Blandine L'Hirondel, traileuse élite et gynécologue obstétricienne : "Revenir au top après une grossesse, je constate bien que c'est possible"
Aux derniers 20 Km de Bruxelles, le podium féminin était composé uniquement de mamans. Dans son dernier numéro, Zatopek Magazine a consacré un dossier à ces sportives de haut niveau qui sont aussi des mamans.
- Publié le 30-05-2024 à 15h29
- Mis à jour le 30-05-2024 à 15h59

Tous les trois mois, le magazine Zatopek fait la démonstration qu'on peut parler de course à pied de façon surprenante, instructive, drôle et même émouvante quelques fois. À découvrir absolument pour tous ceux qui sont déjà coureurs. Et tous ceux qui ambitionnent de le devenir.
Qui mieux que Blandine L'Hirondel pour évoquer le lien entre maternité et performance ? Gynécologue obstétricienne au sein de la maternité de Mende en Lozère et l'une des meilleures traileuses de sa génération, elle compte une quinzaine de victoires dans les plus grands trails internationaux avec notamment deux titres aux championnats du monde (2019 et 2022), un titre européen (2022) et plusieurs titres de championne de France (2020 et 2021).

Certaines femmes témoignent qu'on peut sortir d'une grossesse plus forte qu'avant. Cela vous paraît possible ?
"Quand on voit les résultants de Julie Roux (qui a remporté les Templiers en 2023 six mois après son accouchement) ou d'Anne-Lise Rousset (qui s'est approprié le record sur le GR20 onze mois après la naissance de son fils), je constate bien que c'est possible. Pendant des mois, le corps d'une femme enceinte est soumis à un traitement spécial avec une élévation du taux de certaines hormones comme la testostérone et les œstrogènes. On fait aussi plus d'hémoglobine. Libérée du poids du bébé, on peut conserver les avantages de ces adaptations physiologiques. À condition bien entendu d'avoir gardé un niveau élevé d'activité."
Est-ce que cela fait de ces championnes de bons exemples à suivre ?
"Il faut se garder de prendre les autres en exemple dans une période de la vie où l'on réagit toutes très différemment. En se comparant aux élites, le risque serait d'être tentée de multiplier les sorties d'entraînement alors que le corps n'est pas préparé à une telle frénésie d'activité et surtout, qu'il a d'autres problèmes à gérer. Mais on peut aussi imaginer le contraire. On se sent tellement minable en comparaison avec ces championnes qu'on éprouve l'envie de ne plus rien fiche."
Qu'est-ce que vous dites à vos patientes sportives ?
"En dehors des grossesses à risque qui font de toute façon l'objet d'une attention particulière, elles peuvent continuer à s'entraîner sans risque. Il faut simplement se montrer plus attentive encore que d'habitude à tous ces petits signaux que le corps nous envoie pour signifier le surmenage : un essoufflement anormal, une douleur à la poitrine, un malaise, des pertes de sang ou de liquide. Dans ce cas-là, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin et, bien sûr, à lever le pied."
Dans beaucoup de manuels de médecine, on recommande d'arrêter la course à pied au troisième trimestre de la grossesse. Qu'en pensez-vous ?
"À ce stade, le placenta produit effectivement plus de relaxine, une hormone peptidique qui favorise le relâchement des ligaments en vue du passage du bébé à travers le bassin. Mais cette relaxine touche aussi les autres articulations, ce qui se traduit parfois par l'apparition de douleurs nouvelles ou un risque accru de se faire une entorse. Même chose pour les fuites urinaires. En raison de l'assouplissement du plancher pelvien, on déconseille généralement les sports à impacts au troisième trimestre. Pourtant, là encore, on possède un tas de contre-exemples de femmes qui ont continué à s'entraîner et qui s'en portent très bien."
Et pour le trail ?
"Là, je serais plus prudente. Notamment à cause de l'altitude. À moins d'être Népalaise, mieux vaut éviter les efforts au-dessus de 2500 mètres. Attention aussi au risque de déshydratation en été. De manière générale, le fœtus déteste les extrêmes : trop chaud, trop froid. Or, la plupart des traileurs ont déjà fait l'expérience de ces journées démarrées en pleine chaleur dans la vallée avant de se prendre un orage glacé au sommet. Enfin, il y a le risque de chute en descente. Les articulations sont plus lâches, on l'a dit. La répartition du poids est changée. Ce n'est pas le moment de prendre des risques. Si j'étais enceinte, je pense que je m'organiserais pour continuer l'entraînement en côte avec les bâtons pour soulager aussi la pression qui s'exerce sur le plancher pelvien. Mais je redescendrais en télésiège."