Dans leur "chasse aux sans-papiers", les autorités belges ont-elles passé les limites ? "Des méthodes déshumanisantes, de l'acharnement"
Les avocats et les associations défendant les demandeurs d'asile s'inquiètent des récentes dérives cautionnées par l'Arizona.

- Publié le 31-08-2026 à 08h40
- Mis à jour le 31-08-2026 à 09h09

En 2025, 71 personnes ont été placées en centre fermé après s’être rendues à un rendez-vous à l’Office des étrangers. Depuis le début de cette année, ce chiffre monte déjà à 68. Une pratique contestée après l’arrestation d’un Palestinien le 21 mai. Mais, interpellée, la Cour de cassation estime qu’il n’y a pas de tromperie de la part de l’OE.
Ces arrestations sont pourtant dénoncées par les avocats des demandeurs d’asile et par les associations. Le Ciré (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et étrangers) souligne le dilemme auquel ils font face : ne pas aller à une convocation et renoncer à leur demande ou s’y rendre et risquer de finir en centre fermé.
Quels problèmes éthiques, et même légaux, posent les visites domiciliaires ?
Le gouvernement Arizona a dégainé son projet de loi relatif aux visites domiciliaires. L’idée est simple : entrer dans un logement, sans l’autorisation des occupants, pour vérifier si une personne sans titre de séjour s’y trouve. Et le cas échéant, l’arrêter et l’expulser. Freddy Roosemont, directeur général de l’OE, a confié avoir participé à l’élaboration du projet de loi et salue un texte “logique et exécutable”.
Associations, avocats et une partie de la société civile s’inquiètent tant du principe que des dérives des visites domiciliaires. Le Ciré y voit une menace grave sur l’inviolabilité du domicile et sur la solidarité citoyenne. “De plus, il contient des critères extrêmement vagues, notamment sur la notion de personnes “susceptibles de compromettre l’ordre public” et aucun recours n’est prévu pour contester la légalité de l’arrestation.”

Pourquoi 40 % des plaintes traitées par le médiateur fédéral concernent l'immigration ?
Début juin, on apprenait que plus de 40 % des plaintes traitées par le Médiateur fédéral en 2024 et 2025 concernaient l’asile et l’immigration. L’OE est particulièrement visé. On lui reproche un traitement dysfonctionnel des demandes, des réponses standardisées, des interprétations trop restrictives et des délais trop longs. L’ombudsman recommande de renforcer les services dans un contexte d’augmentation constante des dossiers.
Il y a quelques mois, Sibylle Gioe, présidente de la Ligue des droits humains, exposait dans nos pages le risque de pratiques “déshumanisantes” de l’OE. “Beaucoup pensent qu'il s’acharne. (Sa) manière de fonctionner est à ce point déshumanisante que les personnes se disent que c’est fait exprès.”
Pourquoi la secrétaire d'État refuse de payer les amendes dues par la Belgique ?
Cette année, la Belgique a atteint les quatre millions d’euros d’astreintes pour le manque d’hébergement de centaines de demandeurs d’asile. La Secrétaire d’Etat Anneleen Van Bossuyt n’est pas disposée à les payer.
Quand Fedasil ne pouvait ne pas assigner de place en centre d’accueil, elle leur permettait auparavant de se tourner vers un CPAS pour obtenir une aide financière. Une disposition dans le viseur de l’Arizona depuis juillet 2025. Sauf que fin mai, la Cour constitutionnelle a annulé cette suspension, arguant du “droit à la dignité humaine”.