École : Qu'est-ce qui cloche dans notre enseignement pour qu'il soit l'un des plus inégalitaires au monde ?
Tous les experts, toutes les recherches, toutes les évaluations PISA le confirment. Le système éducatif de la Communauté française est “particulièrement inégalitaire” et “peu efficace”.

- Publié le 29-08-2026 à 10h00

“Les élèves les plus faibles tirent les moyennes vers le bas et le système reproduit davantage les inégalités sociales que les autres systèmes éducatifs en Europe”, pose Vincent Dupriez, professeur de sciences de l’éducation à l’UCLouvain. “La nécessité de réformer notre enseignement est urgente et le pacte d’excellence n’arrivait pas pour rien”, abonde Elsa Roland, également professeure de sciences de l’éducation mais de l’Unamur.
Longues consultations
Or le “Pacte d’Excellence” visait à construire une école plus ambitieuse pour tous, et plus longtemps, en permettant une orientation vers les filières basée sur le projet personnel de l’élève plutôt que sur l’échec scolaire (la “relégation”). Vincent Dupriez souligne la cohérence du projet. “Malgré les problèmes d’implémentation actuels, la réforme du tronc commun, issue de longues réflexions et consultations, portait une cohérence et une dimension culturelle et axiologique claire : celle d’une école qui se soucie mieux de tous, sans pénaliser les plus avancés.” Elsa Roland le résume bien : un système égalitaire n’a rien d’incompatible avec ce qu’on appelle la “performance” — même si le terme mérite d’être interrogé.
La recherche montre de manière solide et consensuelle qu’un tronc commun prolongé diminue les inégalités sociales à l’école. “En gardant les élèves ensemble plus longtemps avec un programme ambitieux, l’école a plus de temps pour compenser les différences familiales”, explique Vincent Dupriez. “Cette approche rend les performances des élèves moins dépendantes de leur origine sociale. La séparation en filières se fonde alors davantage sur un choix personnel de l’élève plutôt que sur la pression familiale ou les difficultés précoces.” Le regroupement des élèves en difficulté (ceux qui n’avaient pas obtenu leur CEB) dans des classes spécifiques a prouvé son inefficacité ; la recherche indique qu'il “accroît les écarts plutôt que de permettre un rattrapage.
Etre prof, plus difficile que jamais
Sauf que cela complexifie le métier d’enseignant; L’hétérogénéité des classes augmente les exigences pédagogiques ; l’école doit s’adapter à un environnement social, des élèves et des familles qui ont profondément changé. “Le métier d’enseignant est confronté à une société qui cherche la “satisfaction immédiate”, contrastant avec l’exigence des études”, souligne Vincent Dupriez. Les pays ayant un tronc commun long (comme les pays scandinaves) investissent massivement dans des dispositifs de soutien pédagogique (diagnostiquer les difficultés, soutenir les élèves, remédiation) et adoptent des approches différenciées à travers des activités variées.
Il faut dire que longtemps, l’école n’a pas été celle de l’émancipation de tous. L’orientation en ce sens a été initiée avec le décret missions de 1997 qui affirme vouloir plus d’égalité entre les élèves. Las. “Quelque chose dans l’école continue à reproduire les rapports de domination du passé comme au 19e siècle où c’était un lieu d’obéissance, parfois même de dressage. L’école reste très close sur elle-même. On enferme des élèves du même âge dans un espace clos, avec un programme à suivre qui laisse peu de place, voir aucune, à la parole des élève ou à leurs envies d’apprendre. Cette mentalité est encore fortement présente dans beaucoup d’écoles”, dénonce Elsa Roland. Mais cette révolution prend du temps. L’enseignement finlandais, souvent cité en exemple, a transformé son système à partir de 1970.
