1 Belge sur 5 consomme des somnifères, un héritage des années 80
Au moins un Belge sur cinq consomme des somnifères. Dans les années 80, un point marketing a joué disant que les benzodiazépines étaient plus sûrs que les barbituriques. Difficile de s'en défaire.

- Publié le 30-10-2025 à 16h12
- Mis à jour le 30-10-2025 à 16h31

Laurence, plutôt poids plume, s’est vu prescrire des benzodiazépines à dose élevée pour traverser une période difficile. Quand elle a voulu arrêter, après quelques semaines, elle a fait des convulsions. Il lui a fallu deux ans pour se sevrer, en prenant des doses de plus en plus petites.
Elle décrit tout au long de ce sevrage des nuits de 3 à 4 heures et l’impression d’un cerveau « qui fond ». Pour y arriver, elle a eu un suivi médical mais aussi le soutien d’un forum « entre benzotés », comme elle dit. « Je croyais devenir cinglée, j’ai pu me rendre compte qu’on était nombreux dans mon cas avec les mêmes difficultés », témoigne-t-elle dans un podcast destiné à sensibiliser à la question.
Culture de la pilule
Une consommation fréquente, au-delà de seulement une dizaine de jours, peut entraîner une habituation. Il faut alors des doses plus élevées pour obtenir l’effet souhaité. En augmentant la dose, on devient somnolent et on perd sa concentration. Et si l’on essaie de réduire, les problèmes réapparaissent encore plus fortement. Or les pharmacies des Belges sont remplies de somnifères et tranquillisants. Un Belge sur cinq est concerné par une consommation de ces produits.
La Belgique aurait une culture de la prescription de pilule en tant que solution rapide à chaque malaise. Historiquement, souligne Béatrice Scholtes, l’une des chercheuses qui a mené le projet « Benzocare » qui s'est concentré sur l'expérience des patients belges face à la "déprescription" des benzodiazépines et Z-drugs, il pourrait y avoir une perception erronée de la part des médecins que les patients attendent une prescription comme une "transaction" pour la consultation. Or, les patients cherchent souvent avant tout à être rassurés.
Médicaments pour mieux dormir: un héritage des années 80
« Il y a moins de nouveaux utilisateurs mais c’est difficile à arrêter, poursuit le docteur François-Xavier Sibille, gériatre, chef de clinique adjoint à Mont-Godinne et chargé de cours à l’UCLouvain. Dans les années 80, un point marketing a joué disant que les benzodiazépines étaient plus sûrs que les barbituriques. Depuis lors, on a prouvé des effets néfastes en plus de l’addiction comme des troubles de la mémoire, des chutes, des accidents sur la voie publique. Tout ça pour le gain d’une demi-heure de sommeil en sachant que le sommeil est globalement moins bon sous médicament ».
La moitié des personnes dans les maisons de repos sont sous le joug de ces médicaments mais les jeunes ne sont pas en reste. Selon une nouvelle étude de la VAD, de plus en plus de jeunes flamands âgés de 12 à 18 ans utilisent des médicaments pour dormir ou se calmer, prescrits par un médecin. Un nombre record de filles utilise désormais ces médicaments, 21 % contre 12 % chez les garçons, chiffre resté stable ces dernières années.
2/3 de femmes reçoivent les molécules les plus vendues comme l'alprazolam et le zolpidem
Les molécules les plus vendues sont l’alprazolam, le zolpidem, le lormetazepam, le lorazepam et le diazépam. Environ 2/3 des patients ayant reçu ces médicaments étaient des femmes. Ce type de médicament est plus souvent prescrit à des patients âgés de 45 à 64 ans. La majorité des somnifères et calmants délivrés ont été prescrits par des médecins généralistes et 6 % environ par des psychiatres.
Les grosses boites de Xanax et autres trainent dans les pharmacies, entrainant une propension à en consommer comme on le ferait d’une aspirine. Pourtant, le zolpidem qui est l’une des molécules les plus souvent prescrites en Belgique, est disponible sur le marché belge en petits conditionnements de 7 ou 10 comprimés. En 2022, ces petits conditionnements représentaient moins de 1 % de l’ensemble des boîtes vendues.
