Pas de piétonnier, plus de parking et des dispositifs anti-SDF : Saint-Gilles accuse Audrey Henry (MR) d'ingérence pour dénaturer le projet Van Meenen
La région a demandé de nouvelles modifications aux projets de réaménagement de la place Van Meenen. Pour l'échevine Catherine Morenville, ces changements viennent du politique et non des administrations. Le cabinet d'Audrey Henry assume une "correction" du projet.

- Publié le 24-04-2026 à 17h30
- Mis à jour le 24-04-2026 à 19h35

Depuis de longs mois, Saint-Gilles prépare son projet de réaménagement de la place Van Meenen, devant l'hôtel de ville. Verdurisation d'une partie de la rue qui monte vers la place Albert, fermeture à la circulation de l'avenue Adolphe Demeur au niveau de l'avenue Paul Dejaer pour créer un mini piétonnier, végétalisation de la place, anciennement réservée au parking : les grandes lignes du projet étaient annoncées depuis longtemps mais la région veut tout changer au dernier moment. La commune dénonce une ingérence politique du MR dans le dossier.
Les plans avaient été passés au crible par les administrations régionales en charge du Patrimoine, de l'Urbanisme et de l'Environnement. Un avis favorable avait été émis par la commission de concertation de mars dernier sous quelques conditions, mais rien de substantiel. La commune doit donc présenter quelques modifications à ses plans.

Mais Catherine Morenville (Écolo), échevine en charge de l'Urbanisme a eu une très mauvaise surprise ce lundi matin. L'administration régionale Urban lui a envoyé la notification officielle de la demande de modification des plans avec la liste des conditions à respecter pour obtenir le permis. Comme l'édile l'annonce sur BX1, elle a constaté qu'entre l'avis de la commission de concertation et la demande formelle de modification des plans, de nouvelles conditions se sont glissées dans les demandes de l'administration régionale.
D'un piétonnier à une caméra ANPR
Elle nous en dit plus : "la région demande maintenant de remettre plus de stationnements dans la rue qui monte vers Albert. Ce n'est pas catastrophique mais cela fera moins de verdure et de zone pour la gestion des eaux." Par contre, "la région exige de ne pas fermer l'avenue Adolphe Demeur pour créer le mini piétonnier et de laisser l'avenue ouverte à la circulation locale avec un contrôle par une caméra ANPR, aux frais de la commune".
En plus de "dénaturer totalement le projet," ce changement entraînerait un "gros report de trafic dans ce secteur une fois que la Barrière sera réaménagée. Cela change complètement notre plan de mobilité et va à l'encontre du plan régional de mobilité. Georges-Louis Bouchez l'avait annoncé au moment de la formation du gouvernement. La mobilité était laissée à Groen mais l'Urbanisme revenait au MR (via la secrétaire d'État Audrey Henry). C'était un moyen pour lui de bloquer certains projets. Mais qu'il le veuille ou non, le plan de mobilité régional garde aujourd'hui une valeur réglementaire à respecter".
Un point "Incivilités"
Une autre nouvelle condition interpelle l'échevine : "Je n'ai jamais vu cela. Ils ont rajouté un point 'Incivilités' dans les conditions. Ils nous demandent de mettre des caméras sur les mâts prévus pour l'éclairage, d'avoir un dispositif lumineux qui s'active en cas de rassemblement, et de placer des éléments sur les bancs pour que l'on ne puisse pas s'y allonger. C'est vraiment un dispositif anti-SDF. S'ils avaient regardé les plans, ils auraient vu que nos bancs étaient prévus en forme de rond ce qui complique déjà fortement la position allongée. Ce n'était pas une volonté d'empêcher de s'allonger mais nous avions juste placé les bancs autour des arbres."
Pour l'échevine, l'origine de ces revirements régionaux est toute trouvée. "Les administrations, dont Urban, avaient toutes rendu un avis pendant la commission de concertation et ces points n'y figuraient pas du tout. Il y a donc eu une ingérence politique de la part de la secrétaire d'État en charge de l'Urbanisme Audrey Henry ou de son cabinet pour transformer le projet. Pour ma part, c'est du jamais vu en sept ans."
De son côté, le cabinet d'Audrey Henry assume une "correction" du projet : "Ingérence, non. Vision politique, oui. Nous ne sommes pas contre le projet qui prévoit notamment la piétonnisation de la place (qui l'est déjà dans les faits) et la suppression de pas mal de places de parking. On dit juste qu'il faut garder quelques places de stationnement tout de même et permettre la circulation notamment pour les riverains et les livraisons des nombreux commerces du secteur. C'est dans les prérogatives du gouvernement d'appliquer des modifications," martèle le cabinet. Écolo a perdu les élections. Nous récupérons d'anciens projets, c'est normal qu'on y applique notre vision."
Une source proche du gouvernement nous assure toutefois que ce genre de modifications, après une commission de concertation, "crée un précédent. C'est inédit". Interrogés, plusieurs spécialistes de l'urbanisme signalent également un étonnement face à cette pratique même si "l'ingérence politique dans les procédures d'urbanisme n'est pas neuve à Bruxelles, elle se faisait à d'autres moments."
Saint-Gilles peut aujourd'hui décider de ne pas suivre ces conditions mais elle devra absolument pouvoir justifier pourquoi elle s'en écarte.