Déménagement de Chastre à Wavre: pour le directeur du TEC BW, il n'y a pas de plan B
Le directeur du TEC BW veut déposer un permis unique pour la construction de deux nouveaux dépôts de bus avant la fin de l'année 2026. L'avenir, à court terme, du transport public dans le centre du Brabant wallon se joue en ce moment, dit-il.

- Publié le 03-09-2026 à 22h31
- Mis à jour le 03-09-2026 à 22h35

Deux des trois entrepôts de bus du TEC BW vont déménager dans les prochaines années. Si celui de Baulers (Nivelles) ne bouge pas, à l'Est, Jodoigne déménagera… à Jodoigne, et dans le centre, Chastre espère déménager à Wavre. Actuellement encore au stade de l'étude d'incidences, les deux dossiers n'avancent pas de la même manière. Lionel Rouget, le directeur du TEC BW, explique pourquoi ces projets sont incontournables.
Lionel Rouget, les deux projets de dépôts de Jodoigne et Wavre sont différents mais aussi très semblables. Pourquoi ?
Ce sont des projets jumeaux, les plans sont les mêmes. Le TEC a actuellement une cinquantaine de bus dans chacun des dépôts de Chastre et Jodoigne, mais ils sont tous les deux obsolètes. Nous avons mis sur pied les deux projets en parallèle: réunions d'information préalable, études d'incidences en cours de finalisation. Le but est de déposer un permis unique pour les deux dossiers dans les mois qui viennent, donc avant la fin de cette année 2026.
Cependant, les deux dossiers ont reçu un accueil très différent.
Le projet a été plus simple sur Jodoigne parce que la Ville était demandeuse de conserver un dépôt. Le nouveau site s'éloigne légèrement du centre, et est situé en face du nouveau centre sportif. Il n'y a pas de voisin direct, pas d'opposition citoyenne marquée.
Pour Chastre qui devrait aller à Wavre, il y a de fortes oppositions, tant des riverains que de la Ville.
Pourquoi est-il si impératif de déménager ?
Il y a des réalités qu'il est nécessaire de rappeler. D'abord, dans les deux cas, ce sont des ateliers conçus pour des bus standards, alors qu'on a de plus en plus d'articulés dans le mix. À Chastre par exemple, pour travailler sur un bus articulé, il faut entrer dans un sens, puis repartir en marche arrière pour travailler sur l'autre partie. Ce n'est pas du tout adéquat, ni en termes de sécurité, ni de bien-être pour le personnel.
Les bus électriques sont LE problème
Ensuite, il y a le problème de l'électrification de la flotte. Le dépôt de Chastre n'est pas électrifiable: il n'y a aucune puissance électrique disponible sur le site, et il n'y en aura pas avant 8 à 10 ans. En Région wallonne, la disponibilité de puissance électrique est devenue un vrai problème. Or, nos premiers bus électriques commenceront à être livrés en 2027, à Jodoigne et à Baulers. On transférera alors nos bus actuels les plus récents de ces dépôts vers Chastre… en attendant.
Chastre est un dépôt du XIXe siècle, qu'il faudrait refaire de toute manière. Et il y a une particularité supplémentaire: avec le RER, la voie ferrée passe de deux à quatre bandes, et l'élargissement empiète sur notre terrain. On est donc de facto expropriés pour utilité publique sur une partie du site: tout le parking pour bus articulés disparaîtra, ainsi qu'une partie de l'atelier. Le dépôt est déjà trop petit pour le nombre de bus actuel, et on va en plus amputer un bon tiers du parking. On ne pourra plus accueillir de bus électriques, et il faudra détruire un atelier déjà très vétuste. De toute façon, nous n'aurons plus de permis d'exploitation: ils ne seront pas prolongés après 2032.
Donc, dès 2030, un bon tiers des bus ne circulera plus dans le Brabant wallon depuis ce dépôt ; et en 2032, il n'y aura plus aucun bus stationné dans le centre du Brabant wallon. La nécessité de déménager ne se discute donc pas vraiment.
