Affaire Patrick Bruel – Karine Viseur, présumée victime, veut aller jusqu'au bout : "Il se victimise, ramène toujours tout à lui et essaie d'attendrir"
Seule plaignante belge dans l'affaire qui accuse le chanteur et acteur, Karine Viseur est déterminée à faire entendre la voix des femmes.

- Publié le 04-09-2026 à 16h34
- Mis à jour le 04-09-2026 à 17h40

Ce mardi 1er septembre, Patrick Bruel faisait part de sa décision d'annuler sa tournée "Alors regarde". Le chanteur de 67 ans était supposé prendre la route à partir d'octobre pour une série de 35 concerts, mais face à la pression de nombreux élus et d'associations féministes, il a finalement renoncé. "Je fais le choix de l'apaisement", a-t-il fait savoir dans un long message posté sur ses réseaux sociaux.
Une décision qui résonne comme un véritable "soulagement" pour Karine Viseur. L'attachée presse a porté plainte pour tentative de viol et est à ce jour la seule plaignante belge du dossier. Patrick Bruel est mis en examen dans quatre dossiers pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel. Au total, l'artiste est visé par une trentaine de plaintes, dont quatre ont été déposées par des femmes mineures au moment des faits dénoncés.
"Donner mon nom c'est une chose, mais donner mon image c'en est une autre"
Tout a commencé en mars dernier, lorsque Mediapart a publié une enquête explosive recueillant les témoignages de plusieurs femmes accusant le chanteur et acteur de violences sexuelles. "Cela a été un véritable déclic pour moi, j'ai su à ce moment-là que je devais en parler. Je n'y avais jamais pensé jusque-là. Pendant 15 ans, j'ai cloisonné les faits. J'ai vécu avec au quotidien, c'est resté en moi, mais c'était dans un tiroir que je ne voulais pas ouvrir. Mais en parlant, je me suis rendu compte très rapidement qu'on commence déjà à guérir. Une fois décidée, je n'ai jamais douté et j'ai su que j'irai jusqu'au bout", nous révèle Karine Viseur, plus déterminée que jamais.
"Je me souviens très bien de ma venue à Bruxelles" : voici ce que Patrick Bruel a dit aux enquêteurs au sujet de la plainte de la Belge Karine ViseurSi l'attachée presse a décidé de prendre la parole, elle s'est pourtant retrouvée exposée publiquement malgré elle. "Ce n'était pas voulu. J'ai été enregistrée sans qu'on me prévienne. L'entretien était supposé être pour la radio et le lendemain je me suis retrouvée au JT sans même que je le sache. Quand je l'ai appris, j'ai tout lâché au bureau. Je me suis enfuie avec mon conjoint. Donner mon nom c'est une chose, mais donner mon image c'en est une autre. Je voulais le faire étape par étape, et je n'étais pas encore prête", poursuit-elle.
"Il n'y a pas de sororité avec les femmes".
"À partir de là, j'ai reçu un déferlement de haine de la part des fans à laquelle je ne m'attendais pas. C'est une intrusion dans ta vie qui est très difficile à vivre. Les gens se révèlent grossiers, violents et menaçants. Il n'y a pas de sororité avec les femmes. Au début, j'étais naïve et je répondais, puis j'ai fini par ne plus rien lire. Je n'ai lu aucun article me concernant et je n'ai regardé aucun JT ou documentaire. Heureusement, aujourd'hui je reçois plus de messages bienveillants qui me motivent à poursuivre. Je n'estime pas être courageuse, je pense qu'ayant toujours travaillé dans la communication et côtoyé des journalistes, j'ai été plus à l'aise. C'est une évidence pour moi que je communique avec les médias, c'est grâce à eux aussi que l'affaire évolue".
Si avec les mois, Karine Viseur est parvenue à se construire une carapace, elle n'en reste pas moins impactée par l'ampleur de la procédure. "Il y a des moments où je le ressens plus et où je me sens moins bien. Je reste humaine, je ne suis pas une machine. Combien de fois on ne m'a pas accusé de faire ça pour l'argent. À la base quand j'ai déposé ma plainte, il y avait prescription donc elle ne devait même pas être jugée. Je ne savais pas qu'elle serait reconduite en tentative de viol et qu'elle serait donc instruite. Je voulais avant tout faire porter la voix des femmes."
L'attachée presse est d'ailleurs catégorique, elle affirme connaître d'autres femmes qui seraient également des présumées victimes, et qui n'oseraient toujours par porter plainte. "Pour moi nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Je suis la preuve que même si on touche à un artiste comme Patrick Bruel, il y a moyen d'être entendue. Il faut avoir beaucoup de bienveillance envers les personnes qui vont porter plainte car il n'y a que des dommages collatéraux, il n'y a aucun aspect positif, si ce n'est faire évoluer le dossier. En portant plainte, on apporte notre pierre à l'édifice et on soutient celles qui ont osé le faire avant nous. C'est comme ça qu'on parviendra à faire évoluer les choses. Ce n'est par parce qu'on est un personnage public qu'on ne peut pas être atteint", explique Karine Viseur qui regrette néanmoins l'attitude de Patrick Bruel depuis le début de la procédure.
"Il se victimise et ramène toujours tout à lui. Il essaie d'attendrir ses fans et il y parvient. Il ne se remet pas en question. Il a annulé sa tournée, oui, mais parce qu'il n'avait pas d'autre choix. J'aimerais que les faits soient reconnus, qu'il mette un mot sur ce qu'il a fait. Oui c'est une tentative de viol et si je n'étais pas parvenue à sortir des toilettes la situation aurait pu être bien pire (NdlR : Karine viseur fait ici référence à la présumée agression dont elle aurait été victime en avril 2010)", affirme-t-elle. Quand on lui demande si elle aimerait avoir l'opportunité de s'entretenir avec le chanteur, Karine Viseur répond instantanément "non". "Cela ne m'apporterait rien. Il nierait les faits, essaierait de reprendre l'ascendant et de se victimiser. Cela reste une personnalité avec un certain tempérament et je pense qu'il essaierait d'écraser l'autre personne".
Aujourd'hui, elle a le regard fixé sur le 16 septembre prochain. De fait, le 21 juillet dernier Patrick Bruel a pu récupérer son passeport et a été autorisé à quitter le territoire sur décision des juges d'instruction. Peu de temps après, le parquet de Nanterre a interjeté appel de cette ordonnance. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles a étudié l'affaire au cours d'une audience le 14 août dernier et remettra sa décision en délibéré le 16 septembre.
