job a l'art d'imaginer des histoires autour de personnages qui nous deviennent directement familiers, tant ils sont construits avec justesse et humanité. Et du roman, auquel il est venu tardivement, à 45 ans, cet ancien prof de latin-grec en a assimilé les codes dont il use avec intelligence et doigté pour le plus grand plaisir du lecteur. Les portes d'entrée dans ses histoires sont par exemple toujours des régals, et Sa dernière chance en est une nouvelle expression. L'aventure d'Élise, hébergée depuis des années chez sa sœur et son beau-frère en échange du ménage, de la cuisine et de la garde des enfants, est introduite par un personnage secondaire: Fred, le garçon du café dans lequel cette femme de près de 40 ans, au style "chic mais démodé" et manquant d'assurance, est venue s'asseoir. Comme s'il s'agissait du regard du lecteur lui-même.
Le jeune homme est interrogé dix ans plus tard par un journaliste qui travaille sur un recueil de faits divers. On sait donc d'emblée que cette présence solitaire dans une brasserie vide sortira du cadre de l'anodin pour devenir une affaire publique dont les journaux se sont emparés. Mais dans quelle mesure? C'est ce que le roman va progressivement révéler au fil d'une intrigue subtile qui met en lumière la complexité humaine, comme toujours chez l'écrivain wallon. "J'essaie d'écrire sur la société que j'observe autour de moi, celle des gens ordinaires. Chaque roman est, pour moi, l'exploitation d'une petite cellule sociale que je place sous un microscope pour voir ce qui se passe derrière les apparences."
"Je pense à des gens que j'ai connus"
Il nous est très vite révélé qu'Élise a rendez-vous avec un homme rencontré sur Internet. Dans quel but? Et pourquoi ce Tristan, un antiquaire lui aussi célibataire, se montre-t-il à ce point empressé de la connaître? Et qui est vraiment son ami chanoine auquel il promet un célèbre tableau de Piero della Francesca qu'il peut acquérir par des chemins pas très catholiques?
"Quand je cherche des sujets de roman, je pense à des gens que j'ai connus, des situations me reviennent à l'esprit, explique l'auteur. J'ai croisé il y a longtemps un couple de la petite bourgeoisie comme celui-ci, sans qu'il se pose des questions sur ce que pouvait ressentir cette femme dont il avait fait sa bonne. En toute bonne conscience, comme s'il lui rendait service puisqu'elle ne se plaignait pas."
Autre charme de ce roman enthousiasmant: son double ancrage, belge, par l'emploi de mots et expressions d'ici (comme une "dringuelle"), et liégeois, par sa situation. On peut ainsi suivre ses acteurs au cœur de la Cité ardente, entre le boulevard de la Sauvenière, vers où est située la brasserie Belle-Vue ainsi que l'hôtel où se retrouve le couple, et le quartier de la cathédrale Saint-Paul, où l'antiquaire possède sa boutique.
Robert Laffont, 330 p.
