Entre Honfleur et le Vexin, l'art du dépaysement à deux pas de chez soi
Nul besoin de traverser la planète pour s'évader. Entre la côte normande et les vallons du Vexin, ces hôtels de charme, bonnes tables et adresses confidentielles prouvent que le vrai luxe est parfois de partir moins loin, mais mieux.

- Publié le 08-08-2026 à 08h30

On nous répète qu’il faut voyager pour s’ouvrir au monde. Certes. Mais faut-il vraiment traverser un terminal grand comme une petite principauté, enlever sa ceinture, montrer son dentifrice et payer le prix d’un déjeuner pour un café tiède? Pas sûr. Le dépaysement, le vrai, ne se mesure pas au nombre de miles accumulés sur une carte de fidélité. Il commence souvent beaucoup plus près, au détour d’une route secondaire que le GPS n’avait même pas jugé digne d’intérêt. Entre Honfleur et le Vexin, il subsiste encore des endroits où l’on peut prendre son temps sans culpabiliser, flâner sans programme, bien manger sans vendre un rein et dormir sans entendre vibrer le smartphone du voisin à travers la cloison.
On y découvre des maisons de caractère qui ont davantage d’histoires à raconter que certains guides touristiques, des tables inspirées où l’assiette a du sens, des producteurs passionnés qui parlent de leur métier avec des étoiles dans les yeux et quelques paysages qui rappellent que la carte postale n’a pas totalement disparu. Des lieux sincères, élégants sans être prétentieux, où l’on retrouve ce luxe devenu rare: celui d’être ailleurs sans avoir eu besoin d’aller très loin.

La Ferme Saint-Siméon
Si l’excellence avait une définition, ce serait ici. Tout y est réglé comme du papier à musique, de l’accueil à la table. C’est vraiment du grand art. Ajoutons à cela deux restaurants où l’on fait mieux que manger. “La Boucane” joue la partition brasserie, simple et chaleureuse. “Les Impressionnistes” en est le pendant gastronomique et mériterait une étoile supplémentaire au guide pneumatique. La sommelière Emma Roffat justifie, presque à elle seule, le voyage. Elle virevolte avec les boissons locales autour du menu du chef Matthieu Pouleur. Ce tandem fait bouger les lignes en profondeur. Pour être honnête, la Ferme Saint-Siméon constitue en soi un but de voyage. Une escale de bonheur et de luxe discret dans le tumulte du monde. Et, si votre budget le permet, les suites sont exceptionnelles.
Rue Adolphe Marais 20, 14600 Honfleur. +33 (0) 2.31.81.78.00. www.fermesaintsimeon.fr

Côté Resto
Une adresse toute simple, cachée derrière ses vitrines. Pas un piège à touristes. Le chef a des velléités gastronomiques sans se pousser du col, et c’est très confortable. En salle, la patronne est épaulée par une chouette bande de jeunes souriants et affables. On mange vraiment bien, la carte des vins est sympathique. Bref, la France des cartes postales à table, sans extravagances et à des prix que l’on aime.
Place Sainte-Catherine 8, 14600 Honfleur. +33 (0) 2.31.89.31.33. www.cote-resto-honfleur.com

Les Calvados de Sophie
Oui, c’est dans l’une des rues les plus touristiques de la ville. Mais non, ce n’est pas un piège. La dame derrière le comptoir connaît ses producteurs et guide le visiteur avec sagesse. Le calvados est ici une histoire de femmes, et c’est très bien ainsi.
Rue de la Ville 8, 14600 Honfleur. +33 (0) 2.31.89.77.92. www.lescalvadosdesophie-honfleur.com

Le Moulin de Fourges
Si vous trouvez à l’endroit une ressemblance avec le hameau de Marie-Antoinette, c’est normal, c’est lui qui a servi d’inspiration aux bâtisseurs des lieux. Posé au bord d’un petit barrage sur l’Epte, l’endroit respire la France profonde. Vous pourrez choisir l’orientation de votre chambre entre village et rivière, histoire de dormir bercé par le doux glouglou du cours d’eau. Côté table, le Moulin propose un petit déjeuner mettant joliment en valeur les spécialités locales. Le restaurant, lui, sert une cuisine dynamique et inventive qui plaira au plus grand nombre.
Rue du Moulin 38, 27630 Vexin-sur-Epte. +33 (0) 2.32.52.12.12. www.moulindefourges.com

La Musardière
Au moindre rayon de soleil, Giverny se transforme en succursale de l’enfer tant il y a du monde. Le jardin de Monet est magnifique, mais le village est bien petit pour accueillir autant de visiteurs. Heureusement, il existe des oasis. La Musardière en est une. Abritée dans une grande maison bourgeoise posée au milieu d’un vaste jardin, presque un parc, la propriété est également un hôtel. J’y ai testé le “néobistrot”, la formule du midi de la maison. Le chef y propose une cuisine actuelle, sans les excès de l’époque, avec beaucoup d’intelligence.
Rue Claude Monet 123, 27620 Giverny. +33 (0) 2.32.21.03.18. www.lamusardiere.fr

La Ferme des Ruelles
Être dans cette région sans goûter de cidre, c’est un peu bêta, il faut bien le dire. Justement, à la Ferme des Ruelles, en plus des chambres d’hôtes, on en produit, et plutôt bien. Je me suis même surpris à préférer le demi-sec au brut, alors que ce n’est pas vraiment ma came. Pour les abstinents, on produit ici un excellent jus de pomme pétillant qui vaut largement le détour. Autre bonne surprise, quelques produits locaux sont également proposés à la vente, dont des rillettes de poissons de rivière qui me laissent encore aujourd’hui un souvenir ému sur les papilles.
Rue des Ruelles 4, 27510 Tilly. +33 (0) 2.32.52.74.61. www.fermedesruelles.com