Métal Hurlant: l'exposition à Bruxelles retrace 50 ans d'une révolution artistique
En 1975, de géniaux turbulents décident de mettre à mal la bande dessinée de papa en inventant Métal Hurlant. Une expo retrace leur aventure.
- Publié le 08-12-2025 à 15h30

En fondant le magazine Métal Hurlant, Jean Giraud (aka Moebius), Philippe Druillet, le multi instrumentiste Jean-Pierre Dionnet et le "financier" Bernard Farkas posent les jalons d’une nouvelle bande dessinée, affranchie du passé, adulte mais certainement pas sage. Au fil des numéros de ce magazine faisant la part belle à l’anarchie, la SF, la bagarre et les femmes dénudées, c’est tout un genre qui s’est créé et une pratique qui s’est modifiée.
Cinquante ans plus tard, Métal existe encore, et si le coup d’œil dans le rétro que propose une vaste et belle expo rend compte de la bordélique opulence du passé, elle n’oublie pas la richesse d’aujourd’hui. L’illustrateur et commissaire Gilles Francescano résume l’importance de ce magazine en commentant une photo emblématique, prise en noir et blanc à la naissance de la bête éditoriale. «Elle est magique cette photo, et représente si bien l’esprit du magazine, que Dionnet lui-même résumait comme ceci : «On n’était pas un magazine de BD, on était un groupe de rock ! » À plus d’un égard, Métal Hurlant est un monstre ! Par l’abondance de sa production, mais aussi par le chaos dont il est né, et qu’il a généré… rien n’est linéaire dans cette histoire, rien n’a été tranquille. Avec Métal, on se trouve face à une révolution permanente, et c’est dans cet état d’esprit que j’ai abordé la création de cette expo, en me détachant de la pression monstre d’une telle affaire. »
Druillet, Moebius et Dionnet
Les cases, explosées et cyber-baroques de Druillet, l’élégance futuriste et intemporelle de Moebius, les idées hors normes de Dionnet et le bestiaire, humain ou non, de tous leurs collègues qui ont sué sang, eau, et le reste pour créer les pages peu sages de cette institution nous ravissent, et nous rappellent la joyeuse importance de l’audace.
À l’heure où il semble qu’une bien triste messe soit dite pour les rêves imprimés sur papier, alors que le vol mortifère de l’IA projette une ombre de lendemains assez peu excitants, la bête semble encore bouger. Une créature créée par une bande d’hurluberlus pourchassant des rêves insensés, portée par la rage punk et l’énergie du rock, et maintenue en vie par une bande de jeunes qui a repris le flambeau punk. Nouvelles méthodes, même niaque. Ça fait plaisir à voir, et ça se passe au vieux musée de la BD de Bruxelles.
Métal Hurlant, embarquement immédiat. Jusqu’au 17/5/ 26, Musée de la BD, Bruxelles.
