Un repreneur pour Audi brussels mais pas de garantie d'emploi pour les Bruxellois : "Le public qui travaillait ici devrait pouvoir y retrouver un job"
Le site Audi de Forest n'est plus orphelin. Heylen Warehouses va reprendre les 55 hectares et vise 3.000 emplois, avec les premiers dès 2027.

- Publié le 01-09-2026 à 17h04
- Mis à jour le 01-09-2026 à 17h08

C'est une première étape importante dans la longue saga de l'après-Audi à Forest. L'entreprise flamande Heylen Warehouses, Audi, la Région bruxelloise et la commune de Forest sont parvenus à un accord sur l'acquisition du site de l'ancienne usine Audi Brussels. Les documents juridiques doivent encore être finalisés, mais le principe de la reprise est désormais acté. À terme, le nouveau propriétaire ambitionne de créer au moins 3.000 emplois sur le site.
Le projet, baptisé provisoirement "Rings Park 21", doit transformer les 55 hectares de l'ancien site automobile en un parc d'activités urbain mixte. L'objectif affiché est de conserver une vocation industrielle tout en y accueillant des PME, des entreprises innovantes et d'autres activités économiques. Certains bâtiments d'Audi devraient être réutilisés, tandis que d'autres seront adaptés et modernisés.
Le calendrier annoncé est relativement ambitieux. Selon le ministre bruxellois de l'Emploi et de l'Économie Laurent Hublet (Les Engagés), quelques centaines d'emplois pourraient déjà être présents sur le site dès 2027. La reconversion complète, elle, devrait s'étaler sur une dizaine d'années.
Une reprise saluée par les syndicats
La reprise par Heylen Warehouses n'est pas réellement une surprise. Son intérêt pour le site avait déjà été évoqué ces derniers mois. Pour les syndicats, l'arrivée d'un acteur belge est en tout cas perçue positivement.
Jan Baetens, secrétaire syndical d'ACV Metea, qui a suivi la fermeture d'Audi Brussels, estime qu'un repreneur belge est "mieux pour l'ancrage" du site et connaît davantage le marché local. Les représentants des travailleurs formulent toutefois une attente précise : que les anciens travailleurs d'Audi puissent, autant que possible, retrouver un emploi dans le cadre du redéploiement. "Le public qui travaillait ici auparavant devrait pouvoir y retrouver un emploi".
Reste que les 3.000 emplois annoncés ne sont, à ce stade, qu'un objectif. Les entreprises qui occuperont concrètement les lieux ne sont pas encore connues.
Pas de quota pour les Bruxellois
Une question risque rapidement de se poser : combien de ces futurs emplois bénéficieront réellement aux Bruxellois ? Le cabinet de Laurent Hublet reconnaît qu'il n'est pas possible de garantir légalement un quota de travailleurs bruxellois. La Région entend cependant agir autrement. Des incitants fiscaux doivent être mis en place afin que les Bruxellois travaillant sur le site puissent bénéficier d'un salaire net plus élevé. Actiris doit également former des demandeurs d'emploi aux compétences recherchées par les entreprises qui s'installeront à terme sur le site.
L'enjeu est important pour le gouvernement bruxellois, qui présente le redéploiement d'Audi comme l'un des dossiers économiques majeurs de la législature. La Région veut notamment faire du site une "zone d'accélération économique". Le principe prévoit une fiscalité plus favorable et des procédures administratives accélérées afin de rendre l'implantation d'entreprises plus attractive.
Sur le volet fédéral, les discussions sont toujours en cours. Bruxelles souhaite notamment obtenir, dans le cadre d'un "pacte de compétitivité", une réduction du coût salarial de l'ordre de 4 à 5 % pour les entreprises concernées. La proposition bruxelloise prévoit une exonération de 26 % du précompte professionnel pour les entreprises qui investissent et créent de nouveaux emplois.
Tout reste à définir
Si la vente du site constitue une étape majeure, elle ne signifie pas pour autant que son avenir urbanistique est déjà arrêté. Audrey Henry, secrétaire d'État bruxelloise chargée de l'Urbanisme et de l'Aménagement du territoire, rappelle que le compromis de vente n'est qu'une première étape. Les discussions doivent désormais réellement commencer autour d'un masterplan pour déterminer l'organisation future du site. "Tout est à faire concernant le futur du site", résume son cabinet.
L'urbanisme pourrait aussi devenir un outil pour orienter le projet vers l'emploi. "Via les demandes de permis, nous pourrons vérifier si les volumes des futurs bâtiments correspondent aux volumes de personnel annoncés".
Le dossier énergétique constituera un autre défi. Le futur parc doit accueillir des activités industrielles, logistiques et des PME qui seront potentiellement grandes consommatrices d'énergie. La Région souhaite donc tendre vers des bâtiments aussi neutres que possible et recourir à des solutions techniques innovantes.
Une ouverture vers Forest
L'un des changements annoncés par Heylen concerne également l'intégration du site dans son environnement. Une voie de circulation doit traverser le terrain afin de mieux le relier aux quartiers voisins. Le projet prévoit aussi une ouverture partielle du site au public et la revalorisation de la gare de Forest-Midi.
Mais certains points restent encore à régler. Des parcelles appartenant à la Région sont notamment intégrées à l'équation. Audi souhaitait déjà les acquérir et la question devra désormais être examinée dans le cadre de la nouvelle opération.
Dans les faits, le véritable chantier ne fait toutefois que commencer. La vente doit encore être juridiquement finalisée, les entreprises intéressées ne sont pas encore connues, le masterplan doit être élaboré et les discussions avec le Fédéral doivent aboutir. La Région vise une accélération du dossier d'ici la fin de l'année. Les premiers emplois sont espérés en 2027. Pour les 3.000 emplois promis à terme, il faudra encore attendre.