Le cadenassage du gouvernement bruxellois par les libéraux crispe : "On mobilise l'administration, les cabinets et les ministres pour discuter… du café"
Contrôle drastique des dépenses au détriment du service public, interventionnisme de la présidence du MR, etc. Les méthodes de la famille libérale agacent les autres partis du gouvernement bruxellois

- Publié le 05-09-2026 à 09h30

Nouveau conflit au gouvernement bruxellois. Les ministres avaient pourtant joué l'apaisement dès le début. Le gouvernement bruxellois de jeudi a en effet soigneusement évité de parler de la sortie de Georges-Louis Bouchez de ce mercredi. Le président des libéraux avait en effet annoncé vouloir bloquer 131 millions d'euros qui doivent être versés à la Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale, organe de tutelle des sociétés de logement social bruxelloises et bastion socialiste, tant que Lotfi Mostefa (PS), épinglé par un reportage de la VRT, resterait président de la société de logement social le Foyer anderlechtois.
Ce n'est pas la première fois que les libéraux s'immiscent dans les dossiers de leurs collègues de majorité. Audrey Henry (MR), en charge de l'Urbanisme, avait notamment dressé un PV sur un aménagement réalisé rue Colonel Bourg à Schaerbeek par Bruxelles Mobilité, sous la tutelle de Groen.
La secrétaire d'État à l'Urbanisme a aussi rajouté de nouvelles conditions dans le permis du réaménagement de la place Van Meenen, largement soutenu par les Verts. Elle réclamait notamment le retrait d'un des points phares du projet : la fermeture à la circulation automobile et la piétonnisation d'un petit tronçon de l'avenue Adolphe Demeur en bas de la place.
Georges-Louis Bouchez annonçait déjà la couleur au soir de la formation du gouvernement bruxellois : "On laisse la mobilité à Elke Van den Brandt, mais on prend l'urbanisme. Donc on pourra bloquer au besoin."
Les Engagés en ont aussi pris pour leur grade, ce vendredi dans L'Écho : des élus MR ont menacé Laurent Hublet (LE), en charge de l'Emploi, d'avancer par eux-mêmes s'il n'accélérait pas la réforme d'Actiris et de l'accompagnement des chômeurs.
Il n'en reste pas moins que certains dossiers sur lesquels les libéraux se sont battus relèvent parfois plus du symbole que de la véritable victoire politique. C'est le cas notamment pour le réaménagement de l'avenue Louise où les changements obtenus par le MR sont loin d'être majeurs.
"Ça coince sur le contrôle des dépenses"
Pour le dernier conflit en date, on en revient à la ministre écologiste : ce jeudi, une prise de tête a opposé Elke Van den Brandt à Dirk De Smedt (Anders). Le motif ? Les seuils de dépense de marché public en dessous desquels une validation par l'inspecteur des finances et un accord en gouvernement sont nécessaires. Avant, ce seuil était à 1,5 million d'euros. Pendant la période des affaires courantes, il avait été rabaissé à 150 000 euros avant d'être rehaussé lors du "Summer deal" du gouvernement bruxellois à 500 000 euros. Sauf qu'il y a d'autres types de dépenses qui ne sont pas encore couvertes par le deal de cet été.
Selon nos informations, l'accord estival prévoyait bien, en échange de la baisse de l'IPP accordée aux libéraux, une plus grande flexibilité budgétaire pour l'engagement de dépenses : "Dirk De Smedt avait promis de revenir avec un cadre clair, pas seulement sur les marchés publics, à la rentrée. Cela n'a pas été fait et ça a énervé Groen, particulièrement concerné par de petites dépenses, surtout en matière de mobilité. Si on ne respecte pas ses engagements politiques, on fait quoi ?" questionne un proche du Brugov.
