Vague de fusillades à Bruxelles, les brigades antigang et canines sous un commandement unique : "Quasi 100 % des auteurs sont arrêtés"
Commandement unique, caméras centralisées mais aussi des besoins de places en centre fermé et des moyens pour la prévention. Les 19 bourgmestres bruxellois s'accordent sur une ligne face aux fusillades.

- Publié le 26-08-2026 à 16h56
- Mis à jour le 26-08-2026 à 18h30

Une première à Bruxelles en dehors d'un grand événement. Les bourgmestres n'ont pas attendu le conseil régional de sécurité (Cores), convoqué par le ministre-président Boris Dilliès (MR) ce mercredi soir, pour annoncer des mesures. Dans la matinée, la conférence des 19 bourgmestres bruxellois a acté plusieurs mesures et plusieurs demandes.
"Il y a une forte recrudescence des fusillades notamment à Saint-Gilles. Ici, on prend nos responsabilités, on agit avec nos capacités et on ne rejette pas simplement la balle sur les autres niveaux de pouvoir", explique le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philippe Close (PS), à La Dernière Heure.
Les brigades antigang, "appelées chez nous Brigade anti-agressions ou Special Assistance Unit (SAU)", de toutes les zones bruxelloises vont être placées sous un seul commandement unique. "Ce sont les gros bras de la police suréquipés. Des chasseurs avec une capacité d'enquête et d'intervention. On parle de 170 agents issus de cinq zones puisque la zone Montgomery (les deux Woluwe et Etterbeek) n'a pas de SAU."
Il y a tout de même eu un débat en conférence de bourgmestres pour ne pas déforcer certains quartiers. "C'est pour cela qu'on laisse les brigades décentralisées, on ne crée pas une seule et unique brigade. Chacun reste basé dans sa zone mais sous un seul commandement pour réagir plus vite et plus fort en cas de suspicion de fusillade."
La centralisation du commandement concerne aussi l'ensemble des brigades canines, soit une centaine de maîtres-chiens qui seront notamment utilisés pour des patrouilles de nuit : "c'est très efficace et dissuasif."
Le bourgmestre précise également que des services de l'intervention, "des équipes qui font normalement les matchs de foot et les manif'", sont depuis ce lundi soir aussi à Saint-Gilles pour des patrouilles.

