Un tunnel sous Meiser encore et toujours réclamé : "On est proche des 200 millions d'euros"
Le spectre d'un tunnel plane sur et sous la place Meiser depuis des décennies. Sous Picqué, un double tunnel (voitures-tram) avait été promis. Treize ans plus tard, la place va être réaménagée, sans passage souterrain.

- Publié le 30-07-2026 à 07h51
- Mis à jour le 30-07-2026 à 10h22

Un double tunnel sous la place Meiser : un pour les voitures, un pour les trams. On est en 2013. Le gouvernement Picqué donne son feu vert pour un chantier d'ampleur censé débuter en 2019. Un chantier qui ne verra jamais le jour.
Treize ans plus tard, c'est un tout autre projet qui se concrétise finalement à Schaerbeek. En ce début d'été, le gouvernement de Boris Dilliès a validé le lancement du chantier de réaménagement de cette "place Misère", conçu sous la précédente mandature PS-Ecolo-Défi. L'été prochain, le rond-point sera supprimé pour laisser la place à un double carrefour. Sur les plans et dans le discours : plus aucune trace d'un quelconque tunnel sous l'esplanade.

À Schaerbeek, cette absence d'ambition souterraine est vivement critiquée, tant du côté des riverains que des acteurs locaux. "Nous regrettons que la solution du tunnel n'ait pas pu être retenue alors qu'elle nous semblait offrir la meilleure réponse en termes d'aménagement de l'espace public", a déploré l'échevine Justine Harzé (PS), rejoignant la position du bourgmestre Martin de Brabant (MR).
"Proche des 200 millions d'euros"
Le tunnel pour trams définitivement enterré ? Chez la ministre Elke Van den Brandt (Groen), on confirme que la piste n'est plus sur la table. "Selon les dernières estimations, on est proche des 200 millions d'euros pour faire un tunnel sous la place Meiser", indique le cabinet, rappelant les difficultés financières actuelles de la ville-Région. À quoi s'ajoutent, à ce montant de construction, des frais structurels d'entretien.
Cher donc mais également très long à mettre en œuvre. Pour Elke Van den Brandt, se replonger dans un hypothétique tunnel équivaut à laisser la situation en l'état encore plusieurs années. Or, l'écologiste a fait du dossier une affaire personnelle. S'attaquer à la "place Misère" est devenu, pour elle, mentionnent plusieurs observateurs, un "symbole" que la ministre compte bien inscrire à son bilan.
"L'aménagement de la place Meiser, tel que prévu dès 2027, mettra enfin fin à 60 ans de place Misère. Je me réjouis que notre gouvernement prenne en main ce dossier pour sécuriser, fluidifier et végétaliser ce point noir historique de l'est de Bruxelles", commente la ministre.
Inconnue du Mediatram
Face aux 200 millions d'un tunnel-tram, le projet à venir est, quant à lui, estimé à six millions d'euros. À terme, assure-t-on dans l'entourage de la ministre, une mise en tunnel n'est d'ailleurs pas incompatible avec le projet proposé.
"Cet aménagement préserve les possibilités futures quant à la construction d'un tunnel, qui devra être étudiée sérieusement lorsque les finances de la Région le permettront à nouveau", pointe Elke Van den Brandt.
Car à plus long terme, un tunnel risque bien de s'imposer. Avec le développement du site Médiapark (1.400 logements), une nouvelle ligne de tram est prévue (le "médiatram"…). Depuis Meiser, ce tram emprunterait la rue Colonel Bourg jusqu'au Cora. Avec ce nouveau tram, qui s'ajoute aux actuelles lignes 7, 25 et 62, un tunnel pour la ligne 7 apparaît comme "souhaitable" à Meiser. Mais, au vu de la dégradation des finances régionales, cette nouvelle ligne vers le Cora apparaît de plus en plus hypothétique, tant dans son tracé que sa réalisation…
L'accord de gouvernement ne mentionne d'ailleurs que le futur tram Tour & Taxis (future ligne 15) parmi les dossiers à faire aboutir. Tous les autres projets de tram évoqués par le passé (Mediatram, tramification du bus 95, tram Moyenne Ceinture Ouest, prolongement vers l'Adeps d'Auderghem, liaison Bordet-Roodebeek…) se voient reportés aux calendes grecques de la prochaine mandature.

Faire de Meiser un "nouvel Arts-Loi"
Le transport souterrain, Christian Dochy connaît bien. C'est le moins qu'on puisse dire. Âgé de 80 ans, cet ancien "Stibien" a travaillé depuis les années 70 au développement du métro bruxellois.
Habitant d'Evere, il passe "presque tous les jours" par la place Meiser et ne peut s'empêcher de prendre la parole à l'annonce du projet prévu par la ministre Elke Van den Brandt (Groen). "Celui qui a fait les plans est en tout cas un champion de l'immobilité !"
Pour rappel, il est prévu, à l'été prochain, de supprimer le rond-point Meiser au profit d'un double carrefour. Pour Christian Dochy, ce projet, en l'état, risque de créer un chaos routier.

L'ancien directeur du développement réseau de la Stib pointe notamment les feux de circulation, qui vont venir entraver l'intense flux des trois lignes de tram. "Cela va perturber la circulation des trams et leur faire perdre du temps. Quand un tram est bloqué au milieu du carrefour, plus rien ne passe." À quoi s'ajoute la problématique des bus Stib et De Lijn, qui ne sauraient plus tourner et rouler avec fluidité.
Sans parler des travaux, avertit-il, nécessaires pour réaliser l'aménagement. "Comment va-t-on assurer la continuité ? On va couper tous les trams pendant six mois ou un an ?"
Pour l'ancien employé de la Stib, et c'est là le pire, le futur aménagement rendra impossible tout chantier ultérieur de trémie, au vu de la complexité à réaliser par la suite un chantier.
Or pour lui, un souterrain est indispensable. Sa "solution parfaite" serait de réaliser "un nouvel Arts-Loi à Meiser". À savoir un "triple tunnel" : deux tunnels pour les flux de trams et un tunnel routier (à savoir une trémie comme à Georges-Henri par exemple). "C'est la meilleure solution pour débarrasser Meiser de tout problème."
Bien sûr, un tel projet aura une facture considérable… "S'il n'y a pas d'argent, comme on dit, on laisse la situation telle quelle jusqu'à ce qu'on ait l'argent, plus tard, pour le faire. Car le projet sur la table est pire."