« Visiter le musée du Louvre est devenu un véritable parcours du combattant »: après le vol, le personnel se met en grève
Le Louvre, symbole culturel mondial et musée le plus fréquenté de la planète, a gardé portes closes ce lundi à Paris. En cause : une grève reconductible votée à l’unanimité par près de 400 agents, excédés par la dégradation de leurs conditions de travail et d’accueil du public.

- Publié le 15-12-2025 à 16h30

Une fermeture spectaculaire qui intervient dans un contexte déjà explosif pour l’institution. « Visiter le Louvre est devenu un véritable parcours du combattant », dénoncent les syndicats CGT, CFDT et Sud. Selon eux, les visiteurs sont confrontés à des circulations entravées et à un accès de plus en plus limité aux œuvres, conséquence directe du sous-effectif chronique et de la vétusté du bâtiment.
Après l’assemblée générale de lundi matin, plusieurs dizaines d’agents ont déployé une banderole appelant à des « conditions de travail décentes », à des hausses de salaires et à davantage de personnel, tout en scandant leur colère dans la cour du musée. « On est en colère. Nous ne sommes pas d’accord avec la manière dont le Louvre a été géré », a résumé Élise Muller, agente de surveillance et membre de Sud Culture.
La direction a confirmé une fermeture complète pour la journée. Une nouvelle assemblée générale est prévue mercredi matin, le mardi correspondant à la fermeture hebdomadaire du musée.
Un musée fragilisé sur tous les fronts
Le conflit social éclate à un moment particulièrement sensible, à l’approche des vacances de Noël, période clé pour la fréquentation. Car le Louvre traverse une véritable série noire. En octobre, le musée a été victime d’un vol spectaculaire : des bijoux de la Couronne du XIXe siècle, estimés à 88 millions d’euros, ont été dérobés en plein jour et restent introuvables. En novembre, une galerie a dû être fermée en urgence en raison de la fragilité de l’édifice, avant qu’une fuite d’eau n’endommage plusieurs centaines d’ouvrages de la bibliothèque des Antiquités égyptiennes.
Pour les syndicats, ces incidents révèlent un problème plus profond. « Il faut un changement de braquet concernant les priorités du bâtiment, notamment la sûreté et la rénovation », insiste Christian Galani, de la CGT, syndicat majoritaire au Louvre.
Réorganisation sous haute tension
Face à la mobilisation, la ministre de la Culture, Rachida Dati, s’est engagée à revenir sur la baisse de 5,7 millions d’euros de la dotation publique prévue dans le projet de loi de finances 2026. Un geste jugé insuffisant par les représentants du personnel, qui réclament des mesures structurelles.
En parallèle, le musée est soumis à une réorganisation accélérée. Fragilisée, sa présidente Laurence des Cars devra travailler durant plusieurs mois en tandem avec Philippe Jost, haut fonctionnaire chargé du chantier de Notre-Dame, à qui la ministre a confié la mission de « réorganiser en profondeur » l’institution.
Cette semaine, des sénateurs entameront également une série d’auditions pour faire la lumière sur les dysfonctionnements révélés par une enquête administrative lancée après le cambriolage. Laurence des Cars sera entendue mercredi. Les premières conclusions évoquent une « sous-estimation chronique » du risque d’intrusion et un « sous-équipement » des dispositifs de sécurité.
Avec 8,7 millions de visiteurs accueillis en 2024, dont près de 70 % d’étrangers, le Louvre reste un géant culturel. Mais derrière la Joconde, la crise couve — et menace désormais jusqu’à son fonctionnement quotidien.