Ce commandement unique va aussi permettre de centraliser plus rapidement les rapports.
Des mécanismes de solidarité entre zones existaient par le passé. "Les brigades anti-agression de la zone PolBru étaient déjà venues en renfort lors d'autres épisodes de fusillades qui se passaient en dehors de leur zone. Mais ici, on rend ce soutien structurel. Ce ne sont pas les quatre hommes que la police fédérale a envoyés depuis le début des fusillades à Saint-Gilles qui vont les juguler le phénomène. Ça ne marchera pas."
Aucune date de fin pour ce commandement unique n'est annoncée. Philippe Close assure que ce sera au moins jusqu'à la fin de l'année. D'ordinaire, ce mécanise de commandement unique baptisé "gold commander" est mis en place pour des gros évènements comme des matchs important ou le nouvel an et, donc, pour une durée limitée.
Ce rôle de gold commander est assuré de manière transitoire par le chef de corps de la zone PolBru (Bruxelles/Ixelles), Michel Goovaerts. Les 6 chefs de corps doivent encore définir quelques modalités d'application.
Une manière de montrer que les zones peuvent agir ensemble même sans la fusion voulue par le fédéral ? "On est capable de s'unir. La fusion des zones nous prend beaucoup de temps. Les bourgmestres restent des légalistes. Si une loi est votée, on ne va pas la torpiller. Ce n'est pas ce qu'on souhaitait, ce n'est pas ce que souhaitaient le parquet ni les chefs de corps. Sans la loi effective, on est capable de s'unir sur la grande criminalité qui touche surtout les quartiers populaires. On parle de la cocaïne. Ce ne sont pas les mêmes sommes en jeu que quand c'était le shit ou l'héroïne, c'est pour ça que c'est beaucoup plus violent aussi."
Dispatching et caméras en octobre
Les dispatchings des six zones bruxelloises seront enfin tous centralisés dans le bâtiment de Safe Brussels à partir d'octobre. Actuellement, seules quatre zones y sont installées. Il reste Montgomery et Bruxelles-Ouest (Molenbeek-Saint-Jean, Jette, Ganshoren, Berchem-Sainte-Agathe et Koekelberg) qui vont donc très vite arriver.
"Tous ceux qui prennent les appels seront dans le même bâtiment. Pas besoin de s'appeler entre chaque dispatching. Et il y aura un seul commissaire coordinateur", développe encore Philippe Close.
Idem pour le partage des images des caméras de surveillance des zones de police. Il sera pleinement opérationnel en octobre avec l'arrivée de Bruxelles-Ouest et de Montgomery.
Les bourgmestres comptent aussi développer l'utilisation des drones. "Actuellement (depuis le printemps 2025), on est en phase de test. On s'en sert pour le maintien de l'ordre ou en cas de gros accident par exemple. Ça évite de sortir l'hélicoptère. L'idée est de développer l'utilisation de cet outil. Le but n'est pas de mettre des drones en géostationnaire partout tout le temps. Le fantasme à la Minority Report, ce n'est pas ce qu'on veut. Par contre, avoir un drone qui réagit quand on a une fusillade, qui poursuit quelqu'un et peut voir ce qui se passe, c'est bien. Avec toutes ces mesures, on espère juguler ces fusillades le plus vite possible."
Deux demandes au fédéral
Mais si les bourgmestres assurent avoir pris leurs responsabilités, ils en demandent autant des autres niveaux de pouvoir. "Nos cellules d'enquête de police locale vont continuer à être proactives avec le procureur du Roi. Plusieurs dizaines d'enquêteurs des zones sont mis à disposition du parquet. Le procureur Julien Moinil reconnaît que les bourgmestres font leur job, mais à côté de ça, tout le monde sait que la criminalité organisée ne commence pas à Bruxelles. Que la cocaïne vient d'Anvers. La police judiciaire fédérale (PJF) réclame 80 agents."
Le bourgmestre rappelle alors que les zones bruxelloises ont appuyé la PJF par le passé. "Les polices bruxelloises sont venues renforcer la PJF notamment pour éplucher le dossier Sky ECC (messagerie cryptée très utilisée par des organisations criminelles). Ici, on est prêt à le faire, mais il faut d'abord le renfort des 80. On n'est pas sur des sommes monstrueuses : on parle de 5 à 6 millions d'euros de budget alors qu'aujourd'hui on canarde dans les rues de la capitale. Je ne peux pas croire que le fédéral ne puisse pas les trouver. Un policier local ne peut pas démanteler tout un réseau qui a des ramifications jusqu'à l'étranger."
Autre chose, "on ne demande pas de financements pour nous, mais on a un énorme problème avec les personnes qui n'ont pas de titre de séjour. On prend notre part des places d'accueil pour les réfugiés. Je vais ouvrir 450 places d'ici la fin de l'année à la demande de Fedasil. Sur l'accès au territoire, nous n'avons aucune compétence, mais on aide. Il n'y a pas une région qui accueille autant que nous et je l'accepte par rapport à des personnes qui fuient des conflits et qui demandent l'asile chez nous. Mais de l'autre côté, il y a ceux qui basculent dans la criminalité, qui n'ont pas de titre de séjour et qui servent de main-d'œuvre aux trafiquants."
20 demandeurs d'asile arrêtés, tous relâchés faute de place en
Le bourgmestre cite un cas que lui a exposé le procureur Julien Moinil : "Lors d'une opération, 20 personnes sans titre de séjour et liées à la criminalité ont été arrêtées. Il a dû relâcher tout le monde parce qu'il n'y a pas de place en centre fermé. Les bourgmestres demandent que 200 places en centre fermé soient rapidement créées. On fait notre job en ouvrant des places en centre ouvert pour les réfugiés. On appuie la Croix-Rouge, le Samusocial, mais ces criminels délinquants sans papiers stigmatisent ceux qui ont le droit de rester sur le territoire. Le fédéral a des moyens. La Défense a des casernes qui peuvent être réaffectées rapidement."
"Le procureur nous dit que beaucoup de personnes employées par les trafiquants, qui sont donc de la chair à canon, n'ont pas de titre de séjour. Soit on leur donne des papiers, soit on les expulse, mais il faut arrêter la zone grise. Quasi 100 % des auteurs de fusillades sont arrêtés. La police est efficace. On ne fait pas les pleureurs. On fait notre job mais les autres doivent faire le leur aussi. On sait que 60 % de la cocaïne qui rentre en Europe passe par Anvers. Quand on me dit que 2 % des conteneurs sont contrôlés, ce n'est pas normal."
Union sacrée
Enfin, les bourgmestres font une demande claire en ciblant aussi la région au passage : "On demande de maintenir les budgets dédiés à la prévention." Les associations du secteur sont en effet sous tension. Une réduction de certains subsides a été récemment annoncée par la Région. "On se dit que c'est quelque chose sur laquelle la Région doit revenir. Il faut offrir des parcours de soins. Si on veut montrer à la population qu'on agit, il faut montrer l'union sacrée et ça passe aussi par la prévention. S'il y a bien une chose avec laquelle je suis d'accord avec Bart De Wever, c'est quand il a dit que la drogue est dans toutes les couches de la société. C'est un problème de santé publique. Les communautés et le fédéral doivent agir. La police ne peut pas jouer le rôle du psy et du médecin."
Les bourgmestres vont appuyer ce point en Cores tout en présentant leurs mesures au ministre de l'Intérieur, Bernard Quintin (MR), et au ministre président, Boris Dilliès.