Une maison à 10 euros par mois pour une ASBL à la Roue : les soutiens du Foyer, bien lotis à Anderlecht
10 euros par mois pour une maison, beaucoup d'associations en rêvent. À Anderlecht, c'est possible.

- Publié le 05-06-2026 à 06h58
- Mis à jour le 05-06-2026 à 06h59

Dans le contexte qui entoure la société de logements sociaux le Foyer anderlechtois suite au reportage de la VRT, un autre dossier émerge, apprend La DH.
Depuis le 1er septembre 2025, une ASBL occupe une maison du Foyer anderlechtois, située à la Plaine des Loisirs, dans le quartier de la Roue, pour 10 euros par mois, auxquels s'ajoutent 50 euros de charges.
Cette association, qui bénéficie donc d'un tout petit loyer, est présidée par l'une des plus ferventes défenseuses du président du Foyer anderlechtois Lotfi Mostefa (PS) sur les réseaux sociaux. Un groupe WhatsApp utilisé pour l'ASBL a même été récemment rebaptisé "soutien à Lotfi Mostefa." "J'ai temporairement changé le nom et la photo du groupe. Le logo et le nom de l'ASBL ont été retirés afin d'éviter toute confusion. Vu la situation actuelle, ce groupe servira temporairement d'espace d'échange d'informations et de soutien", peut-on lire dans un message de la présidente.
Active pendant la campagne de 2024 et encore aujourd'hui notamment auprès du président du Foyer, on nous rapporte aussi que cette dernière partait à la rencontre des résidents du Foyer, quelques jours après le reportage de la VRT, pour faire signer une pétition de soutien au président face à la tempête médiatique qu'a entraînée le reportage de la VRT. Rien d'interdit évidemment ici.
"On peut s'interroger sur un potentiel cadeau"
Quand on voit les accusations de clientélisme à des fins politiques qui ciblent le Foyer, et surtout son président dans le reportage, "on peut donc s'interroger sur un potentiel cadeau fait à cette personne et à son ASBL en échange de ce soutien politique," nous glisse-t-on.
L'ASBL et le Foyer ont signé une convention d'occupation précaire. On parle donc plutôt de 10 euros "d'indemnité d'occupation" que de "loyer". Il ne s'agit pas d'une maison qui pouvait être mise en location pour un locataire social. En effet, dans le quartier de la Roue, le Foyer gère de nombreux biens qu'il n'a pas les moyens de rénover et qui sont squattés. Certaines maisons sont d'ailleurs murées. C'est l'argument évoqué par le Foyer pour justifier l'occupation par une ASBL. Le but n'est pas le profit locatif mais autant encadrer une occupation.
Au moment de la signature de cette convention, le Foyer, représenté par Lotfi Mostefa et le directeur Laurent Gabele (PS), n'avait visiblement pas pris en compte le fait que l'ASBL en question était domiciliée route de Lennik dans un logement social. Le règlement intérieur du Foyer prévoit pourtant qu'"il est formellement interdit au locataire d'exercer toute activité commerciale dans le logement ou d'y établir le domicile d'une personne morale (comme une ASBL)." En février 2026, l'ASBL a enregistré son siège dans la maison de la Plaine des Loisirs alors que des accusations anonymes faisaient mention de sociétés et d'ASBL domiciliées dans des logements du Foyer.
Le Foyer ne répond pas sur ce cas précis : "Lorsqu'une situation problématique est identifiée, des démarches de régularisation ou des mises en demeure peuvent être engagées. Les suites données dépendent de la nature de la situation constatée." À la SLRB (Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale, organe régional de tutelle du Foyer anderlechtois), on nous assure ne pas avoir reçu de demande de dérogation au règlement pour cet enregistrement route de Lennik.
"Les Écolos font chier pour le moment"
Mais là n'est pas le cœur du dossier. Questionné sur la façon dont cette ASBL a été sélectionnée pour l'occupation de cette maison au loyer plutôt attractif, le Foyer adopte la même ligne que face aux accusations portées par Pano dans l'attribution de logements : "Les occupations temporaires ne sont pas décidées librement. Elles nécessitent une procédure préalable de désaffectation (pour que le bien ne soit plus compté comme un logement social, NdlR) auprès de la SLRB, avec plusieurs niveaux de validation internes et externes."
Visiblement, les validations internes peuvent être quelque peu légalement contournées, par exemple, en attendant l'absence d'administrateurs pour faire valider un point. Un message du président du Foyer que nous avons pu consulter demande expressément de faire passer des points – dont celui de la désaffectation d'une maison de la Plaine des Loisirs – à une date à laquelle les représentants d'Écolo seraient absents : "Ils font chier pour le moment." Écolo était alors encore partenaire local du PS dans la majorité à Anderlecht.