"Dirk De Smedt veut faire rentrer un cercle dans un carré"
Dans le camp des Verts, on fulmine : "Dirk De Smedt veut faire rentrer un cercle dans un carré. Il veut plier la réalité au tableau Excel. Mais cette approche crée des externalités négatives, voire des frais supplémentaires par la suite : si on a un affaissement de voirie, il faut bien le réparer. Il surcharge l'administration en demandant des analyses à l'inspecteur des finances sans cesse. Les administrations doivent alors justifier bien plus chaque dossier. Ici la ministre ne demande pas plus de budget, elle veut pouvoir utiliser plus efficacement les enveloppes validées par la majorité lors du budget", développe un proche de Groen.
Le but d'Anders ? "Tenter de faire en sorte que chaque projet soit abandonné ou retardé. À la fin de l'année, comme on n'aura pas pu avancer sur les dossiers à cause de toute cette charge qu'il impose, on n'aura pas dépensé le budget, Et Dirk pourra crier victoire : j'ai fait des économies. Mais au détriment du service public de base. Et si au passage, on surcharge l'admin', déjà sous moratoire d'embauche et donc sous pression, ça en poussera peut-être quelques-uns à partir. Et hop, une ligne en moins à payer. Il prône une agilité et une efficacité de l'administration publiquement, mais fait l'inverse. Étonnant pour un libéral. Sans compter que l'inspecteur des finances commence à endosser, peut-être malgré lui, un rôle politique. Il bloque une réfection de trottoir mais passe 100 millions pour les tunnels comme une lettre à la poste. Anders a beaucoup de leviers comme ils sont en charge du budget et de la fonction publique."
"Pas sûr que le service au citoyen soit meilleur"
Les autres partenaires de majorité se mouillent peu dans ce nouveau conflit : "Par peur que Dirk De Smedt bloque des projets", assurent certains. Ou aussi parce que bloquer Elke Van den Brandt sur certains projets arrange bien quelques partis. Dans les faits, les méthodes de Dirk de Smedt ne touchent pas que les Verts. Au MR, on applaudit : "De Smedt a une ligne budgétaire à suivre pour nous remettre à l'équilibre et il doit prendre des décisions. On n'a rien à lui reprocher, la collaboration se passe bien."
On en arrive toutefois à des situations "aberrantes" : "Ce jeudi, on a eu une discussion sur la commande de café. On mobilise l'administration, les cabinets et les ministres pour discuter… du café, nous glisse un insider. Le ministre-président annonçait cet été que 3 000 points avaient déjà été validés par le Brugov, mais en même temps, si même le café passe au Brugov… ça ne m'étonne pas. Pas sûr que le service au citoyen soit meilleur."
Anders, de son côté, maintient sa ligne : "Pendant la période des affaires courantes, un cadre strict avait été mis en place pour l'approbation des dossiers, afin de maintenir le contrôle budgétaire. Groen souhaite désormais assouplir ce cadre : pour certains dossiers, il n'y aurait plus de contrôle budgétaire ni d'approbation de l'inspecteur des finances. Pour nous, c'est envisageable, mais cela nécessite un nouveau cadre légal, qui est encore en cours d'élaboration. Tant que ce cadre n'est pas en place, aucun assouplissement n'est possible. Groen n'était pas d'accord avec cette position et a donc bloqué des dossiers. Une attitude évidemment peu constructive, mais surtout incorrecte."
Malgré ses efforts, le chef de la majorité n'aura donc pas évité un nouveau conflit. Selon plusieurs sources, c'est pourtant le ministre-président, Boris Dilliès (MR) lui-même, coincé entre son président de parti et la cohésion de sa majorité, qui a demandé au gouvernement de ne pas aborder les propos de Georges-Louis Bouchez sur la SLRB. D'autant plus que la dotation de 131 millions d'euros pour la SLRB ne sera pas à l'ordre du jour avant quelques semaines. "On est en période de sondage électoral. À chaque fois, Bouchez sort les muscles dans ces moments-là, ce n'est pas nouveau. On ne s'inquiète pas."