Pour Wavre, il y a énormément d'opposants au projet. L'étude d'incidences n'est pas terminée mais les riverains se sont fédérés contre le TEC, et on sait que le collège communal actuel n'est pas favorable au projet non plus, à cause de la mobilité principalement.
Pour ce qui est de la mobilité, il n'y aura pas tellement de mouvements. En comptant chauffeurs, personnel administratif et technique, on aura environ 80 personnes sur site. Ils arrivent et repartent à des horaires étalés, donc en dehors des heures de pointe pour l'essentiel. Et les bus eux-mêmes ne repassent pas au dépôt en journée: on évite de faire rouler des bus "à vide" hors ligne. À titre de comparaison, l'hôpital générera plus de 1 000 voitures par heure. Nous représentons une goutte d'eau dans cette circulation.
Vous parlez de 60 bus, mais le dépôt de Wavre est présenté avec une capacité de 120 bus…
Ce sont des extensions possibles. On n'aura pas 120 bus demain. Le transport modal est une priorité européenne, belge et régionale. Je serais irresponsable de prévoir un dépôt qui ne puisse pas être étendu: il est donc dimensionné pour 120 bus, mais avec 60 en service à court et moyen terme. Mes projets sont pensés pour 50 ans, pas pour 10 ans.
Et concernant les nuisances sonores ?
Les riverains ont aujourd'hui un champ sans culture haute, et la N25, une nationale à deux fois deux bandes où l'on roule à 120 km/h. Le bruit de fond est déjà important sur place. Notre dépôt sera en plus situé dans un point bas du terrain. On y travaillera à portes fermées, ce qui n'est pas le cas dans les dépôts actuels, trop exigus pour ça. Le bruit n'aura rien de comparable ni avec un vieux dépôt, ni avec l'hôpital voisin, qui aura lui des sirènes et des urgences ouvertes la nuit.
Par ailleurs, les belles villas les plus proches seront à environ 200 mètres du bâtiment, soit deux terrains de football. Et le but est de réaliser un dépôt bien intégré dans le paysage.
Actuellement, le terrain est cultivé et votre projet est basé sur une expropriation.
Cela m'ennuie sincèrement de devoir procéder de cette manière, pour les agriculteurs concernés.
Vous annoncez avoir fait des concessions car votre projet ne prévoit plus l'acquisition de la totalité de la parcelle de 22 hectares, mais plutôt 12.
Nos besoins réels pour un dépôt électrique aux normes, avec ses aménagements, se situent plutôt autour de 8 à 12 hectares. Suite aux suggestions du bureau lors de l'étude d'incidences et de la fonctionnaire déléguée, le projet a été revu à la baisse: nous n'acquerrons probablement que 12 hectares. Cela devrait permettre de préserver une partie des revenus de l'exploitation agricole concernée, l'un des points sur lesquels je reconnais que l'argument des opposants était fondé. Le bâtiment lui-même garde le même gabarit mais une zone d'extension au nord, non utilisée dans l'immédiat (parking bus), restera cultivable, avec des accès pensés pour laisser passer aussi bien les bus que les engins agricoles. On ne va pas artificialiser un parking pour 120 bus si on en a 60. Ça n'a pas de sens ni économiquement, ni écologiquement.
Selon vous, toutes les autres solutions ont été sérieusement étudiées ?
Nous n'avons pas de plan B. Il n'en existe pas. Le choix de la localisation a été fait à travers un processus rigoureux et objectivé scientifiquement. Ce n'est pas une décision arbitraire. Les citoyens ont proposé une vingtaine d'autres localisations. L'auteur de l'étude d'incidences a l'obligation de les analyser. Mais le site de Wavre reste celui qui coche le plus de cases. Le seul plan B, c'est de rester le plus longtemps possible dans les dépôts actuels, mais les permis d'exploitation ne seront pas renouvelés après 2032. Si le processus de déménagement prenait trop de retard à cause des oppositions, l'offre de transport public en Brabant wallon en pâtirait directement.