La SLRB affirme aussi que "dans la demande de désaffectation du logement, il n'était pas fait mention d'une ASBL. La demande pour la maison Plaine des Loisirs était faite pour un espace communautaire (espace de rencontres où les habitants pourront partager des activités et tisser du lien social). Si une ASBL a été sélectionnée, c'est par le Foyer anderlechtois".
La SLRB semblait donc peu informée sur cette maison. Et c'est normal puisqu'aucun contrôle n'est obligatoire. "La SLRB ne doit pas nécessairement être informée. Cela peut faire partie de l'autonomie de gestion du Foyer. Dans ce cadre, le Foyer peut louer le bien à une ASBL pour occuper un logement désaffecté pour autant que les activités de celle-ci correspondent à la demande de désaffectation."
Une fois désaffecté, le bien n'est plus un logement social. Dans le cas évoqué, la désaffectation a notamment été validée par la SLRB. "Depuis juin 2025, les conventions d'occupation précaire font également l'objet d'une validation par le comité de gestion," explique le Foyer, sans évoquer la procédure antérieure.
La convention qui nous intéresse a été signée en août 2025 mais n'est visiblement pas passée par là. "Je n'ai pas souvenir d'un tel dossier et ça m'aurait marquée vu le montant de l'indemnité," nous assure la vice-présidente du Foyer anderlechtois, Marcela Gori (MR).
"Si une seule association a été avertie, cela pose une vraie question de favoritisme"
Au-delà de cette question des procédures de validation interne, on peut aussi s'interroger sur le mode de sélection de l'ASBL. "Les projets ont été analysés sur base de leur implantation locale, de la nature des activités développées, de leur utilité dans les quartiers concernés et de leur capacité à développer une activité réelle de proximité, assure le Foyer quii explique que "ces occupations s'inscrivent dans une politique de revitalisation locale, de cohésion sociale et/ou de réoccupation temporaire de biens désaffectés". Une quinzaine d'associations sont accueillies par le Foyer sur ce modèle.
Puisque le Foyer assure que "les dossiers sont analysés", nous avons posé la question de l'existence d'un appel à candidatures pour bénéficier de cette maison. Un local pour 10 euros par mois intéresserait pas mal d'associations. Pas de réponse sur ce point ou sur le nombre de candidats.
"C'est bien beau d'assurer avoir validé une candidature dans les règles, mais si une seule association a été avertie qu'une maison à 10 euros était disponible, cela pose une vraie question de favoritisme," nous glisse-t-on en interne.
Légalement pourtant, comme le rappellent le Foyer et la SLRB, aucune procédure d'appel à candidatures n'est obligatoire pour ce type d'occupation. Rien n'empêche donc de ne prévenir qu'une seule association.
"Je vois mal le lien avec le public social"
Concernant le montant de 10 euros, ici aussi, la société de logement est autonome, selon la SLRB. "Nous avons fixé comme limite maximale un montant équivalent au dernier loyer de base du logement. Les sociétés de logements sociaux peuvent donc fixer le montant de l'indemnité entre 0 et le montant du loyer de base."
Le Foyer, lui, assure que les montants sont fixés sur base de "l'état du bien, de son niveau d'équipement, et des conditions concrètes de l'occupation," sans plus de détails pour justifier les 10 euros. À titre d'exemple, une autre ASBL qui occupe un bien neuf (contrairement à celui de la Plaine des Loisirs) dans le même quartier s'était vu fixer une indemnité d'occupation de 950 euros.
"Le Foyer peut signer des conventions d'occupation précaire à titre gratuit, mais il faut voir l'objet de l'ASBL. Ici, cette association organise des concerts-repas à la salle Java (espace communal qui n'est pas dans le quartier, NdlR), à plus de 40 euros l'entrée, voire quasi 70 pour les VIP. Je vois mal le lien avec le public social," développe Marcela Gori. De plus, selon plusieurs témoignages, personne ne constate d'activité pour le quartier autour de cette fameuse maison à 10 euros.
Nous avons tenté de joindre l'ASBL, entre autres pour qu'elle nous explique ses activités, mais n'avons pas obtenu de réponse à l'heure d'écrire ces lignes.
Reste que, visiblement, le contrôle de l'adéquation entre l'objectif de la désaffectation d'un bien et les activités qui y sont réellement pratiquées repose uniquement sur la société de logement, sans contrôle externe obligatoire de la SLRB.