Clémentine Célarié a crié l'amour maternel dans un seul en scène époustouflant à Huy: "Le théâtre, c'est le royaume de l'émotion"
Le public du centre culturel de Huy n'est pas près d'oublier la magistrale prestation de la comédienne francaise dans "Je suis la maman du bourreau"
- Publié le 13-02-2025 à 14h20

"Le théâtre, c'est le royaume de l'émotion, qu'elle soit légère, folle, ou tragique. J'aime les textes forts, puissants, avec de grandes oscillations dans le rire ou dans le drame. Ici, j'ai eu un coup de foudre, j'ai été prise par les tripes par l'histoire de cette femme."
Invitée en début de semaine sur les différents plateaux belges, dont celui de La Première, Clémentine Célarié pourrait parler pendant des heures de la pièce qu'elle a jouée ce mercredi soir au centre culturel de Huy.Mais, au fond, n'est-il pas erroné de parler de jeu dans le cas présent ? Car pendant 90 minutes, la comédienne n'incarne pas Gabrielle de Miremont, Clémentine Célarié est Gabrielle de Miremont dans cette œuvre qu'elle a adaptée du roman de David Lelait-Helo, sorti en 2022, Je suis la maman du bourreau.
C'est l'histoire puissante, vertigineuse d'une mère, bourgeoise, fervente croyante à qui la religion a légué de (trop ?) solides convictions.La vie de Gabrielle bascule quand elle découvre que son fils adoré, Pierre-Marie, prêtre de la paroisse, a commis l'innommable, à savoir le viol du jeune Adrien.Pendant 20 ans, la victime restera terrée dans le silence, avant d'oser libérer sa parole.
Mais qu'on ne s'y trompe pas: le thème central de ce seul en scène reste bien l'amour maternel, même si l'adaptation de l'œuvre de David Lelait-Helo, jouée pour la première fois au festival Off d'Avignon en 2023, résonne encore davantage, depuis les révélations l'été dernier des abus sexuels commis par l'abbé Pierre.
"J'aimais un ange, il était le diable, lance Gabrielle. Aurais-je pu déceler ce que je n'ai pas vu ? Ce drame que j'ai porté dans mon ventre. L'ai-je mal aimé ou trop aimé ?"
Dans un silence de cathédrale (entrecoupé, il est vrai, de nombreux toussotements dans le public venant rappeler que les virus hivernaux sont coriaces…), Clémentine Célarié livre une prestation exceptionnelle appréciée à sa juste valeur par le public hutois qui lui réserve une standing ovation.
Pour détendre l'atmosphère, la comédienne prolongera le moment durant une vingtaine de minutes. "J'essaye d'imaginer le chagrin de Gabrielle, je pleure aussi pour tous ceux et toutes celles qui vivent ce genre de drame", répondra-t-elle à une spectatrice l'interrogeant sur son impressionnante aisance à verser des larmes sur scène.
"Si je m'écoutais, je vous congèlerais", lancera-t-elle encore à l'attention des 650 spectateurs (jauge complète) du centre culturel. Nous aussi, on aurait aimé congeler ce magistral moment de théâtre pour pouvoir le revivre. Et frissonner à nouveau. Encore et toujours.
