Redécouvrez Goya au cœur de l'exposition Luz y Sombra à Bozar: un voyage à travers les plus grandes œuvres espagnoles jusqu'au 2 février
Immense artiste à l’origine d’une œuvre emblématique, il est au centre d’un casting à découvrir à Bruxelles dans l’exposition Luz y sombra. Goya et le réalisme espagnol, événement phare d’ Europalia España.
- Publié le 15-12-2025 à 12h30

Dans Europalia España, pas de Tres de May où des insurgés espagnols sont fusillés par les troupes de Napoléon. Une oeuvre emblématique de l’immense artiste Francisco de Goya. Pas de présence non plus de la Maya nue, grande source d'inspiration pour Edouard Manet quand il vint à peindre son Olympia en 1871. Cela n’a pourtant pas empêché les commissaires Rocio Gracia Ipinâ et Leticia Sastre Sanchez d’imaginer Luz y sombra. Goya et le réalisme espagnol, l'exposition phare dans le programme d’Europalia 2025. L’expo est construite sur une rencontre neuve, riche, variée, souvent émouvante avec l’univers de Goya, peintre et graveur espagnol né à Fuendetodos, dans la province de Saragosse en 1746, décédé à Bordeaux en 1828. Un parcours esthétique qui traverse aussi le époques les plus sombres de l’Histoire…
A Bozar à Bruxelles, pour remplir leur mission originale, les deux commissaires ont rassemblé autour de la figure centrale de Goya, des artistes espagnols dont, disent-ils, "la sensibilité moderne résonne plus que jamais aujourd’hui». Pour nous plonger dans le monde de Goya, souvent relié à l’histoire de l’Espagne, Rocio Gracia Ipinâ et Leticia Sastre Sanchez ont rassemblé des artistes qui ont ressenti le besoin et l'envie de comprendre l’oeuvre de Goya - le pourquoi et le comment de sa démarche en somme. C’est le point de départ déclaré de l’exposition Luz y Sombra…
De Velasquez à Picasso
De fil en aiguille et à travers divers questionnements, on peut ainsi admirer les oeuvres de septante artistes. Dans ce cercle «goyacien» cohabitent des noms prestigieux tels que ceux d’Eugenio Lucas Velasquez, Pablo Picasso, José Gutiérrez ou encore Marisa Gonzàlez dont on peut voir Violencia de mujer, célèbre montage vidéo de 1975 autour de la violence faites aux femmes. On rencontre aussi, sur fond noir, l’impressionnant regard de Clotilde à la mantille noire signée Joaquin Sorolla y Bastida, peintre de Valence de la fin du XIXe siècle. Ce dialogue entre les époques et les artistes sert également à explorer des thématiques importantes qui, conjuguées les unes aux autres, offrent une réflexion sur la culture et l’identité espagnoles. Quel regard portons-nous sur l’Espagne et quel point de vue les Espagnols ont-ils développé sur leur pays ?
Autant de questions qui traversent l’exposition qui sonne comme une déclaration d’amour à la terre de Goya. Car, dans le casting aligné à Bozar, la star de l’expo reste évidemment Goya dont on découvre notamment les gravures parfois polémiques comme celles consacrées, par exemple, à la Tauromaquia. On s’attarde avec émotion à la fois sur le joli port de tête de Las mosas del cantaro et sur les Désastres de la guerre, oeuvres revisitant quelque peu l’image de Goya parfois perçu comme peintre de la cour, alors qu’il n’a pas cessé de peindre et de graver de joyeux comédiens de rue et les atrocités de son temps.
En se promenant dans la densité de cet ensemble inspiré par la force et la puissance de Francisco de Goya, on s’amuse aussi à slalomer dans le lexique - Caprichois, par exemple, titre d’une série de quatre vingt gravures publiées par Goya dès 1915 ou Disparates, réalisées entre 1815 et 1924. Mais l’essentiel demeure l’expérience esthétique que procure cette exposition riche et variée où il est question de mysticisme, de guerre civile, de franquisme, mais aussi des ciels éblouissants. Une exposition qui réclame, et qui mérite, qu’on prenne le temps – et prendre le temps, c’est la meilleure chose à faire en cette période des fêtes… .
Luz y Sombra. Goya et le Réalisme espagnol. Jusqu’au 11/1/26, Bozar, Bruxelles. www.bozar.be
L'expo met aussi en évidence des artistes dont "la sensibilité moderne résonne plus que jamais aujourd’hui».
Voir aussi Albert Serra
Pour célébrer sa trentième édition, le festival Europalia met en scène jusqu’au premier février 2026, toute la richesse et la diversité culturelle de l’Espagne à travers une centaine d’événements (arts visuels, musique, performances, théâtre, danse, littérature…) , réunissant quelques cent septante artistes dans plus de quatre-vingt lieux. On notera notamment à Bozar, la participation du cinéaste Albert Serra. «Bien qu’il n’existe pas de lien direct entre leurs visions, Serra partage avec Goya une exigence plastique, une obsession pour la texture et l’instant», nous précisent les commissaires de l’expo. En plus de présenter ses propres projets, Serra y propose une lecture cinéma photographique de Goya.
Europalia España. Jusqu’au 1/2/26. www.europalia.eu.
