Les hélicoptères NH-90 de Beauvechain ne sont plus la priorité de la Défense
Face au manque de personnel, au faible soutien industriel et au coût de l'hélico, la Défense a réduit le plan de vol des NH-90 TTH.

- Publié le 25-06-2020 à 07h12

Mercredi, la Composante Air de la Défense a annoncé réduire le nombre d'heures de vol de ses quatre hélicoptères de transport NH-90, ceux basés à Beauvechain.
"Aujourd'hui, notre organisation est en profonde mutation et nous sommes confrontés à un défi extraordinaire dans le domaine des ressources humaines. Dans ce contexte, il a été décidé de réduire le plan de vol de la version NH-90 TTH (Troop Transport Helicopter)", dit le communiqué envoyé par la Composante Air.
Les quatre autres NH-90, version marine, basés à Coxyde, ne sont pas concernés. "La Défense fait le choix de se concentrer prioritairement sur la version NFH (Nato Frigate Helicopter), qui, dans son rôle maritime, doit accroître l'efficacité des frégates et en même temps assurer la mission SAR (Search and Rescue)."
Général-major aviateur Frederik Vansina, chef de la Composante Air, pourquoi réduire le nombre d'heures de vol du NH-90, version transport?

Le début du raisonnement, c'est le manque de personnel, surtout technique, au sein de la Défense. On le ressent déjà et cela s'accentuera encore dans le futur. Le chef de la Défense (NDLR: le général Marc Compernol) a créé une équipe de transition en octobre dernier pour faire des propositions à la veille d'une transformation et d'intégration de nouvelles capacités. La Composante Air a analysé ses capacités en regard des priorités du chef de la Défense et du personnel disponible. Nous avons dès lors décidé de réduire le plan de vol des NH-90 TTH. Il va passer de plus ou moins 1 000 heures de vol par an à 600 heures, soit une diminution de 40%.
Et pourquoi les NH-90 TTH?
Outre le manque de personnel technique, il faut savoir que le NH-90, bien que performant quand il vole, demande beaucoup de soutien logistique et technique. Or l'industrie ne nous soutient pas assez: la fourniture de pièces de rechange ne suit pas, le temps d'entretien est long, les modifications et mises à niveau sont très coûteuses… Au final, le temps de disponibilité du NH-90 est trop faible (30 à 40% de son temps), sans compter qu'une heure de vol de cet appareil coûte plus cher qu'une heure de vol d'un avion F-16… La décision prise est donc une décision de bon père de famille.
Dès lors, qu'attendez-vous d'eux?
De maintenir notre expertise dans le domaine et de soutenir les Composantes Terre et Médicale. Les hélicoptères voleront encore quelques années, mais ils ne seront plus déployés en opération à l'étranger, ce qui demande un soutien technique trop important.
La participation, en 2018, à la Minusma, opération de l'ONU de stabilisation du Mali, restera donc le seul et unique déploiement opérationnel du NH-90 TTH?
Oui. Ils partiront peut-être encore à l'étranger pour des exercices, mais plus dans un déploiement de type Mali.
La Belgique a-t-elle bien fait d'acquérir ces appareils?
Il est compliqué de réécrire l'histoire a posteriori. Quand la décision a été prise par le monde politique (NDLR: en 2007), celui-ci ne pouvait pas savoir que le soutien industriel allait être si faible et que les coûts de modification seraient aussi élevés. N'oublions pas qu'il était question que le NH-90 soit le futur hélicoptère standard de l'Union européenne. Or, il existe 23 versions de cet hélico! Je le répète, quand il vole, il remplit ses missions. Mais il demande des moyens techniques et logistiques tels que c'est intenable et très cher.
"Pour assurer l'appui à la Composante Terre et à la Composante Médicale à l'avenir, plusieurs pistes sont actuellement à l'étude", lit-on dans le communiqué. Les NH-90 TTH vont-ils être vendus au profit de plus petits appareils?
On étudie différentes pistes et c'est l'une d'entre elles. On peut aussi imaginer les garder et avoir un partenaire civil pour leur maintenance. Il n'y a rien de décider et aucun agenda n'a été fixé.
Que vont devenir les pilotes des NH-90 impactés par la réduction du plan de vol?
On gardera un nombre d'équipages suffisant pour assurer le plan de vol de 600 h par an. Les autres seront redirigés vers le NH-90 NFH (version marine) ou les Agusta A-109 (NDLR: hélicoptères plus petits et aussi basés à Beauvechain).
Aucun ne va "perdre" ses ailes?
Non, chaque pilote aura un cockpit.